Francis Perrin. Président de Stratégies et Politiques Energétiques, Directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz Arabes : «Aller de façon prudente et responsable dans les hydrocarbures non conventionnels»

Elwatan; le Lundi 13 Octobre 2014
1


-Le dernier appel d’offres pour la recherche et l’exploration en hydrocarbures a vu l’attribution de seulement 4 permis sur 31 en lice. Par quoi peut-on expliquer la défection de grands noms du secteur ?

Effectivement, quatre permis attribués sur 31 offerts, ce n’est pas un bon résultat. Les questions politiques et de sécurité ont pu avoir un impact négatif et dissuader certains investisseurs potentiels, mais ce n’est pas l’essentiel. Cet échec s’explique d’abord par le fait que les permis proposés n’ont pas été jugés assez intéressants et/ou que l’Algérie n’est pas considérée comme assez attrayante en termes économiques. Bien entendu, les sociétés qui n’ont pas soumissionné ne vont pas expliquer publiquement la raison ou les raisons de leur abstention.

Il est donc important que la partie algérienne s’efforce, à travers des contacts bilatéraux avec plusieurs des firmes qui étaient préqualifiées, de mieux comprendre les problèmes qui ont conduit à ce résultat. Par exemple, la loi de 2013 sur les hydrocarbures et les réglementations qui en découlent sont-elles suffisamment connues et comprises ? Si oui, ces dispositions sont-elles assez incitatives ? Cette loi a apporté des progrès par rapport à la loi de 2005 modifiée en 2006, c’est incontestable. Mais, dans le monde d’aujourd’hui, il ne suffit pas de faire mieux qu’avant, il faut être aussi ou plus compétitif que les autres pays producteurs. Par contre, sur les compagnies qui ont pris part à l’appel d’offres, il y a quand même eu quelques grands noms : Shell, Statoil, Repsol et ENI, ce dernier groupe n’ayant pas obtenu de permis. Ce qui est plus inquiétant, c’est que seulement cinq compagnies ont participé à cet appel d’offres, que seulement cinq offres ont été soumises et que seulement quatre permis ont attiré des offres.

-Quelles conséquences peuvent avoir ces échecs sur le développement des ressources du pays ?

Ce n’est pas seulement le précédent appel d’offres, mais les quelques précédents qui n’avaient pas vraiment été couronnés de succès. Les différences, c’est qu’à l’époque le nombre de permis proposés était beaucoup plus faible et que la loi de 2013 n’existait évidemment pas. C’était aussi avant la prise d’otages tragique d’In Amenas. La principale conséquence est que les compagnies étrangères font très peu d’exploration en Algérie. Certes, la Sonatrach conduit un important programme d’exploration et réalise chaque année un nombre élevé de découvertes, ce qui est positif.

Mais l’Algérie est un pays très vaste et son domaine minier conserve un grand potentiel. Celui-ci mériterait une exploration plus intensive, d’autant plus que de vastes zones sont inexplorées ou sous-explorées. Or, l’exploration permet de mieux connaître le potentiel du domaine minier d’un pays et de faire de nouvelles découvertes en vue de renouveler les réserves d’hydrocarbures liquides et gazeux, ce qui est essentiel. C’est la raison pour laquelle la promotion de l’exploration a été l’une des priorités constantes de l’Algérie depuis au moins une trentaine d’années.

-Face aux exigences d’exportation, à  la croissance de la consommation interne et à la baisse des prix du pétrole, quel type de transition énergétique s’impose aujourd’hui à l’Algérie et quelle place pour les ressources non conventionnelles ?

La baisse des prix du pétrole est très récente et il faudra voir si cette tendance s’inscrit ou pas dans la durée. Mais les éléments de l’équation énergétique que vous rappelez sont préoccupants. L’Algérie fait face à une augmentation significative de sa consommation énergétique, notamment de gaz naturel et d’électricité, et les hydrocarbures représentent plus de 97% de ses exportations. Il faut d’abord ne pas se résigner à l’échec et poursuivre les efforts de promotion de l’exploration, aller de l’avant de façon prudente et responsable avec les hydrocarbures non conventionnels, poursuivre et intensifier le développement des énergies renouvelables, en particulier l’énergie solaire, et mettre en place une politique beaucoup plus énergique en matière d’économie d’énergie.

On ne doit pas oublier non plus que toutes les solutions ne se trouvent pas dans le secteur énergétique. Il n’est pas sain pour un pays d’être aussi dépendant du pétrole et du gaz même si ceux-ci ont encore de beaux jours devant eux. La diversification de l’économie est un vieux serpent de mer mais c’est un impératif qui reste plus important que jamais. Les hydrocarbures et la Sonatrach ne pourront pas toujours porter l’économie de l’Algérie sur leurs épaules.

Categorie(s): economie

Auteur(s): Safia Berkouk

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..