Fronton : Chaleureusement

Elwatan; le Samedi 11 Fevrier 2012
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Longtemps, l’homme s’est demandé s’il pensait bien à propos de choses qu’il ignorait. Maintenant qu’il sait beaucoup plus de choses, il se demande ce qu’il doit penser de ce qu’il a cru découvrir.
Que penser par exemple du réchauffement climatique dont on nous a bassinés ces dernières décennies ? Cette question prend tout son sens avec la vague de froid qui s’est abattue sur le pays et une partie du monde. Au point qu’un citoyen, aux expressions légendaires dans son quartier, a eu cette formule : «Cette fois, Dieu n’a pas ouvert le réfrigérateur de la planète, mais son congélateur». C’était samedi dernier, en pleine célébration du Mawloud Ennabawi, improbable soirée où les pétards, forcément mouillés, se sont piteusement effacés devant les batailles de boules de neige des jeunes et des enfants et les batailles de mémoire des anciens. Résultat du sondage local : il faudrait remonter aux années quarante du siècle dernier pour retrouver pareille offensive glaciale. A savoir…

Il est en tout cas établi que le rythme des saisons et le rapport aux climats a toujours été au centre de la culture. Toutes les civilisations et sociétés se sont construites dans cette relation de l’homme avec la nature. Ainsi, il n’est pas d’expression artistique qui ne comporte, de manière directe ou indirecte, cette dimension. Les fresques du Tassili, classées au patrimoine mondial de l’humanité, sont connues pour être les témoins d’une ancienne vie humide et luxuriante emportée par la désertification. Plus complexe est l’attitude de la peinture orientaliste, expression artistique née des conquêtes coloniales. Elle avait tant besoin de systématiser l’exotisme qu’à notre connaissance, pas l’un de ses tableaux ne reprend une scène de pluie ou de neige. Faut-il croire qu’en plus d’un siècle, il n’y en ait jamais eu en Algérie ? Mais les adeptes du genre, enfermés dans une esthétique de l’aveuglement, ne voulaient voir que le soleil.

Cela nous fait penser – pour rester dans les froideurs –, aux dernières déclarations du ministre français de l’Intérieur, qui s’est improvisé expert en civilisations comparées, remettant au goût du jour, furieusement électoral, des théories moyenâgeuses. Ce n’est pas avec de l’ethnocentrisme qu’on lutte contre le communautarisme. En attendant, la France demeure sans doute le seul pays au monde où le ministre de l’Intérieur pérore sur les civilisations.Cela nous fait penser aussi à nos présentateurs météo qui, piégés par un langage aux connotations orientalistes, parlent de «beau» et de «mauvais» temps dans un pays où, en dépit des dégâts et des victimes – dus essentiellement à des facteurs humains –, les précipitations sont quand même une bénédiction.

Enfin, cela nous fait penser à ce proverbe kabyle qui affirme, sauf votre respect : «Celui qui fait ses besoins dans la neige doit savoir que le printemps arrive». Couvrez-vous donc et pensez aux démunis. La solidarité reste le meilleur système de chauffage.

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ameziane Farhani

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