Face aux défis économiques et sociaux : La formation professionnelle pour sauver le navire

Elwatan; le Mercredi 8 Octobre 2014
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Parent pauvre de l’institution éducative, la formation professionnelle souffre encore de marginalisation. Par la forme d’abord. Le budget qui lui est alloué par les différentes lois de finances représente le cinquième de l’enveloppe consacrée à l’enseignement supérieur ; il est d’à peine 7% du budget de l’éducation nationale. Même si ces taux sont à relativiser par rapport aux populations d’apprenants (8 millions pour l’éducation, 1,3 million pour l’enseignement supérieur et 600 000 pour la formation professionnelle), il reste que l’écart en dinars sonnants et trébuchants renseigne sur la volonté politique de faire de ce secteur le fer de lance de l’éducation.

Par le fond ensuite. Le complexe du manque d’éducation né de la colonisation ayant induit, dès l’indépendance du pays, une louable politique de démocratisation de l’éducation puis d’accès à l’enseignement supérieur, a fini par créer une société qui dédaigne les métiers manuels. La rareté du fait donnant du prix à la chose, comme l’a si bien écrit Jean de la Fontaine dès le XVIIe siècle, les Algériens ont alors opté pour un modèle social et ont poussé au plus loin leur cursus universitaire. Les exemples à suivre étaient donc ceux des médecins, ingénieurs et autres avocats avant que l’évolution politique et économique, influant sur les valeurs sociales, ne fasse des commerçants et des policiers les idéaux à atteindre par les petits écoliers.

Quant aux métiers manuels et autres, il suffit de se remémorer les déclarations de certains hauts responsables pour en comprendre la méprise. Ainsi, en 2007, Abdelaziz Belkhadem, alors Premier ministre, qualifiait le secteur de l’enseignement et de la formation professionnels de «simple réceptacle des exclus du système éducatif». C’est à peine si cet ancien cacique ne glorifiait le secteur d’un bon et gras ramassis de ratés ! La même année, le premier responsable de la Formation professionnelle, El Hadi Khaldi, lors d’une visite sur le terrain déclarait : «Ce secteur offre à la société un produit périmé.»

Triste déclaration d’un ministre qui a chapeauté la formation professionnelle de 2003 à 2012. La primeur en matière d’instruction accordée aux secteurs de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur a contribué à déséquilibrer tous les systèmes de production. Ainsi, les entreprises nationales pleurent l’absence de main-d’œuvre qualifiée, les familles déplorent le manque d’artisans compétents capables de résoudre leurs petits problèmes de robinetterie ou d’électricité, alors que les diplômés universitaires représentent la grosse part des chômeurs (plus de 14%) Face à ce constat, l’Etat semble retenir la leçon.

Mutation

En 2007, le secteur de la formation professionnelle a enfin saisi son importance dans l’économie nationale et la valeur ajoutée qu’il peut apporter pour éviter une déflagration sociale – par le retard des réalisations des projets sociaux- que ni l’Ansej ni la CNAC, ni même les mesures de «placement» des jeunes chômeurs n’arriveront à retarder indéfiniment. Ainsi, cette année-là, le ministère a commencé à opérer une mue pour s’adapter aux exigences du secteur économique en élaborant une nomenclature des formations évolutives en fonction des besoins locaux.

En 2012, le nombre de spécialités ouvertes était de 220, il évoluera à 420 en à peine deux années. Souvent marginalisée, voire sous-estimée par les médias, la communication autour des activités du secteur de l’enseignement et de la formation professionnels se fait plus présente. Ce qui a donné une meilleure visibilité à ce secteur qui, en sourdine, attire de plus en plus de jeunes. Y compris des universitaires aguerris qui ont tronqué leur statut d’étudiant pour celui d’apprenant dans des instituts de formation présentant des gages quasi-assurés d’un recrutement immédiat après la formation. La politique de partenariat adoptée également par le secteur avec des entreprises économiques est une aubaine pour des stagiaires soucieux de leur avenir professionnel.

Une autre approche salvatrice est assurée par la présence de centres et instituts de formation privés qui sont devenus des références, pour certains, dont les diplômés sont prisés par les recruteurs. On le voit donc, le secteur de la formation professionnelle, obligé par la dure réalité du marché du travail et les exigences de l’économie nationale, amorce une mue, certes timide, mais déterminante pour la production nationale.

En attendant de miser sur la qualité des formations, de mettre la main à la poche (du Trésor public) pour les moyens pédagogiques et de s’enraciner profondément dans le monde du travail, le secteur a au moins le mérite d’avoir adopté, par des mesures concrètes, une politique de 0% de refus : aucune demande de formation ne doit être refusée. D’après une récente déclaration du nouveau ministre, Noureddine Bedoui, le plan quinquennal 2015-2019 confère un intérêt particulier au secteur en vue d’améliorer ses rendements.

Ainsi, une politique intégrée englobant de nombreux secteurs est mise en place par la signature d’accords-cadres avec une quinzaine de départements ministériels, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et six organisations patronales. Dans un bateau Algérie où le nombre de capitaines potentiels dépasse celui des rameurs, gageons que dans la décennie à venir, il y aura au moins autant d’apprenants et de stagiaires dans le secteur que d’universitaires inscrits dans les établissements du supérieur.

Le réseau : il est composé de 457 centres de formation (CFPA) et 178 annexes, 57 instituts (INSFP) et 30 annexes. Il compte également 6 instituts de formation de formateurs et d’ingénierie pédagogique, un institut de formation et de perfectionnement des cadres et ingénierie pédagogique en plus de quelques structures de soutien 

Les branches : La formation professionnelle est constituée de 22 grandes branches qui sont subdivisées en 420 spécialités tous modes de formations confondus. Ces branches sont entre autres : l’agriculture, l’artisanat traditionnel, les banques et assurances, le bâtiment et les travaux publics, la construction métallique, l’informatique, l’industrie agroalimentaire, les arts graphiques, la pêche, les techniques administratives et de gestion, les techniques audiovisuelles et autres
 

Categorie(s): etudiant

Auteur(s): Samir Azzoug

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