Hervé Renard. Entraîneur de la Zambie : «Je ne manquerais pas de dédier ce trophée à Soustara»

Elwatan; le Samedi 11 Fevrier 2012
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-A 24 heures de la finale de la CAN contre la Côte d’Ivoire dans quel état d’esprit sont vos joueurs et vous-même ?

Nous vivons un rêve. Nous ne nous sommes jamais sentis aussi bien. C’est la semaine la plus magique qui nous arrive. Il n’y a pas un seul joueur qui a disputé une finale de la CAN dans mon effectif. Et pour ce qui me concerne, je ne suis jamais arrivé aussi loin dans le tournoi, même au Ghana en 2008, où j’étais assistant de Claude Le Roy. C’est extraordinaire pour nous. La Coupe transcende. On ne peut que se sentir bien et avoir une énorme motivation pour gagner le match de dimanche contre la Côte d’Ivoire et rentrer avec le trophée.

-Vous parlez de motivation. A peine arrivés à Libreville, vous vous êtes rendu sur les lieux du crash de l’avion transportant l’équipe zambienne de 1993. Cet hommage est une source de motivation supplémentaire ?

Croyez-moi, c’était le seul jour possible pour revenir à Libreville. Le 12 février, c’était le seul créneau que nous avions sur notre agenda et nous avions coché cette date depuis un bon moment. Lorsque nous avions commencé le stage de préparation, cette date était déjà arrêtée, et il ne s’agit pas d’un hasard. Il nous fallait nous qualifier pour pouvoir venir rendre hommage aux victimes de ce tragique accident. Nous avons commencé la compétition en Guinée équatoriale avec comme objectif la qualification en finale et la promesse de nous rendre à Libreville sur le lieu du drame. Nous avons tenu parole.

-Vous êtes retourné chez les Chipolopolo, après un bref passage en Angola et à Alger. Dans quel état avez-vous retrouvé l’équipe ?

(Petite grimace). Différente parce que chaque entraîneur à sa philosophie. Il a fallu du temps, et il y en avait pas beaucoup pour que je remette en place les choses telles que je les conçois. De mettre en place les choses que j’aime et que je veux voir les joueurs réaliser. Maintenant, c’est fait ! Mais c’est grâce à un travail continu et un fort esprit collectif. Il fallait cette solidarité et cette unité pour y arriver. Nous avons réussi tous ensemble à le faire et c’est tant mieux pour la Zambie. Car c’est avant tout une victoire de la Zambie et non celle de Renard, de Katongo (NDLR : capitaine d’équipe) ou de quelqu’un d’autre.

-Vous marchez sur les traces de votre mentor, Claude le Roy. Il vous conseille ? Que vous a-il dit maintenant que vous êtes en finale ?

Il a une longue expérience et il en a déjà gagné des Coupes. Si j’ai besoin de conseils, je l’appelle. Mais je préfère me dire que ferait-il à cet instant et parfois me rappeler ses réactions dans les situations similaires. A chaque fois, je m’interroge et trouve les solutions adéquates. Je sais que s’il avait à diriger mon équipe, il leur dira n’ayez pas peur, jouer, parce que si vous ne jouez pas, vous allez regretter toute votre vie de ne pas avoir entrepris quelque chose.

-Vous avez battu le Soudan et le Ghana que vous retrouverez en juin pour les éliminatoires de la CM 2014. Entre une qualification pour le Mondial, qui serait une première pour la Zambie, une finale de la CAN, où va votre préférence ?

(Sans hésiter) Le trophée ! Oui, le trophée ! C’est quelque chose qui reste toute une vie. Une empreinte indélibile. La qualification pour le Mondial aussi, mais qui sait si la Zambie ne va pas se qualifier pour le Mondial ? Disputer une finale et la remporter, c’est plus dur et plus marquant à mon sens.

-Vous êtes sollicité de partout. Votre téléphone n’arrête pas de sonner. Avez-vous reçu des nouvelles de votre ancien président, Ali Haddad, de l’USM Alger ?

Oui, bien sûr. Il m’a envoyé un email de félicitations, lui et son frère Rebouh. Nos relations sont excellentes et elles resteront toujours amicales. Lorsque je suis arrivé à Alger, ils ont pris soin de moi comme un frère, «khouya» comme ont dit en Algérie, et je m’en souviendrai toujours.

-Pourtant vous n’avez pas hésité à quitter le club ?

Avant toute chose, sachez que sans la clause libératoire en cas de sollicitation par une sélection nationale, je ne serai pas allé à l’USMA. C’était une condition indiscutable pour moi.

Vous êtes pardonné puisque les supporters de l’USMA sont tous derrière vous. On en oublierait que c’est la Zambie qui joue…

(Il hausse la tête avec un regard pensif). J’ai été très bien accueilli à l’USMA et reçu énormément de messages de félicitations et d’encouragement, notamment de la part Billel Dziri. Je ne manquerais pas de dédier ce trophée aux supporters de Soustara.

-Pourquoi cette fascination pour le poste de sélectionneur national ?

En 2008, j’étais l’adjoint de Claude Leroy à la tête des Black Stars du Ghana. Nous avons effectué notre préparation à Abou Dabi et le Ghana organisait la CAN. Nous ne sommes pas parvenus en finale comme cette fois-ci avec la Zambie. Mais les images, les moments que j’ai vécus au Ghana à notre retour de la préparation, je ne les oublierai jamais. Tout un pays qui respire le football, la sélection nationale. Je n’ai vu ça qu’en Afrique et j’aime vivre ça. A mes yeux, il n’y a qu’une sélection qui peut créer cette osmose, ce climat. Je ne suis pas zambien mais je n’ose même pas imaginer ce qui se passera là-bas avec le trophée. Ce qui m’arrive aujourd’hui avec la Zambie, après tant d’années de travail et de sacrifice, je suis près à payer pour le revivre encore !

-Etes-vous tenté par une aventure avec une sélection européenne ?

(Il rit). Même en Europe, on ne retrouve pas cette ambiance magique. En France, par exemple, dès que l’équipe décline, on lui tourne le dos. En revanche quand les résultats sont là, tout le monde court acheter le maillot des Bleus et monte sur les tables. En Afrique, l’engouement et la fierté que crée l’équipe nationale est autre. Les Africains sont des connaisseurs et de vrais supporters. Ils supportent leur équipe en toutes circonstances.

-Vous avez fait la navette en Zambie, pensez-vous à un éventuel retour à l’USM Alger ?

(Eclat de rire). Vous savez dans la vie, il ne faut jamais dire jamais.

Categorie(s): sports

Auteur(s): Nazim Bessol

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