Imprévoyance

Elwatan; le Lundi 6 Fevrier 2012
1


Des villages entiers sont sans nouvelles ces dernières 48 heures. Des élus locaux, à l’image de ceux des communes de haute montagne en Kabylie, crient ouvertement leur incapacité à faire face à la situation induite par les intempéries et dénoncent l’absence des pouvoirs publics dans des circonstances aussi cruciales. L’ampleur de la tempête de neige est en effet exceptionnelle mais elle a été annoncée depuis au moins une semaine sans que les autorités du pays se réveillent du ronronnement politique dans lequel elles sont plongées depuis des mois, sinon des années. La vie quotidienne du citoyen a été tout simplement occultée, le pays s’étant enferré dans des débats à mille lieues du vécu de la population. Résultat : ce sont des centaines de milliers de personnes qui ont été précipitées dans l’isolement le plus total, renouant avec des habitudes de vie qui prévalaient il y a au moins un siècle.

Pour leur survie, les villageois comptent sur leurs provisions en vivres et leurs propres capacités d’adaptation aux rigueurs de l’hiver. Ils ne peuvent compter ni sur l’énergie électrique ni sur les bouteilles de gaz, encore moins sur l’eau du robinet. La quasi-totalité des réseaux d’alimentation en eau et en électricité, sur les collines comme dans les agglomérations, sont mis hors service par les perturbations climatiques, montrant la précarité des installations datant pour la plupart des années 1970. Le développement que les pouvoirs publics prétendent avoir réalisé dans les localités retirées ne tient finalement qu’à un fil, vite rompu par la moindre précipitation de pluie ou de neige. Les privations vécues ces jours-ci par une grande partie de la population ne sont en réalité qu’un condensé des pénibles conditions de vie prévalant tout au long de l’année. Les cris de détresse lancés régulièrement par la population, notamment à travers la presse, n’arrivent vraisemblablement jamais aux oreilles des autorités en charge de la gestion de la cité.

Pourtant, l’urgence de la réhabilitation ou de la réalisation des infrastructures de base est chaque jour signalée à travers des régions entières du pays, où les populations ont souvent recours à des manifestations de rue pour tirer l’administration de son inertie. Aucune leçon n’a été retenue des précédentes épreuves vécues par les citoyens, comme la tempête de neige de mars 2005, lorsqu’il a fallu faire appel aux colonnes de l’armée nationale pour rouvrir les routes et tirer les villageois de leur isolement. Il avait été décidé alors de doter les communes de haute de montagne d’engins de déneigement, mais le programme n’a été qu’en partie mis en œuvre, sept années plus tard. En termes de communication et d’information, les seuls messages parvenus aux villageois sont ceux les exhortant à aller voter lors de futures et improbables échéances électorales.
 

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..