L’arbitraire en mode actif

Elwatan; le Dimanche 12 Octobre 2014
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Lentement mais inexorablement, l’étau se resserre autour des libertés démocratiques au sens large du terme. Il n’est désormais plus toléré d’ouvrir la bouche pour critiquer le régime, ses tares et ses avatars. Le refus qu’a essuyé le chef du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, d’animer une petite réunion à Khemis Miliana, est un précédent grave. Grave parce qu’il constitue une violation flagrante du droit à l’expression et à la réunion consacré par la Constitution. Grave parce qu’on empêche un homme politique d’exprimer ses idées dans une manifestation politique prévue par son parti pourtant dûment agréé.

Il est éthiquement mesquin et politiquement indigne de se taire face à un tel déni de droit commis dans un pays ayant payé le lourd tribut pour avoir voix au chapitre. La mésaventure vécue par Soufiane Djilali à Khemis Miliana est un terrible boomerang pour ceux qui ont cru à la mystification de «l’Etat civil» débitée, sans rire, par Amar Saadani, le porte-voix du régime.

Comment, après ce détestable forfait, croire Bouteflika capable d’offrir davantage d’espaces d’expression à l’opposition politique dans la future (incertaine) Constitution  ? Il faut être un fieffé naïf pour prendre au sérieux des professions de foi émanant d’un régime foncièrement autoritaire, voire liberticide. Très impopulaire au sein de l’opinion et pas crédible à l’international où il montre pourtant patte blanche, le pouvoir développe une allergie maladive à l’égard de tous ceux qui lui apportent la contradiction et lui soulignent ses errements politiques.

L’arbitraire est devenu en l’occurrence son seul viatique pour maquiller sa face hideuse. On imagine que le concept de «transition politique» sonne comme un cauchemar dans les oreilles du cercle présidentiel et de tous les thuriféraires qui tournent autour. Question de survie, ces derniers sont obligés de renouveler leur allégeance à coup de déclarations ampoulées et autres génuflexions qui les réduisent à de simples valets de la cour.

La situation des libertés est tellement grave qu’elle devrait théoriquement faire réagir le «droit de l’hommiste» officiel, Farouk Ksentini, plus prompt à plaider en faveur de l’amnistie générale qu’à défendre une liberté démocratique foulée aux pieds à Khemis Miliana. Parce que, au-delà de la personne de Soufiane Djilali et son parti, ce sont les idéaux de la démocratie et des droits de l’homme qui sont agressés une nouvelle fois.

Avant lui, il y a eu les réunions thématiques, interdites en août dernier, de la CNLTD et une autre de Mouloud Hamrouche à Tlemcen, comme d’ailleurs le refus entêté d’agréer le parti de Karim Tabbou. On n’est donc pas face à un cas isolé d’arbitraire, mais face à une stratégie méthodique visant à réduire au silence toute voix discordante de celle de «Fakhamatouhou» et ceux qui chantent sa gloire. Et c’est une pitoyable image que le régime de Bouteflika donne de l’Algérie au moment où nos voisins tunisiens s’apprêtent à élire leur Président dans un climat de liberté digne des vieilles démocraties occidentales. Quel retournement de l’histoire !

Categorie(s): edito

Auteur(s): Hassan Moali

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