Evénement «Constantine capitale de la culture arabe» : Une orgie d’activités et un aveu d’échec

Elwatan; le Dimanche 12 Octobre 2014
89615


En fait, beaucoup d’infrastructures ne seront pas prêtes à temps et les mots de la ministre de la Culture, Nadia Labidi, n’ont pu apaiser les craintes. C’était hier, lors de la conférence de presse organisée à Constantine, pour annoncer le programme de l’événement «Constantine capitale de la culture arabe». La déclaration du wali est un aveu d’échec qui ne surprend guère, surtout pour les observateurs qui suivent de près les préparatifs et la population constantinoise, qui subit au quotidien l’impact des chantiers. Les autorités représentées par la ministre, le wali de Constantine et le commissaire de l’événement, Sami Bencheikh el Hocine, étaient venus présenter le programme qui s’étale sur une année. L’ouverture est prévue le 15 avril par un spectacle dont les contours n’ont pas été annoncés, mais qu’on promet «plein d’éclat».

Le jour suivant, correspondant, à la journée du savoir «Youm el ilm», une deuxième ouverture solennelle est prévue en plus d’une parade à laquelle prendront part les 21 pays arabes invités. Des colloques, des spectacles, des pièces de théâtre par centaines sont annoncés dans les grandes lignes du programme. Plus d’un millier d’ouvrages seront édités aussi et dédiés à l’événement autour du sujet de Constantine. En somme, une orgie culturelle à laquelle Constantine n’est pas habituée et qui devrait a priori, tirer la ville de sa léthargie, au moins durant l’année 2015.  Mais la conférence de presse n’a pas tenu ses promesses. Premier couac : beaucoup de journalistes n’ont pas pu poser leurs questions à cause de la confusion instaurée par l’animateur qui a donné le micro sans distinction aux présents, dont beaucoup étaient des invités.

Strapontins

Autre remarque de taille, parmi le staff de direction de l’événement, il n’existe pas une seule personnalité de Constantine. Même pas pour le volet communication. A croire que les autorités centrales n’ont trouvé personne dans cette ville. Après avoir livré les noms des directeurs de département, le commissaire a cité, comme par courtoisie, les noms des personnalités constantinoises qui, selon lui, viendront soutenir l’événement : en somme, la ville se contentera de strapontins pour gérer sa propre fête !

Si le volet programme n’a pas suscité beaucoup de commentaires en attendant la mise en œuvre, en revanche, la réalisation et la réhabilitation des infrastructures d’accueil ainsi que la restauration des sites historiques tournent au cauchemar depuis plusieurs mois déjà. Les décideurs ont fait le deuil du projet de palais des expositions «qui n’est pas encore sorti de terre», alors que la majorité des projets tournent au ralenti et suscitent la colère du wali tous les jours. Certes, la volonté du gouvernement et la décision de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alesco) de faire de Constantine une capitale de la culture arabe, sont venues en retard par rapport à l’échéance 2015, mais le pari a été davantage biaisé par le modus operandi employé dans l’octroi des marchés.

Dans le flou total, les marchés ont été raflés de gré à gré par des bureaux d’études et des entreprises nationales et étrangères dont la compétence n’est pas prouvée. Non seulement l’événement ne profitera pas à l’économie locale, en plus les vertus qui ont motivé ces choix s’avèrent une pure tromperie. Il est vrai que les 60 milliards de dinars mobilisés pour l’événement ne laissent pas indifférents ! L’autre hantise des Constantinois est de voir les monuments historiques piétinés et défigurés par des interventions aléatoires, à l’instar du sort qu’a connu El Mechouar et d’autres monuments à Tlemcen. En tout cas, la loi sur le secteur sauvegardé est totalement ignorée.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Nouri Nesrouche

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..