La bourrasque

Elwatan; le Lundi 28 Mars 2011
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Tout va vite en Libye où l’opposition assurait, hier, que les champs pétroliers, situés dans les régions qu’elle contrôle, produisent 100 000 à 130 000 barils par jour et qu’elle projette d’exporter du pétrole d’ici «moins d’une semaine». Cela sonne comme un bulletin de victoire, sinon qu’elle consolide les positions déjà acquises et qu’elle entend elle aussi se donner les moyens de sa révolte, autant dire acquérir des armes. Mais pas suffisamment puisque le colonel El Gueddafi détient encore le pouvoir, même si lui ne peut plus bénéficier des ressources que lui procurait la vente de pétrole et que son armée perd du terrain.

A vrai dire, la situation paraît floue et cela d’autant plus que Washington, qui a cessé de diriger la coalition internationale contre la Libye mais sans la quitter, assure que l’objectif de cette opération n’est pas le renversement du colonel El Gueddafi, car tout «changement de régime» est «très compliqué» à mettre en œuvre. A qui sont adressés les propos de Robert Gates, alors même que l’objectif de toute opposition est de s’emparer du pouvoir et qu’il y a très peu de place quand il y a recours aux armes ?

C’est un point de non-retour et l’intention de l’opposition libyenne de vendre le pétrole qui se trouve sous son contrôle en est suffisamment révélateur. C’est là l’élément qui différencie la révolution libyenne de toutes celles que le monde arabe connaît. Beaucoup à vrai dire, et même dans ces fameux îlots de stabilité ou présentés comme tels, ou les régimes sont réputés féroces mais pas suffisamment forts. Dans bien des cas, la peur n’est plus ce sentiment dominant que des millions de personnes n’arrivent plus à dissimuler ou à surmonter. Elle a tout simplement disparu. Un mur est tombé, dit-on à ce sujet, même si, par endroits, le prix est élevé, les régimes en place, comme au Yémen et en Syrie, s’opposent par la force à toute idée de changement.

La répression a pris un tour sanglant avec des centaines de morts. On ne connaît pas le véritable bilan, mais des personnes ont été exécutées puisque ordre en a été donné, sans peloton d’exécution, mais le choix des instruments de la répression ne trompe pas, pour avoir revendiqué des droits comme celui de vivre sans crainte d’être arrêté pour ses idées. Il s’agit de la liberté dans son sens le plus large. C’est le refus de la dictature et des républiques dynastiques. De vivre avec son temps et aussi pour le progrès, ce que de tels régimes empêchent.

C’est ce qui manquait le plus dans le monde arabe, entraîné depuis quelques mois dans une véritable bourrasque. Ce n’est plus, en effet, un simple vent comme on dit au sujet des changements qui se produisent à travers le monde, puisque ce sont au moins une douzaine de pays arabes qui sont touchés. Dans bien des cas, il y a eu absence totale d’intelligence. Comme souvent pour les régimes dictatoriaux, dira-t-on, car un minimum de bon sens aurait permis d’éviter de telles crises.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Mohammed Larbi

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