La communauté algérienne en Grande-Bretagne fortement divisée : Une improbable quête de cohésion

Elwatan; le Samedi 2 Avril 2011
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Londres
De notre envoyé spécial   

Musique du bled, olives au poulet, loubia et chicha pour meubler la nuit douce de mars. Salah, Krimou, Mohamed, Djamel sont tous là. Ce n’est pas «la mama» qui va mourir mais l’espoir, tant voulu, de voir la communauté algérienne parler d’une seule voix.
Les Algériens du Royaume-Uni sont estimés à 33 000 par les services consulaires de Londres.
«Ils sont plus nombreux. Plus de 100 000 ! Certains sont des sans-papiers. D’autres n’ont pas jugé important de s’inscrire auprès de l’ambassade algérienne», nous a expliqué Salah. Ces derniers mois, des jeunes harraga sont venus de Belgique, de France et des Pays-Bas. La liberté relative en Grande-Bretagne a encouragé ces jeunes à venir se mettre sous la bannière de Sa Majesté, aidés par des petits réseaux locaux. Certains réussissent à trouver des petits jobs pour survivre dans une ville réputée trop chère. «Je travaille occasionnellement comme agent de sécurité. Souvent, je surprends des jeunes Algériens en train de voler. C’est malheureux», nous a confié Djamel.

Les Algériens de Grande-Bretagne regrettent l’inexistence d’une association, d’un comité ou d’une fédération qui représente dignement la communauté. Et, ils l’ont dit à Halim Benattalah, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la communauté nationale à l’étranger, lors d’une visite à Londres, le 19 février 2011.  «Même si le consulat n’a pas annoncé cette visite. Nous sommes allés rencontrer le ministre et lui avons exposé nos problèmes. Nous lui avons proposé de solliciter les Algériens qui ont plus de trente ou quarante ans ici pour qu’ils organisent la communauté», nous a dit Mohamed, médecin. Selon lui, les opinions publiques, des uns et des autres, doivent être dépassées pour se réunir et travailler ensemble à solutionner les problèmes. Il est nécessaire, à ses yeux, de créer un cadre organisé doté d’une feuille de route pour en finir avec l’éparpillement de la communauté. «Il y a des spécialistes en santé, en droit, en éducation…, on peut se mettre en groupes et se charger des préoccupations sociales des Algériens d’ici. Pour réussir, chacun doit faire des concessions», a-t-il relevé.

Certains évoquent les réticences de l’ambassade à s’approcher d’anciens activistes islamistes même si des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale (entrée en vigueur en 2005) ont été appliquées à d’ex-sympathisants des groupes armés algériens.

Des voix accusent l’ambassade d’entretenir les divisions. «Ils veulent choisir  eux-mêmes les personnes qui représentent la communauté. Chose que nous refusons. Nous n’avons jamais vu l’ambassadeur ou le consul venir s’enquérir de la situation des Algériens d’ici», nous a confié Mohamed qui a tenu à saluer les efforts fournis par Krimou, un agent consulaire, qui fait le tour des cafés où les Algériens se retrouvent. Les Algériens de Grande-Bretagne refusent d’être «intéressants» uniquement en périodes électorales ou lors de grands événements politiques ou sportifs. Il reprochent à un député FLN, basé en Belgique et censé parler au nom de la communauté algérienne en Europe de ne pas les représenter. «Nous  voulons que le système de division des circonscriptions pour la représentation parlementaire soit revu de sorte à ce que les Algériens vivant dans les îles britanniques aient leur propre député qui connaisse les spécificités de leurs préoccupations», ont-ils dit. D’après Salah, des Algériens peinent à trouver des écoles pour l’apprentissage de la langue arabe à leurs enfants. «Nous voulons avoir un centre culturel algérien ici à Londres», a soutenu Djamel. A l’ambassade d’Algérie, on annonce que des procédures sont engagées pour acheter un nouveau siège pour le consulat.

Nouveau siège pour le consulat

On estime que la communauté a toute latitude de créer des associations sans demander à l’ambassade de les financer. «Sinon, on ne peut pas revendiquer l’autonomie après», a-t-on estimé. Lors de son séjour londonien, Halim Benattalah a promis de trouver une solution aux problèmes des jeunes clandestines. «La loi doit évoluer en fonction de la situation. Pour les sans-papiers, qui représentent aujourd’hui une grande partie de la communauté des Algériens en Grande-Bretagne, il n’est pas question de laisser la situation telle qu’elle.» Il faut faire en sorte que «chaque Algérien se sente protégé par la loi», a-t-il dit. Les Algériens en Angleterre regrettent l’inexistence d’un avocat agréé par le consulat pour les assister lors de procès ou de procédures judiciaires. «Si un meurtre est commis contre un Algérien, il n’y a aucun suivi auprès des instances judiciaires britanniques», a-t-on noté.

Un Algérien vivant à Londres depuis vingt ans a critiqué les dispositions qui obligent encore les jeunes nés à l’étranger de suivre le service militaire en Algérie. «Ils sont nés à Londres, élevés et éduqués ici, et lorsqu’ils rentrent au bled, ils sont obligés de ’’clarifier’’ leur situation vis-à-vis du service militaire. Autrement dit, l’Etat algérien n’a dépensé aucun dinar pour l’éducation et la formation de ces jeunes et les force à le servir. Quelle injustice !» a-t-il noté. La nuit au Tadjine d’Or se poursuit. La discussion est toujours bruyante. L’odeur du thé à la menthe vient apaiser quelque peu les esprits…
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Fayçal Métaoui

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