Ezzeddine Akil. Politologue : «Il y a un risque élevé de confrontation entre milices rivales»

Elwatan; le Dimanche 17 Novembre 2013
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-Pourquoi accusez-vous le gouvernement et pas les milices ?

Tout le monde sait que les milices sont venues de toutes parts à Tripoli pour chasser le régime El Gueddafi.  Leur rôle aurait dû se limiter à cette tâche de libération. Mais les forces politiques en place ont essayé d’exploiter cette présence militaire pour améliorer leurs positions dans le processus de transition. Chaque milice est pratiquement le bras armé d’un parti politique ou d’une coalition. Du coup, à chaque fois qu’il y a un quelconque différend politique, ce sont des milices armées qui envahissent le terrain et imposent leur loi. Et le gouvernement n’a rien fait pour installer son autorité.Loin de là, il a composé en facilitant la spoliation par l’argent de ces milices.

-Qu’est-ce qui a fait monter la tension ?

Avec la chute des exportations de pétrole qui ont atteint un très bas niveau, les ressources du gouvernement ont tari et il ne peut plus être aussi généreux avec les milices. C’est pourtant à ce moment que Zeidan a annoncé son intention de démilitariser les villes, notamment Tripoli.
Il a demandé aux combattants d’intégrer l’armée ou la police et il a essayé de centraliser la puissance de feu aux mains du gouvernement, en créant des autorités régionales de sécurité qui relèvent de son autorité. Mais ces milices dépendent de ceux qui leur fournissent des fonds, pas de l’autorité centrale de Zeidan. Du coup, elles ont refusé aussi bien la décision du gouvernement que les requêtes citoyennes de quitter leurs quartiers généraux. Elles veulent préserver les avantages acquis en tant que libérateurs du pays.

-Y a-t-il vraiment un risque de confrontation ?

Tous les ingrédients d’une confrontation sont réunis. Les milices de Misrata se sont déplacées en force à Tripoli. Les premières unités ont déjà repris le contrôle des villas de Gharghour ; d’autres sont encore au niveau de Tajoura où les milices locales essaient de leur faire face.
Mais les forces en place ne sont pas équilibrées. La puissance de feu de Misrata est beaucoup plus forte. Il y a donc un risque élevé de confrontation entre milices rivales. Espérons toutefois que la raison l’emportera et que les notables des deux camps pourront parvenir à une solution pacifique. Mais la situation ne saurait durer comme cela.  

Categorie(s): international

Auteur(s): Mourad Sellami

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