Instantané : les non-voyants et les non-regardants

Elwatan; le Dimanche 23 Decembre 2012
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Chambre d’amis est l’intitulé d’une pièce théâtrale de l’auteur et metteur en scène Sadek El Kebir. A travers cette initiative artistique, le public est invité à suivre dans l’obscurité totale un spectacle joué par des comédiens non-voyants. Une manière aussi de faire changer la perception des voyants et leur permettre de vivre pleinement le monde des handicapés visuels tel qu’il est ressenti par ces derniers, à travers l’exercice de la voix et du mouvement sur scène. Cette expérience théâtrale a été grandement saluée par les invités (voyants) qui suivaient le spectacle dans un monde qui n’est pas le leur. «C’était fantastique!», répétait la directrice de l’école des non-voyants d’El Achour, Mlle Fettis Samira, soulignant que c’est difficile de vivre l’environnement des non-voyants dans tous ses aspects.

Contrairement à ces derniers qui, dans le noir absolu, s’appliquaient à prendre par la main les voyants pour les placer le long des travées de la salle, sur leurs sièges avant de leur faire découvrir le spectacle. Au-delà de ce côté cour, une idée émerge en nous pour titiller quelque part l’actualité. Entre l’action de voir et celle de regarder, y a-t-il une différence ? En termes plus clairs, qu’en est-il des regardants et leurs opposés, les non-regardants ? Si les premiers n’avaient d’ yeux que pour Hollande - avant et lors de sa visite -, s’appliquant à ne voir et à ne faire voir à l’hôte le long d’un parcours, à travers boulevards et avenues de la capitale que le décor d’une ville maquillée à la hâte et grossièrement toilettée, les seconds, eux, refusaient de voir l’envers du décor aussi repoussant que maudit.

Celui-là même réservé aux petites gens qui viennent de voir défiler le carrosse présidentiel sur fond de travaux de voirie et d’embellissement expédiés par des EPIC instruits, à notre grand désenchantement, par l’homme qui regarde sans son cœur.  Cet «Homme malin (qui) voyage sans son cœur» pour reprendre le titre du livre de Sadek El Kebir, inspiré de l’écrivain arabe Ibn El Moqaffaâ. Résultat des courses : les non-voyants de La Chambre d’amis vivent leur milieu et ressentent celui des voyants. Les non-regardants voient leur environnement immédiat en caviardant celui des autres.
 

Categorie(s): alger

Auteur(s): M. Tchoubane

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