Fronton : Takhir ezzaman !

Elwatan; le Samedi 22 Decembre 2012
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Nous avons échappé à la fin du monde, annoncée pour hier. Finalement, ce 21 décembre n’aura été que l’équinoxe d’hiver. Les catastrophistes, sorciers modernes, oiseaux de mauvaise augure et «médiaboliques» se contenteront de la fin de l’automne, malgré la multitude d’hurluberlus qui ont porté la prédiction apocalyptique. L’un aurait traduit des textes mésopotamiens annonçant un choc avec Nibiru, planète cachée orbitant tous les 3600 ans autour du Soleil ! Une autre, destinataire de messages extra-terrestres, a confirmé le cataclysme qu’elle avait déjà prévu en 2003 ! Toute cette mayonnaise a pris avec un mystérieux calendrier maya divisé en baktun (unités de 394 ans) pour mettre en scène la fatale échéance.

Mais les annonces de fin du monde, il y en a eu tant d’autres par le passé. La différence, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, elles donnaient une brève de 6 lignes en dernière page des journaux, à la rubrique «Insolite». Maintenant, elles brassent des dizaines de millions de messages, twitters, forums et autres déversoirs de la déliquescence contemporaine, prenant même la place de nouvelles autrement plus utiles à l’humanité.

Loufoque ? Débile ? Pourtant – au risque de vous choquer – on aurait tord de prendre à la légère ces avertissements. Comme à chaque fois dans l’histoire, si l’on parle autant de la fin «du» monde, c’est que, quelque part, apparaissent les symptômes de la fin «d’un» monde. C’est le cas de celui dans lequel nous vivons ou croyons vivre encore, comme ces étoiles éteintes, si lointaines que leur lumière continue à nous parvenir. Le deuxième millénaire est bien passé. Mais avons-nous réellement intégré ce passage ? Apparemment, nous n’avons pas perçu toute la profondeur des changements intervenus autour de nous. On affirme partout que l’ordre mondial se recompose. De fait, l’Empire du Milieu accède au centre, la belle Europe se décrépit, des nations du Sud émergent, etc. Si recomposition il y a, c’est que, forcément, il y a décomposition.

Pendant que les progrès scientifiques et techniques stupéfient l’imagination, on voit encore sévir la guerre, la faim, l’ignorance et autres arriérations, moins faciles à admettre que lorsque l’électricité n’existait pas. Les idéologies sont mortes, dit-on, mais les inquisitions sont revenues. Et désormais, la mythologie du «village global» tente de nous faire croire que nous sommes les bons voisins d’un douar planétaire irrigué par de prétendus «réseaux sociaux» qui cultivent l’illusion d’un lien réel qui, lui, se liquéfie.
Comme tous ceux de sa génération, mon grand-père utilisait l’expression populaire «takhir ezzaman» (la fin du Temps), plus pour réagir aux choses qui le choquaient au quotidien que pour exprimer sa pieuse croyance en une fin du monde. Or, le monde actuel est choquant. Et il n’en finit pas. D’être et de choquer.  
 

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Ameziane Farhani

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