Hausse de la facture d’importation : Croissance de la dépense publique et emploi se posent avec une gravité exceptionnelle

Elwatan; le Samedi 16 Novembre 2013
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A la lumière du contexte économique et social que traverse actuellement l’Algérie, il y a cette épineuse question qui reste à la traîne, celle du développement de notre industrie et du contexte d’encadrement des entreprises, le parent pauvre de la politique économique de l’Algérie et le grand corps malade de l’économie algérienne devant la gravité de la hausse de la facture des importations qui peut atteindre le cap des
60 milliards de dollars en 2013, soit près de 80% de nos recettes annuelles des hydrocarbures et qui affecte, parallèlement, la stabilité sociale en matière d’emplois, de pouvoir d’achat des ménages et des déficits budgétaires générés pour la quatrième année consécutive pour une croissance annuelle de 3% en moyenne et restant financés sur le fonds de régulation (FRR).

Un triste constat malgré les potentialités dont dispose notre pays notamment, l’Algérie n’a jamais pu démarrer son économie réelle qui ne lui assure que 2%/an, ni trouver le déclic nécessaire à un décollage, en plus d’une rente pétro-gazière importante. C’est tout l’enjeu de l’avenir de notre développement économique et la classe ouvrière qui est partie prenante dans le processus du développement du pays.
En clair, si l’on fait carrière dans la politique, c’est bien dans l’économie que l’on se fait un nom et une célébrité. Très attendue par le monde de l’entreprise, la tripartite doit faire preuve de son rôle stratégique dans l’enceinte économique et sociale du pays pour un nouvel enjeu de la nouvelle économie pour instaurer de véritables paramètres de développement et de progrès économiques tout en réhabilitant les compétences aux normes managériales internationales, réaménager l’organisation économique des nos entreprises pour évoluer vers des stratégies de croissance, surtout externes et, enfin, déplacer les débats au sein de chaque entreprise capable de mobiliser les travailleurs qui demeurent la première urgence, car aujourd’hui la situation n’est guère mieux dans un environnement qui a complètement changé et que nous avions cru trop vite dans la manne des pétrodollars pour nous rapprocher des pays développés. D’où l’homme est le meilleur investissement pour construire le pays et préserver l’avenir d’une nation notamment.

L’heure est aux hommes de qualité morale, d’aptitude managériale et du devoir, capables de redresser notre économie, créer la richesse et de former les jeunes à l’approche de l’accession de l’Algérie à l’OMC où notre économie ne sera plus protégée par une politique protectionniste. La prochaine réunion de la tripartite est appelée à se projeter dans l’avenir en bon pouvoir économique et social, notamment un espace stratégique pour notre démocratie économique pour améliorer la gouvernance économique. Elle doit être réellement représentative 3+3 afin d’instaurer les valeurs du dialogue et l’équilibre des pouvoirs dans le cadre de la démocratie économique pour mieux appréhender le devenir de nos entreprises et l’avenir de nos travailleurs. Il est nécessaire donc d’intégrer les organisations syndicales autonomes, les organisations professionnelles et les représentants de notre intelligentsia, car ce n’est pas le manque de moyens qui met en danger une population, mais une carence de ses idées. Aujourd’hui, on ne décide pas de manière bureaucratique. L’économie est la science de la rationalité des décisions, de régulation et d’une manière générale, l’ordre économique, commercial et financier.

En effet, les tripartites qui se sont succédé ont accumulé des retards et l’économie d’entreprise en souffre énormément en matière de progrès technologique et d’investissements productifs qui ne dépasse pas 2% du PIB. Ceci dit, une économie sans développement de l’entreprise est une économie nécessairement administrée. Cinquante ans après l’indépendance du pays, la structure de l’économie algérienne reste centrée sur près de 90% sur les entreprises du commerce et des services. La raison essentielle qui permet d’expliciter les conditions de l’échec, résultat de l’amalgame entretenu entre l’économie de marché et l’économie administrée. Ce qui a d’ailleurs impliqué la notion de ‘‘houkouma’’ (beylik).

En effet, notre modèle économique repose entièrement sur les subventions, les exonérations d’impôts et taxes, la suppression des intérêts sur crédits bancaires via le dispositif Ansej, les augmentations des salaires qui continuent à être versées sans rapport avec un accroissement de la production, l’amélioration de la productivité ou l’efficacité économique et services publics. Et dans tout cela, on n’exporte presque rien en dehors des hydrocarbures. En effet, aujourd’hui, le secteur des hydrocarbures occupe toujours un poids important dans l’économie nationale exportant 98% entre pétrole et gaz et important près de 75% de nos besoins, le taux d’intégration dans nos entreprises industrielles ne dépassant pas les 20%, le niveau d’équilibre budgétaire par référence au prix du baril se situe à un seuil préoccupant, notamment passant de 37 dollars à plus de 75 dollars aujourd’hui, dont les performances restent encore faibles à l’égard des besoins du marché et de la société en général. Cela signifie qu’on n’est pas encore dans une économie de marché consacrée par la loi fondamentale qui est la Constitution.

Cette situation soulève aujourd’hui un sérieux problème de société et de pérennité de l’économie algérienne compte tenu des mutations profondes qui marquent la vie sociale, économique et politique et qui occupe les devants de l’actualité nationale à quelques jours nous séparant de la prochaine session des travaux de la tripartite regroupant gouvernement-UGTA- patronats public et privé. Ce sera certainement un rendez-vous crucial à l’occasion où chaque partie devra assumer son rôle et être à la hauteur des responsabilités en sachant que le contexte algérien est encore difficile et instable au regard des tensions sociales persistantes avec, en plus, une politique économique et budgétaire qui demeure sous la contrainte de l’évolution du prix du baril du pétrole, mais prometteur, d’autant que l’Algérie est forte de plusieurs atouts et potentialités, la chance que n’ont pas d’autres pays dits émergents. Nous allons essayer, à travers cette contribution sans vouloir anticiper sur la vision de la prochaine réunion de la tripartite, de donner notre point de vue dans le cadre d’un débat national constructif dans la transition économique vers l’économie de marché qui a accumulé les échecs et l’économie du pays en souffre énormément.

En effet, les tripartites qui se sont succédé 15 ans après n’ont pas été spectaculaires, notamment les temps demeurent durs où l’Algérie est affectée par une série de difficultés socioéconomiques fortement coûteuses pour la collectivité nationale, dont on retiendra une économie qui n’arrive pas à absorber ces jeunes qui arrivent sur le marché du travail, les importations ont pris du poids et commencent à constituer une menace de plus en plus lourde dans le financement de l’économie nationale, l’inflation, le chômage, la destruction du marché, la croissance de la dépense publique, la chute chaque année de près de 10% du pouvoir d’achat, les surcoûts enregistrés sur la réalisation des projets, l’assainissement financier répétitif des EPE, l’évolution du taux démographique, le fort taux d’urbanisation, et en sus de cela, il y a ces maux qui nous rongent tels que crise morale, bureaucratie lourde, évasion fiscale et les affaires inhérentes aux scandales de corruption qui viennent de secouer l’opinion publique qui constituent un sérieux problème de société. Par ailleurs, nos entreprises sont bien loin également de l’ouverture à l’international et du démantèlement tarifaire douanier dans le cadre de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC pour que l’Algérie puisse se retrouver en position forte en 2017 pour placer notre économie au rang mondial en ce qui concerne une stratégie d’exportation, du contrat de partenariat nous liant avec l’UE, la Zale (Zone arabe de libre-échange), et enfin les espaces économiques internationaux en général.

La prochaine tripartite qui revêt, à notre humble avis, le rendez-vous du renouveau économique notamment, il reste important et permet de rappeler une évidence que l’on oublie, à savoir l’efficience d’une politique économique qui se mesure à la croissance potentielle, à l’investissement productif et à la création d’emplois. Elle se doit donc d’ouvrir la voie et donner l’exemple pour mieux se préparer aux grands enjeux de la croissance et du développement industriel pour donner une base plus solide à l’indépendance budgétaire par rapport aux hydrocarbures et des marchés extérieurs à l’heure où l’Algérie est arrivée à un tournant décisif qui après plus d’un demi-siècle, l’économie algérienne hors hydrocarbures reste quasi inexistante, qu’elle n’a toujours pas surmonté notamment, insuffisamment productive et diversifiée, vient d’entrer dans une phase de déclin, dont les indicateurs de la micro-économie sont de moins en moins rassurants, et ce, malgré la rente pétro-gazière qui occupe toujours un poids important qui représente près de 98% des recettes du pays et qui persiste à ce jour. Tout cela doit apparaître comme le plus grand défi à relever et une grande priorité nationale de la prochaine tripartite.

Comme souligné plus haut, cette 15e tripartite est fortement interpellée sur les questions de notre modèle économique qui demeure centré sur la macro-économie et d’une administration non préparée à l’économie. Effectivement, le pays dispose de capacités industrielles, mais pas d’entreprises industrielles, c’est-à-dire l’assise industrielle est absente, ou encore on ne fait pas la distinction entre l’entreprise et l’usine. C’est donc l’importation qui vient satisfaire nos besoins de près de 75%, car le constat que l’on peut faire aujourd’hui, sans pour autant généraliser, nos entreprises, manquant d’une dynamique d’engineering ou know-how, sont plus préoccupées de la gestion courante, puisque les résultats sont loin de refléter le fort potentiel de notre pays, surtout les capacités installées qui sont utilisées à moins de 55% et dont la production peut aller jusqu’à 15% du PIB, alors qu’elle est de 5% actuellement. Ce qui a de facto causé encore un manque à gagner à notre développement économique, à notre pouvoir d’achat et en création d’emplois supplémentaires.

Ce qui nous pousse à dire que l’histoire n’omettra pas qu’après l’indépendance une classe moyenne s’est constituée en une force économique et productive où elle a grandement milité dans le processus des nationalisations et la bataille du développement économique national pour mettre sur pied de grandes réalisations dans tous les domaines et dans tous les secteurs d’activité, voire préserver, protéger et développer le patrimoine public contre toute forme d’abus de biens publics ou sociaux pour renforcer l’indépendance politique nouvellement acquise au prix d’un million et demi de martyrs. Elle a payé le prix fort de sa jeunesse en travaillant sans répit, sans confort, sans revendications salariales et d’une précarité sociale en général. Dans les années 1970, la part consacrée à l’investissement industriel était autour de 45% du produit intérieur brut (PIB) et plus de 50% du total investissement au moment où le pétrole valait sur les marchés mondiaux moins de 10 dollars le baril contre 120 dollars aujourd’hui, la part générée en croissance annuelle était de plus de 10%, une agriculture rénovée où l’Algérie arrivait à produire la totalité de ses besoins en céréales, en légumes et fruits et à même exporter les excédents, alors qu’aujourd’hui l’Algérie figure parmi les pays gros importateurs. Ce bref rappel revêt toute son importance dans la mesure où il s’agit d’une génération des premiers cadres algériens qui a choisi de rester au service du pays et en faisant honneur à l’Algérie qui a affiché sa supériorité de force économique, commerciale, politique et d’enseignement universitaire à l’échelle régionale et qui a conquis les espaces géopolitiques à un moment crucial des premières années de l’indépendance.

Sur le plan macro-économique, il y a une situation financière très bonne grâce aux ressources de la rente pétro-gazière et un marché pétro-gazier favorable qui a grandement contribué, à savoir les réserves de change accumulées sont de 200 milliards de dollars, le fonds de régulation de recettes (FRR) qui a atteint près de 6000 milliards de dinars
(80 milliards de dollars), une dette extérieure très faible de près de 5 milliards de dollars assainie grâce aux ressources pétro-gazières. Cette embellie financière a permis les énormes plans de relance économique qui ont atteint 500 milliards de dollars entre 2000 et 2012, soit près trois fois le PIB. C’est bien, mais développer la microéconomie c’est encore beaucoup mieux et vital pour l’avenir de notre pays, car les équilibres de macro-économie ne constituent pas l’économie réelle d’un pays ou une solution pérenne aux problèmes fondamentaux de la microéconomie auxquels le pays est confronté aujourd’hui. Par ailleurs, une amélioration visible du niveau de vie des Algériens reste liée au prix du baril de pétrole.

La tripartite doit donc prendre d’importantes décisions pour une nouvelle étape à l’effet de rassurer les dirigeants d’entreprise d’une volonté politique à respecter les règles et les mécanismes de l’économie qui s’imposent face à l’autonomie des entreprises qui ne sont plus gouvernées ou gérées par les tutelles, mais agissent en toute indépendance dans leurs rapports en conformité de leur statut qui relève désormais du droit privé (code du commerce et code civil) et dotées à cet effet des organes sociaux et de contrôle, celui le conseil d’administration, de l’assemblée générale des actionnaires et du contrôle légal (le commissariat aux comptes) et qui ont besoin de devenir de véritables partenaires dans le monde économique et du travail pour prendre des initiatives de développement économique et non de simples agents économiques sans pouvoirs économiques. De là, les dirigeants d’entreprises doivent exercer leur métier de manager ou d’entrepreneur plus attaché à l’esprit d’entreprise, et par conséquent augmenter son pouvoir d’action sur l’économie et accroître la maîtrise de ses activités productives sur le marché.

C’est là qu’il faut un nouveau pacte économique et social, voire une charte où se manifesteront effectivement les bases d’une bonne politique économique, sociale et financière pour que l’Etat sorte de son rôle actuel de gestionnaire, commerçant et créateur d’emplois pour s’orienter vers la régulation et le contrôle fonctionnel des marchés, réorienter économiquement les subventions de l’Etat, améliorer la fiscalité ordinaire et l’épargne privée, car l’Etat ne profite que peu des entreprises, faute d’une véritable économie politique. Exemple : comment se fait-il que notre système financier n’ait pas fonctionné, notamment pour réagir favorablement par une politique sociale qui favorise l’actionnariat des salariés et du grand public dans les entreprises où doivent être investis dans l’achat des bons obligataires du Trésor et dans les différentes formes de placement ou de l’épargne bancaire à taux préférentiels, avec notamment les dernières augmentations et rappels des salaires quand on sait que sans qu’il y ait de contrepartie, la création de richesses supplémentaires.
 

Categorie(s): contributions

Auteur(s): M’hamed Abaci. Financier et auteur de deux ouvrages : Comptabilité des sociétés et Gouvernance des entreprises

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