En hommage à Oscar Niemeyer : pour ses cent ans

Elwatan; le Dimanche 23 Decembre 2012
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Cent ans de jeunesse,
Cent ans de liberté.

Courbes de vie, lignes de beauté

La beauté ?
Parlons-en !

La beauté réside, comme le désir, en mille petits détails,
En dix mille petites choses ;
Elle naît parfois d’une simple émotion ;
En une mèche rebelle qui appelle la caresse,
L’éclat d’un regard chaud et furtif, accrocheur,
Pour accrocher ton cœur ;
Un sourire discret, entendu,
pour la tendresse,
Des lèvres boudeuses qui demandent à croquer,
Un minois de tigresse, prête à te dévorer ;
Une joue appétissante, fraîche
à effleurer ;
Une petite fossette, gaie pour
y dissoudre tes peines,
Y déposer tes armes inutiles,
pour ton repos du guerrier ;
Cou fin, agilité féline, délicatesse d’amour,
Galbe d’une poitrine, hautaine
dans sa fermeté,
Pour mieux t’élever à ses hauteurs ;
Peau brune bronzée qui t’offre,
en partage,
Les rayons de soleil, en elle, accumulés,
Peau rousse dont chaque grain est, dans sa délicatesse,
Une invite à picorer,
Peau blonde, peau blanche,
dont la clarté te convie,
Dans sa communion, à te purifier ;
Taille fine, à cajoler, fragilité à protéger,
Harmonie d’une descente de rein,
Creusée pour ta descente aux
enfers ;
Hanches généreuses, comme la nature-mère,
Pour oublier la faim et du monde les misères ;
Fragilité trompeuse d’une cheville qui commande,
Tout en finesse,
La mouvante géométrie des
muscles ;
Courbes fermes d’un mollet,
Là où le corps affirme sa force puisée à ses propres faiblesses ;
C’est de cet indéchiffrable mélange de force et de faiblesse apparente,
Que naît l’irrésistible sensualité d’une silhouette,
D’une démarche,
Faite d’instables équilibres successifs,
De cambrures et d’ondulations de volumes ;
C’est tout ça la beauté ;
Et une infinité d’autres choses ;
Images furtives,
Emotions fugitives
Eternellement fuyantes,
Insaisissables dans les mots ;
Irrésistible beauté ;
Toujours à découvrir ;
Multiple,
Et jamais maîtrisée,
Impossible à cacher,
Impossible à dompter ;
Heureux qui en saisit
Ne serait-ce que des bribes.

Je tiens ces vérités d’un grand ami, centenaire et toujours jeune, génie salué de son siècle, qui a étudié, sa vie durant, le mystère de l’Amour, traquant, sans répit, les secrets les plus impénétrables de la Beauté. De ses études, il m’a livré quelques bribes des leçons tirées de ses innombrables voyages à travers le monde, où nul espace n’a manqué à sa fine observation, y compris les déserts et les ruines préhistoriques ; nulle société, des plus anciennes aux plus industrielles, n’a échappé à ses regards fouineurs et sagaces, ses analyses implacables et peu complaisantes.

Un jour de lassitude, comme pour se délivrer d’un poids, il m’a communiqué beaucoup de ses conclusions et livré quelques unes des clés de l’infinité des énigmes de la Beauté ; une bribe de testament prématuré et lourd à porter.
Dans cette grille de lecture, incomplète mais fabuleusement riche, il n’y a rien à comprendre à la Beauté, sans retour et abandon aux inépuisables ressources du corps de la femme ; un corps où chaque recoin est une mine d’enseignements que toutes les études ne pourront jamais épuiser dans sa diversité et ses significations ; un seul mouvement, le moindre frisson suffit à t’engager sur un nouveau terrain d’exploration.

C’est en respectant cette règle élémentaire, en appliquant sa découverte essentielle, que mon ami a dominé son siècle, qu’il a conçu tant d’œuvres aussi innombrables que variées ; chacune appropriée à son espace, dans le plus grand respect de la nature et des cultures. Et son œuvre toute entière fût un perpétuel hommage à la femme, un hymne sans cesse renouvelé à la Beauté.
Dans la cambrure des reins et la courbure des hanches,
Il a trouvé et déclamé toute la poésie de la terre ;
Dans la délicate tension d’un muscle ou d’une jambe,
Il a puisé la force de courber le béton et de soumettre le fer.
Fabuleux dans toutes ses œuvres,
Et combien humble dans la vie,
Oscar, le poète de l’architecture,
Niemeyer, architecte de la poésie.
Il est ainsi, mon ami, Oscar le copain,
Génie créateur, infatigable à tracer des lignes de pureté,
Niemeyer l’esthète, plus humain que coquin ;
C’est lui, l’artiste bâtisseur, l’architecte de Beauté.

 

Alger, le 27 février 2007

P.S.  : pour le punir de vouloir approcher de si près la vérité et d’avoir trop longtemps traqué la beauté et délibérément  tenté de la dompter, Dieu l’a condamné, sans appel, et jusqu’à la fin de ses jours, de rêver
et bâtir de gigantesques œuvres d’art.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Lahcène Moussaoui

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