Fronton : Malaises en fête

Elwatan; le Samedi 11 Octobre 2014
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Histoire de prolonger la fête, restons dans l’ambiance de l’Aïd de notre précédente chronique. Je ne sais pas, mais il m’est resté comme un malaise, disons une étrange impression que j’aimerais vérifier avec vous en espérant que vous me contredirez. Pourquoi donc m’a-t-il semblé que les enfants n’avaient pas revêtu de beaux atours de fête ? Rares étaient ceux qui portaient ces habits neufs, d’habitude trop grands (car les parents anticipent les croissances) et toujours amusants et émouvants.

La tradition se perdrait-elle ? Ou s’habiller de neuf est-il devenu banal, ce qui attesterait d’une certaine évolution du niveau de vie ? A contrario, la proximité de la rentrée scolaire et son train de dépenses aurait-elle étranglé les bourses ? Selon l’un de mes voisins, le prix du sacrifice aurait sacrifié les élégances infantiles. En somme, le mouton aurait dévoré les habits de fête avant de se faire dévorer ! Autant de questions économiques, mais aussi socioculturelles, pour lesquelles l’avis autorisé des marchands d’habits serait précieux. A voir…

L’autre malaise m’est venu le soir du deuxième jour de l’Aïd en tombant sur un reportage télévisé français : le Mondial du Couscous en Sicile. En fait, la manifestation – à sa 17e édition ! – s’intitule «Cous Cous Fest». Une quinzaine de nations étaient au rendez-vous. Le petit village où a lieu cette rencontre s’appelle San Vito Lo Capo. Un air de déjà entendu… Mais oui ! C’est là d’où venait une certaine Marilu Terrasi qui avait fait goûter aux Algériens son couscous sicilien de Trapani lors du dernier Festival de la création féminine. Un couscous au mérou assez proche de celui de notre littoral centre-est. Un bon couscous, ma foi, avec des saveurs qui attestaient de son historicité.

La brave dame ne semblait pas présente à la compétition qui se déroule comme des Jeux olympiques avec défilé, drapeaux, hymnes nationaux... Patriote mais pas chauvin, j’ai quand même eu un serrement de cœur en voyant que l’Algérie n’y figurait pas. Sans rigoler, avec environ 500 versions estimées de ce plat dans le pays, nous sommes quand même une puissance couscoussière mondiale. Si nous ne passons pas les prochaines épreuves continentales et mondiales de football, on friserait la catastrophe nationale et la déprime généralisée.

Comment donc est-on devenus aussi accros à ce sport inventé par les Anglais au 19e siècle quand la pratique du couscous, que nos aïeules maîtrisent depuis au moins l’Antiquité, nous importe si peu ? En fouillant, j’ai trouvé qu’en 2005, le Cous Cous Fest avait été remporté par deux Algériens, Sid Ali Lahlou, ce militant du couscous national, et Thouria Chabi. Une seule victoire pour plusieurs de nos voisins latéraux. Cette année, ce sont les USA qui ont gagné. Bon, cela prouve que le couscous s’universalise. Je ne sais pas pour vous, mais par un étrange et inexplicable phénomène physiologique, il arrive qu’un seul grain de couscous m’étouffe.

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ameziane Ferhani

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