Importations massives, aléas climatiques, gestion aléatoire… : Céréaliculture,une filière de plus en plus fragile

Elwatan; le Lundi 13 Octobre 2014
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Une situation qui risque de s’accentuer au cours des prochaines années si des solutions adéquates ne sont pas mises en application. Ce n’est pas nouveau comme constat, mais la baisse des exportations algériennes d’hydrocarbures, principale source de financement des importations des produits alimentaires, et le retard pris dans la recherche et le déploiement des techniques d’irrigation ne jouent pas en faveur de la céréaliculture. En ce début de campagne labours-semailles, le dossier s’invite de nouveau dans les débats. Et ce, d’autant que cette filière a enregistré cette année son plus bas niveau de production depuis cinq ans avec 34 millions de quintaux (30% de moins par rapport à l’année dernière) selon les chiffres du ministère de l’Agriculture et du Développement rural.

Ce déclin de la production qui prend de l’ampleur ne fait que rappeler cette forte dépendance vis-à-vis des précipitations dans un pays où seulement 3% de la production locale sont cultivés à l’aide de techniques d’irrigation, le reste continue à fonctionner avec des moyens loin d’être modernes.

Le record de production de 61,2 millions de quintaux enregistré durant la campagne 2008/2009 ne s’explique pas par les mesures d’incitation à la production, mais par les bonnes conditions climatiques à cette période. D’ailleurs, depuis, les rendements ont connu des baisses sensibles puisqu’ils ont suivi les tendances en matière de pluviométrie. Le premier responsable du secteur, Abdelwahab Nouri, n’a pas manqué de souligner ce point en septembre dernier lors d’une séance plénière au Conseil de la nation, comme pour rappeler l’échec du gouvernement à adopter une stratégie indépendante des aléas climatiques, comme c’est le cas dans de nombreux pays arides.

D’année en année, les écarts de production se creusent

Les écarts de production interannuels sont très importants. De 2009 à 2014, la chute a été brutale : près de 50%. Ce qui est loin de rassurer et suscite plutôt des interrogations sur la conduite à suivre dans les années à venir. Car en plus des causes naturelles (sol et climat), il y a des facteurs techniques (semences, pratiques culturales) et humains (organisation et formation des producteurs). Dans ces deux derniers chapitres, pas de changements notables à signaler ces dernières années.

Avec les incertitudes qui pèsent sur les recettes de l’Algérie en hydrocarbures, les longs épisodes de sécheresse induits par les changements climatiques, comment s’annonce justement l’avenir de cette filière grande consommatrice d’eau ? Les experts sont formels à ce sujet : il y a lieu de jouer sur les techniques d’irrigation. En théorie, ce point figure parmi les priorités de l’Etat. Le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture et celui des Ressources en eau ne cessent de rappeler que l’accent sera mis dans le prochain quinquennat sur l’augmentation des superficies irriguées. Le gouvernement prévoit de porter à unq million d’hectares la superficie irriguée à l’horizon 2019 pour faire grimper les rendements. Pour sa part, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a annoncé récemment avoir distribué quelque 900 systèmes d’irrigation aux cultivateurs locaux en 2014, et augmenté par ricochet la superficie des cultures céréalières irriguées à 600 000 hectares en avril.

Cap sur les nouvelles techniques d’irrigation

Pour atteindre ces objectifs, le cap est mis sur la construction de nouveaux barrages. En plus de ceux lancés durant le quinquennat 2010-2014 (18) non encore finalisés, gouvernement envisage la réalisation de 30 barrages supplémentaires d’une capacité combinée de 1,5 milliard de mètres cubes entre 2015 et 2019. Mais tous ces projets seront-ils au rendez-vous pour gagner la bataille de l’irrigation ? C’est là l’un des problèmes majeurs qui reste posé. Car ce sont habituellement les retards accusés dans les projets qui freinent l’essor des différentes filières, quel que soit le secteur. C’est le cas de l’agriculture où la mécanisation se fait toujours attendre, notamment dans la céréaliculture. La problématique de l’eau conjuguée aux autres difficultés (citées plu haut) ne font qu’ouvrir grand la voie aux importations massives et attirer les fournisseurs en blé et autres céréales. L’Algérie est, en effet, devenue au fil des ans l’un des principaux importateurs de blé au monde et le premier importateur par habitant.

Ces importations représentent globalement, selon une étude élaborée en mai dernier par l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), qui note une forte «régionalisation des conditions de production» et des «niveaux de récolte contrastés» d’Est en Ouest la même année : environ 75% des besoins nationaux et 40% des importations agricoles. Selon la même étude, le taux de couverture en blés par les importations s’établit à 74% sur la période 2005-2009, pour des besoins nationaux de 7,6 millions de tonnes. Le déficit concerne beaucoup plus le blé tendre que le blé dur. Pour l’orge, les besoins en importation sont beaucoup plus faibles, de l’ordre de 15%.

Les rédacteurs du document notent par ailleurs une croissance rapide des importations de produits dérivés des céréales, notamment les aliments pour enfants avec des quantités multipliées par 21 entre 2000 et 2011, et les céréales pour petit-déjeuner (X 24). Ce qui est fortement remarquable sur les rayons des magasins où une multitude produits provenant de différents pays (essentiellement l’Europe) sont proposés aux consommateurs.

Categorie(s): economie

Auteur(s): Samira Imadalou

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