Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt pour les crimes du Darfour

Elwatan; le Samedi 7 Mars 2009
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L'onde de choc de l'émission par la Cour pénale internationale (CPI) d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Hassan El Béchir n'a de cesse de soulever les réactions les plus diverses. C'est la première fois, rappelons-le, qu'un mandat est émis par la CPI et le choix du général El Béchir n'est à l'évidence guère anodin.
Au cœur de l'affaire : la tragédie du Darfour (lire chronologie). Depuis La Haye, Laurence Blairon, porte-parole de la CPI, a annoncé donc la décision de la Cour qui fait suite à une demande en juillet 2008 par le procureur de la CPI, l'Argentin Luis Moreno-Ocampo, de poursuivre le général Omar Hassan El Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour. Ces crimes auraient fait 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés, selon l'ONU. Khartoum parle de 10 000 morts. Dans la capitale soudanaise, c'est l'hystérie depuis mercredi. Ce week-end a vu des milliers de manifestants sortir dans la rue pour dire «non» à la décision de La Haye jugée totalement inepte.

A la tête des manifestants, le président El Béchir himself. Haranguant ses sympathisants, il assène une volée de bois vert à la CPI et ses «sponsors». «Les criminels sont les leaders des Etats-Unis et de l'Europe», a-t-il martelé. Dans la foulée, il accuse les Etats-Unis d'avoir multiplié les crimes les plus massifs dans l'impunité la plus totale : Hiroshima, Vietnam, Irak, sans oublier, rappelle-t-il, «le génocide perpétré contre les Amérindiens». Et d'accabler le «néocolonialisme» dont il considère la CPI comme une des officines. «Cela fait 20 ans que nous sommes sous la pression du néocolonialisme et de ses instruments comme la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le Fonds monétaire international», a-t-il appuyé. Omar El Béchir parle de «complot» d'un «néocolonialisme visant à déstabiliser un Soudan riche en ressources naturelles, notamment en pétrole et en gaz», a-t-il ajouté, avant de lancer : «Nous sommes prêts à résister au colonialisme.» Force est de noter, en effet, qu'en s'attaquant au Soudan, la CPI s'attaque à un poids lourd. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître et cela restera dans le CV du procureur Luis Moreno Ocampo. D'ailleurs, le procureur, par qui le mandat est arrivé, en a pris largement pour son grade.

Il sera vertement conspué par la foule qui scande : «Ocampo et les juifs, nous avons été entraînés pour faire face à des gens comme vous.» Autre réaction forte de Khartoum : l'expulsion des ONG humanitaires qui activaient au Darfour, à commencer par MSF, l'ex-ONG de Bernard Kouchner. Le département d'Etat a réagi en appelant Khartoum à revenir sur sa décision. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, a également appelé Khartoum à la raison. 13 ONG internationales et de 200 à 300 travailleurs humanitaires sont concernés par la décision d'expulsion. «Les activités de ces agences sont essentielles à la subsistance de 4,7 millions de Soudanais qui reçoivent de l'aide au Darfour», souligne M.Ban Ki-moon. «Avec le départ des ONG et si le gouvernement ne revient pas sur sa position, 1,1 million de personnes seront sans nourriture, 1,5 million de personnes seront sans soins de santé et plus d'un million sans eau potable», a plaidé pour sa part la porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU, Elizabeth Byrs, lors d'un point de presse.
Le gouvernement soudanais est sollicité pour donner suite au mandat du CPI. Il ne va évidemment pas coopérer. Des déclarations prêtées au général Omar El Béchir et rendues publiques par l'agence officielle Suna font clairement savoir qu'il n'est pas question de se soumettre aux exigences du procureur Ocampo : «La décision de la CPI ne va rien changer aux plans et aux programmes du gouvernement», a déclaré le président soudanais. Combien de temps va tenir Omar El Béchir ? Le bras de fer est engagé…

Alger exprime son «soutien actif» au Soudan

L'Algérie a accueilli l'émission d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais avec un «profond regret», rapporte l'APS. «Cette décision constitue un grave précédent porteur de menaces réelles pour la paix, la sécurité et la stabilité au Soudan et dans la région», ajoute le communiqué repris par l'APS. «Tout en marquant son ferme rejet de la pratique du deux poids, deux mesures et de la politisation de la justice internationale, l'Algérie renouvelle son attachement à la demande exprimée par l'Union africaine et la Ligue des Etats arabes en faveur d'une suspension de la procédure engagée par la Cour pénale internationale pour permettre la poursuite des efforts en cours visant un règlement rapide et durable de la crise au Darfour», indique la même source, avant de conclure : «Tout en renouvelant sa solidarité et son soutien actifs au Soudan, l'Algérie ne ménagera aucun effort pour accompagner la démarche collective de l'Union africaine et de la Ligue des Etats arabes pour le règlement de la crise au Darfour et la préservation de la souveraineté, de l'unité et de l'intégrité territoriale de ce pays frère.»De son côté, le RND a exprimé son indignation face au mandat de la CPI.
Dans un communiqué cité par l'APS, le RND dénonce le «deux poids, deux mesures» du droit international en faisant notamment référence au silence de la communauté internationale face aux crimes israéliens commis à Ghaza. Le MSP a abondé dans le même sens en soulignant que «si les allégations portées dans le mandat d'arrêt s'avéraient réelles, elles devraient s'appliquer à tous les dirigeants de l'entité sioniste et à leur tête les responsables de l'holocauste commis contre les populations de Ghaza dans lequel des armes prohibées ont été utilisées».

Categorie(s): international

Auteur(s): A.F.P.

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