L’impasse

Elwatan; le Jeudi 13 Mai 2010
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Mardi, au JT de vingt heures de l’Unique, une demi-heure de lecture assommante des projets de loi adoptés par le Conseil des ministres, et puis plus rien. Pas d’annonce de changement de gouvernement ni de lancement de nouvelles réformes. Pas même ce «minimum» qui aurait mis un peu de baume au cœur des citoyens : l’éviction des ministres qui ont failli dans la gestion de leur secteur ou ont été éclaboussés par les scandales de corruption. Le président de la République s’est contenté de commenter le contenu des textes de loi sans même relever la gravité de la situation économique et sociale dans laquelle se trouve l’Algérie. Il semble bien qu’il ait convoqué ce Conseil des ministres dans le seul but de faire taire les critiques sur la vacance du pouvoir. L’opinion publique n’a pas arrêté de s’émouvoir de ses longues disparitions de la scène publique comme de la vacance forcée du législatif, privé de textes à examiner : toute la session d'automne de l’APN de 2009 a été blanche et celle du printemps 2010 a failli l’être.

Pourquoi donc cette attitude du chef de l’Etat ? Ignore-t-il qu’il y a péril en la demeure ? Les organismes internationaux ont relégué l’Algérie dans le dernier lot des pays les moins performants dans le monde et l’ont classée parmi les plus corrompus. Du fait de l’absence de réformes, l’économie nationale ne participe en rien à la croissance, laquelle n’est tirée que par les seules exportations d’hydrocarbures. Le président de la République n’est-il pas convaincu que les quelques initiatives gouvernementales introduites dans les lois de finances n’ont fait que semer la confusion et, par endroits, créer la panique ? De multiples entreprises publiques et privées ont mis la clef sous le paillasson ou gelé leur activité, ce qui a aggravé le chômage dans le pays, déjà extrêmement élevé. Enfin, le monde du travail n’a pas arrêté d’être traversé par des conflits sociaux de plus en plus durs ne rencontrant, la plupart du temps, que l’indifférence des pouvoirs publics, lorsque ce n’est pas de la répression.

Bouteflika donne l’apparence d’être totalement dépassé par la sédimentation des difficultés, choisissant de tourner le dos à la pénible réalité plutôt que de l’affronter. Il semble tellement privilégier le statu quo qu’il s’accommode, voire couvre ses ministres défaillants, compromis ou usés par le temps. Le pays paye le prix le plus lourd à cette politique du pire. Et cela risque de durer encore longtemps.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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