La chronique de Maurice Tarik Maschino : Une République en trompe-l’œil

Elwatan; le Mercredi 26 Decembre 2012
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En 2013, un étranger non communautaire, même installé en France depuis 60 ans, reste un étranger et ne bénéficie d'aucun droit civique. Il ne votera donc pas aux prochaines municipales : ainsi vient d'en décider le président dit de gauche de la République.
Une fois de plus, l'idéal républicain est bafoué. La devise de la République l'est tout autant, comme le rappelle un universitaire, Yann Moulier Boutang, dans un pamphlet de qualité, Liberté, égalité, blabla, les mythes usés de la République. «La République est-elle encore une idée vivante ? fait-il mine de se demander. Ne s'est-elle pas réduite à l'idéologie d'un Etat riche mais fatigué, à un beau musée pour dépliant du tourisme intellectuel ?» La réponse ne fait pas de doute, et Y. M. Boutang le démontre avec force, en analysant les «valeurs» que cette République, par la voix de ses dirigeants, ne cesse de proclamer, et d'autant plus fort qu'elle n'en respecte aucune.

Mais d'abord, comment qualifier de République un régime qui a quasiment tout conservé ou restitué du régime monarchique ? Seuls les mots ont changé, mais la réalité n'a pas substantiellement varié : comme la royauté, la République a sa noblesse, sortie des grandes écoles, ENA, les Mines, Polytechnique... , où n'entrent que de jeunes aristocrates qui monopolisent à la sortie tous les postes importants de l'Etat, elle a son décorum – tapis rouges, palais, réceptions dans les jardins du palais, carrosses de grandes marques, Mercedes ou Peugeot –, elle a son roi, élu certes, mais qui use presque à sa guise des deniers publics – cf. F. Mitterrand, qui logea et entretint aux frais de l'Etat sa maîtresse et sa fille – un roi qui échappe à toute poursuite judiciaire pendant son règne et détermine comme il l'entend la politique du pays. Comment, dans un tel contexte, la devise de la République ne serait-elle pas un mensonge cynique ? «Le caractère monarchique de la République (...) trahit l'absence de démocratie», écrit Boutang, comme l'illustre, entre autres, la dépendance de l'appareil judiciaire à l'égard du pouvoir politique. C'est le pouvoir politique qui nomme les procureurs et les procureurs, évidemment aux ordres, décident de la suite à donner à une plainte : ils poursuivent ou ils classent. L'arbitraire règne en maître dans le domaine judiciaire. La gauche, si elle était fidèle à ses valeurs universelles, aurait toute liberté de les appliquer.

Elle n'en fait rien: le nombre d'expulsions d'étrangers n'a pas diminué depuis l'élection de F. Hollande, pas davantage les contrôles d'identité au faciès, et les jeunes des cités continuent d'être vérifiés dix fois par jour. L'internement administratif, qui prolonge à sa façon les «lettres de cachet» de la monarchie, est toujours en vigueur, et l'on envisage même de créer des centres pour femmes et enfants. «Au pays de la liberté, écrit Y. M. Boutang, on ne discute dans les milieux de l'administration d'Etat que de la nature du gant : de fer ou de velours ?» On s'étonne presque que F. Hollande n'ait pas demandé à Claude Guéant de rester ministre de l'Intérieur: c'était un pro de la répression, qui ne se permettait pas, comme son irascible successeur, Manuel Valls, de faire des crises d'hystérie en pleine Assemblée nationale. Liberté ? Mais quelle liberté y a-t-il pour ceux que la pauvreté jette à la rue, condamne à manger dans les poubelles et à dormir sur un trottoir ? Près de 50% des Français n'excluent pas de devenir un jour des SDF...

Quelle égalité, quand les femmes, parce que femmes, gagnent à compétences égales 20% de moins que les hommes, que seules 20% dirigent une entreprise et qu'en 2007, elles étaient moins nombreuses à l'Assemblée nationale - 17% - que leurs consœurs au Parlement turc ? Quant à la laïcité... Les dirigeants français ne cessent de répéter que la République est laïque, mais ils mentent : l'Etat finance les salaires et les retraites des enseignants dans les écoles privées sous contrat, églises et monastères sont entretenus par le ministère de la Culture, et c'est un calendrier chrétien qui scande la vie de la cité: Toussaint, Noël, Pâques... «La laïcité sert de paravent à une intolérance crasse», écrit Y.M. Boutang, c'est avant tout une machine de guerre contre l'islam. «Liberté, égalité, blabla» : on ne peut mieux dire, et il est bon que des intellectuels le disent et le redisent. Un jour, un jour très lointain sans doute, le peuple les entendra et demandera des comptes à tous ceux qui ont foulé aux pieds les valeurs de la République.



1- Liberté, égalité, blabla, les mythes usés de la République, éd. Autrement, Paris.

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