Hommage à Léonardo Creminini s'est éteint : Un illustre ami

Elwatan; le Samedi 15 Mai 2010
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Ce peintre dont les œuvres sont dans les plus
grands musées du monde avait pris parti pour
l’indépendance de l’Algérie.
Le peintre Leonardo Cremonini vient de s’éteindre à Paris, à l’âge de 84 ans. Né en 1925, à Bologne, il y fait la première partie de ses études artistiques avant d’intégrer les Beaux-Arts de Milan. Il s’installe à Paris au début des années 1950 et devient l’un de ceux qui renouvellent la figuration. Les notices d’un artiste au moment de son décès opèrent des raccourcis peu compréhensibles. Ainsi la dépêche AFP dit simplement qu’il est passé à partir de 1960 de la peinture de paysages et de scènes de genres à des représentations marquées par des tensions et des violences ! Il est donc important de préciser qu’il s’agit de la violence coloniale faite au peuple algérien, qui marque un tournant dans son œuvre.

Avec Torture, Tête torturée, Désarticulation de la guerre civile, toutes trois de 1961, Cremonini donne trois visions insoutenables de la torture érigée en système. A peine figuratives, dans un monochromatisme rouge saisissant, ce sont les œuvres parmi les plus fortes dénonçant la torture. Les spécialistes de son œuvre, Max Clarac-Sérou ou Pierre Gaudibert, avaient indiqué qu’il s’agissait de tableaux charnières dans son œuvre et ses préoccupations esthétiques et philosophiques.

Nulle complaisance face aux bourreaux, et une grande lucidité face à l’histoire. Dans les mêmes années, Cremonini, comme d’autres peintres, utilise le thème de la manifestation de rue pour contester la légitimité du pouvoir français qui poursuit la guerre. Alors que le mot d’ordre le plus utilisé dans les cortèges était «Paix en Algérie», Cremonini transcrit sur la banderole de sa toile un texte très explicite : «Algérie algérienne». Le cadrage de la toile, très particulier, retient, tel un zoom, une image tout à la fois partielle et représentative d’une volonté collective, d’une multitude en mouvement. Le titre de l’œuvre reprend le slogan : Algérie algérienne. Cremonini est l’un des rares peintres européens à Paris à avoir représenté la force irrépressible des manifestations de décembre 1960 à Alger : œuvre d’imagination, sa toile délaisse la facture réaliste pour une évocation presque abstraite de l’élan qui animait cet évènement.

Des formes lumineuses, denses, verticales, saturent l’espace de la toile, se tendent ensemble, comme par milliers. Là encore, le titre est sans équivoque : Opposition des masses à Alger, 1960. En 1964, le peintre offrit cette œuvre à l’Algérie. Elle est aujourd’hui au Musée des beaux-arts d’Alger. Lors de la préparation de l’exposition «Les peintres internationaux et la Révolution algérienne» en 2008, et malgré la maladie, Leonardo Cremonini nous avait prêté ces œuvres qu’il avait toujours gardées avec lui. Il continuait à s’intéresser à l’Algérie avec passion. Peintre dont les œuvres sont présentes dans tous les grands musées du monde, dont le travail a été commenté par les grands écrivains de son temps, d’Italo Calvino à Umberto Eco ou à Moravia, il nous reste particulièrement proche. «Prenez-y garde, Cremonini restera», avait dit Régis Debray. Cela n’est pas pour nous une vérité extérieure mais bien une intime conviction.

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): Anissa Bouayed

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