Espaces en voie de disparition

Elwatan; le Mercredi 12 Mai 2010
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Réduits à quelques forums de réflexion dépourvus de toute capacité d'agir et de peser sur les événements qui rythment la vie du pays, les espaces de débat et de concertation qui font la vitalité d'une nation et d'un Etat se rétrécissent de plus en plus en Algérie. Dans une société où l'on ne se parle et ne s'écoute pas ou plus – un paradoxe de l'histoire pour une société fondée sur la tradition de l'oralité –, les quelques esprits téméraires qui se sont essayés au débat citoyen en mettant en place, dans des conditions souvent hostiles, des cadres de débat, de dialogue et de concertation autour de préoccupations liées de manière générale à l'émancipation de la société sous tous ses aspects, ont fini les uns après les autres par capituler.

A rentrer dans les rangs pour se préserver et préserver leurs intérêts. D'autres ont choisi de continuer à débattre et à se battre autrement en alliant le geste à la parole, en investissant le terrain pour mieux faire entendre leur voix en tant que force de proposition et acteur à part entière dans les débats qui interpellent le pays. C'est ce saut périlleux qu'envisage d'opérer, entre autres, le Forum des chefs d'entreprises (FCE), organisation patronale privée conçue comme une espèce d'observatoire de la petite et moyenne entreprise. Ses dirigeants sont de plus en plus convaincus que pour négocier au mieux leurs intérêts, il faut désormais s'affirmer en tant que partenaire social apte à peser sur les négociations et les décisions qui engagent l'économie nationale et le devenir de l'entreprise.

Le patron du FCE, Rédha Hamiani, ne mâche plus ses mots depuis quelque temps, proclamant la volonté des membres de son organisation de transformer le Forum des chefs d'entreprises en syndicat. D'aucuns regretteront certainement la disparition de ce Forum dans sa forme actuelle, qui fait autorité par ses analyses pertinentes. Car, d'une certaine manière, c'est un espace de dialogue fécond qui sera appelé sinon à disparaître, du moins à se diluer dans le combat syndicat qui obéit à d'autres enjeux avec le nouveau statut et rôle qu'ambitionne de jouer le FCE. Un rôle syndical, donc politique, avec toutes les conséquences que cela induit forcément sur l'indépendance d'esprit et d'action de l'organisation. C'est une lapalissade de dire que chez nous le débat fait peur.

A plus forte raison lorsqu'il porte sur des thèmes sensibles comme les libertés, les droits de l'homme et d'autres sujets où sont développées des réflexions et des analyses critiques qui contrarient le discours officiel. N'est-ce pas curieux, par exemple, que les Débats d'El Watan, qui suscitent un intérêt accru auprès de larges couches de la société – pas seulement des universitaires – sont boudés par les administrations et les institutions officielles qui semblent fuir comme la peste ce bouillon de culture et du libre débat ? Tant pis ou tant mieux.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Omar Berbiche

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