George Morin. Président de Coup de soleil : «On doit pouvoir parler de tout»

Elwatan; le Mardi 7 Fevrier 2012
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-Peut-on avoir une idée sur les événements qui vont marquer le 50e anniversaire de l’indépendance algérienne et la fin de la guerre d’Algérie ?

Il y a mille et une initiatives qui fleurissent un peu partout, beaucoup de colloques, de rencontres littéraires et même de spectacles comme El Gusto, extraordinaire.Nous, on va essayer d’éviter la période de mars à juillet, car ce sera la plus agitée, d’une part, parce que ce sera le moment anniversaire du cessez-le-feu et de l’indépendance, et d’autre part, parce que nous serons en pleine campagne présidentielle et des législatives. Je crains le pire en cette période. On préfère décaler les choses à l’automne 2012, hormis le Maghreb des livres, traditionnellement organisé en février.

On pense faire paraître un livre de témoignages de tous les gens de Coup de soleil qui le voudront, qu’ils soient Algériens, Marocains, Tunisiens, nés ici ou là-bas, peu importe, pour leur demander de nous raconter leur année 1962, soit qu’ils l’aient vécue, soit qu’ils en aient entendu parler par leurs aînés, car les jeunes ont droit à la parole. Un autre projet sera de faire venir cinq à six écrivains algériens qui effectueront une tournée dans nos sections à travers la France, pour aborder 1962, mais aussi et surtout l’Algérie et la France aujourd’hui.

-Et les différentes sections régionales de Coup de soleil, comment participeront-elles ?

Chaque antenne est en pleine réflexion. Elles seront partenaires des programmes proposés par d’autres associations, mais on va tout faire pour concentrer, là-aussi, les actions sur l’automne, période plus calme et apaisée que le printemps des commémorations et des élections.

-Dans quel état d’esprit Coup de soleil envisage-t-il ce 50e anniversaire ?

C’est notre règle de conduite depuis 25 ans, tout mettre sur la table, car c’est la meilleure façon d’imposer le devoir de vérité et bâtir une vraie connaissance du passé avec ses ombres et ses lumières, et ceci des deux côtés de la Méditerranée, l’Algérie et la France. On doit pouvoir parler de tout. A chaque fois que cela était possible de traiter de la France coloniale ou de l’Algérie indépendante, nous avons mis autour de la table des gens de tous les horizons possibles qui ont vécu les événements dans des visions différentes. Cela s’est toujours bien passé car avec un minimum de respect les uns pour les autres, cela fait du bien. Il est important pour chacun de respecter la mémoire des autres.

Les acteurs sont divers : les Algériens engagés au FLN, engagés au MNA, les harkis, et chez les Européens, ceux de l’extrême-droite, d’autres à l’extrême-gauche, ceux qui flottaient, les juifs, etc. Et puis, en France, les militaires, appelés, rappelés, qui ont été marqués de façon indélébile par cette aventure. J’assimile aussi les coopérants, après l’indépendance, pas moins d’un million de personnes entre 1962 et 1972. Une fois qu’on a mis un peu de clarté dans tout cela, on pense alors à ce qu’on est aujourd’hui, et ce qu’on peut faire ensemble. On éclaire le passé et on voit comment agir dans cet univers compliqué. Est-ce que les Algériens et les Français ont des choses à faire en commun. Nous, à Coup de soleil, on y croit et c’est notre ligne de conduite.

Categorie(s): france-actu

Auteur(s): Walid Mebarek

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