Il sévit depuis 29 ans en Égypte : L’état d’urgence prolongé de deux ans

Elwatan; le Mercredi 12 Mai 2010
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La prolongation de l’état d’urgence va certainement serrer encore plus l’étau sur l’opposition démocratique.

L’état d’urgence est parti pour s’installer durablement dans la vie politique égyptienne. Cette mesure qui arrivera à terme le 31 mai prochain, à de «fortes chances» d’être prolongé. Ainsi, le gouvernement égyptien a déposé, hier, une  demande à l'assemblée du peuple (Parlement) pour son prolongement pour de deux ans, alors que l’Egypte se prépare à organiser des élections législatives à l’automne prochain et la présidentielle durant l’été 2011. L’étau va  sans doute se resserrer davantage sur l’opposition démocratique. Le prétexte avancé par les autorités égyptiennes est «la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue».

Le président du Conseil des ministres égyptien, Ahmed Nadhif, a appelé,  dans une allocution devant l'assemblée dont la majorité des sièges est détenue par le Parti démocrate au pouvoir, à restreindre l'état d'urgence à la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. «L'application de l'état d'urgence en Egypte a permis de faire face  aux dangers du terrorisme et de déjouer de nombreux attentats», a indiqué M.  Nadhif dans son exposé des motifs. Le Parlement égyptien devrait adopter, avant la fin du mois, le prolongement de l'état d'urgence.

Dès l’annonce de cette «mauvaise nouvelle», les organisations de défense des droits de l’homme et l’opposition démocratique ont vivement critiqué la démarche du pouvoir égyptien. L’opposition ne se fait pas d’illusion. Pour elle, «les limitations dont parle le président du Conseil des ministres n’est qu’un simple habillage». «Le pouvoir a affirmé à maintes reprises qu'il allait limiter la loi sur  l'état d'urgence aux stupéfiants et au terrorisme. Ce n'est pas une position  nouvelle», a déclaré à l'AFP Heba Morayef, une responsable de Human Rights  Watch (HRW) en Egypte.  
«Le bilan du gouvernement n'incite pas à l'optimisme quant à un changement   d'attitude. Mais c'est un signe qu'il se sent sous pression, et que la prorogation de l'état d'urgence lui fait une mauvaise publicité», a-t-elle ajouté.        

Les partisans de l’ancien président de l’Agence internationale à l’énergie atomique, Mohamed El Baradei, ont estimé que ce dispositif «va être utilisé contre les opposants politiques car les autorités peuvent fabriquer des accusations comprenant le terrorisme contre n'importe lequel d'entre eux».
Goerges Ishak, un responsable de l’Assemblée pour le changement, allié de El Baradei, dans une déclaration à l’AFP, a affirmé : «Nous vivons depuis 30 ans sous une loi d'exception et nous voulons avoir une vie normale. Si le but est vraiment la préservation de la sécurité, il y a dans le code criminel égyptien des dispositions suffisantes pour réaliser cet objectif.»

L'état d'urgence avait été décrété au lendemain de l'assassinat du président Anouar Sadate le 6 octobre 1981. Une mesure qui a été régulièrement prolongée depuis 29 ans et qui confère aux appareils de sécurité de larges pouvoirs leur permettant d’arrêter des personnes ou traîner des opposants devant des tribunaux spéciaux. L'opposition ainsi que de nombreuses organisations des droits de l'Homme appellent depuis de nombreuses années à la levée de cette mesure.

Categorie(s): international

Auteur(s): Agences

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