Exposition «Travail d’Arabe» : Ali Guessoum en déconstructeur de préjugés

Elwatan; le Mardi 19 Novembre 2013
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Paris
De notre correspondant
 
Glissement sémantique. A l’origine travail d’orfèvre, l’expression «travail d’Arabe» désigne aujourd’hui une tâche bâclée. «Quand Charlemagne avait reçu une pendule de Cordoue, alors sous occupation musulmane, admiratif, il se serait exclamé  :‘‘ça, c’est un travail d’Arabe’’. Comme pour signifier le raffinement de la civilisation arabo-andalouse. Depuis, cela s’est dévoyé. Cette expression voulait dire exactement le contraire de ce qu’elle signifie actuellement, malheureusement. Mon travail consiste aussi à récupérer cet héritage par l’humour», affirme Ali Guessoum.

Armé d’une ironie féroce et décalée, Ali Guessoum déconstruit les stéréotypes avec justesse. Il a commencé son œuvre il y a cinq ans, elle s’enrichit au fil de l’actualité, rarement rose. «J’en avais marre d’entendre des tas de clichés sur les Arabes, les Noirs, les Gitans, les Roms... L’immigré est devenue un bouc émissaire, un cache-problèmes. Autrefois, la France était bien contente d’aller la chercher cette main-d’œuvre bon marché.» Le colonialisme est passé par là, les clichés sont solides.«De l’anthropophage au gentil soldat hilare, de l’Arabe ergoteur à la sensuelle mauresque, ces constructions fantasmées s’élaborent lors de la période coloniale.»

Retourner les clichés, détourner les messages, s’accaparer les représentations, Ali Guessoum fait un pied de nez à la publicité, aux discours politiques sectaires, à l’imaginaire post-colonial. Avec une dérision cinglante. Ainsi, le «camembert Président» devient «camembeur Résident». L’exposition retrace, grâce à une dizaine de visuels, les principales idées reçues sur les immigrés en France et s’attache à les dénoncer avec humour.

Avec l’affaire Taubira, la ministre de la Justice qualifiée de guenon par une partie de la droite et de son extrême à cause de la couleur de sa peau, les profanations des mosquées, la polémique sur les Roms, l’exposition d’Ali Guessoum prend tout son sens. Comme une piqûre de rappel que la bête immonde, en sommeil, commence à se réveiller. Et comment la combattre sinon avec intelligence et humour. Et Ali Guessoum le fait très bien, un vrai travail d’Arabe. Exposition : «Attention travail d’Arabe», jusqu’au lundi 2 décembre prochain au centre Barbara Fleury, 75018 Paris. Site de l’artiste : http://www.aliguessoum.com/portfolio/travail-arabes/.

Categorie(s): france-actu

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