La crise du pétrole, une bonne nouvelle pour les PME

Elwatan; le Vendredi 2 Octobre 2015
98321


Des avantages fiscaux, l’affectation de 20% des projets de développement aux jeunes, une commission pour assurer un climat favorable à la création d’entreprise... Dans l’Algérie de l’après-pétrole, tout laisse penser, selon les déclarations du ministre de l’Intérieur, Nouredine Bedoui, hier au Conseil de la nation, qu’il fera bon être une PME.

Quoi qu’il en soit, le changement de cap économique que souhaite le gouvernement, qui pose la question de la diversification, implique forcément celle du du développement des 900 000 PME qui, malgré des dispositifs d’aide lancés par l’Etat, ne parviennent pas se construire en réseau suffisamment puissant pour contrecarrer les importations. Depuis décembre dernier, le ministère de l’Industrie et des Mines a promet une nouvelle loi pour la promotion des PME (amélioration du cadre pour la création d’entreprise et réduction du taux de mortalité) et la révision des structures censées les soutenir, à l’image de l’Agence nationale de développement de la PME.

Car de l’avis même de Abdesselam Bouchouareb, le programme de mise à niveau lancé il y a deux ans pour les soutenir les entreprises du BTP, de la pêche, du tourisme, des services, de transports ou des TIC dans les investissements immatériels liés à la qualité et la certification des produits, l’innovation, le management… «n’a pas atteint ses objectifs». Ce programme, doté d’une enveloppe financière de près de 2,5 milliards d’euros, visait la mise à niveau de 20 000 PME jusqu’à fin 2014. Mais seulement 4000 d’entre elles y ont adhéré.

Passerelles

Or, pour devenir l’acteur-pivot du développement d’une économie locale, la formation est l’un des premiers défis que devra relever l’entreprise. «Notre PME ressemble à toutes celles des pays émergents : elle dispose d’un énorme potentiel humain, d’équipements sophistiqués, mais il lui manque une formation à la carte. Et pour cela, elle a besoin de passerelles vers les universités», relève Abdellah Ourak, qui a organisé en décembre dernier à Alger le premier salon dédié à la PME, au partenariat et aux technologies.

Un avis que nuance toutefois Ali Issolah, directeur commercial à la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) : «Le problème, c’est que l’université algérienne d’aujourd’hui ne parvient pas à former de la main-d’œuvre adaptée au marché. Pour résoudre ce problème, la SNVI a ouvert une école supérieure de l’industrie sur le site même de la société. L’époque où le marché avait besoin d’exécutants, d’ouvriers, de manœuvres est révolue. Aujourd’hui, nous avons besoin de techniciens et de techniciens supérieurs.»

Nigeria

Autre défi : l’intégration dans une chaîne de valeurs (fournisseurs, concurrents, distributeurs, clients) régionale, ou même mondiale, gage de réussite pour de nombreux pays émergents comme la Corée du Sud (assemblage automobile et électronique), le Maroc ou l’Egypte (aéronautique).

Malgré des importations et des exportations qui ont globalement fortement augmenté de 150 milliards de dollars dans les années 2000 à 600 milliards aujourd’hui, l’Afrique reste une zone peu intégrée — seulement 12 à 14% de ces échanges sont faits entre les pays du continent — et l’Algérie ne fait pas exception. «Pourtant, le potentiel existe, notamment pour toute la fourniture de pièces dans l’industrie pétrolière, note Nadhir Laggoune, directeur général de Eurapharma Distribution, entreprise de distribution de produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques, ancien consultant en stratégie d’entreprises, invité d’une récente rencontres du CARE.

Beaucoup de sous-traitants existent, mais faute de confiance de la part des opérateurs, parce que les certifications n’existent pas, ils ne pourront jamais intégrer la chaîne de valeur.» Et de prendre en exemple le Nigeria, dans la même situation que l’Algérie dans les années 1990. «Le taux d’intégration était de 3 à 5% dans la chaîne de pétrole. Par volonté politique, ils sont passés à 20% en 2005, à 39% à 2009, à 45% aujourd’hui, ce qui n’est pas exceptionnel. On retrouve les mêmes taux en Malaisie ou au Vénézuela. Ce n’est donc pas une fatalité.»

R&D

A condition de réfléchir aux secteurs à valoriser. Le marché algérien du médicament, par exemple, qui pèse plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, est le deuxième en Afrique. La croissance annuelle, de 10%, est considérée comme relativement intéressante. L’industrie locale contribue à répondre à 35% des besoins locaux, mais reste cantonnée à des spécialités à faible contenu technologique.

De l’avis des professionnels du secteur, la construction de 150 nouvelles unités de production en plus des 70 existantes n’est pas de bon augure pour la compétitivité. «Les opérateurs ne se concertent pas, ni le ministère ni l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie. Mais il faut arrêter de faire du paracétamol ! s’emporte un cadre du secteur. On pourrait très bien, à la place, chercher à intégrer la recherche et de le développement. Le Maroc suit cette voie : il essaime en incitant à la création de startups et rachète celles qui ont du succès.»

Pomme

C’est aussi ce que pense Ali Harbi, consultant en gouvernance. «La question de la diversification se pose ainsi : comment exporter pour 40 milliards de dollars d’ici une quinzaine d’années ? On peut bien sûr concevoir que les entreprises produisent pour le marché local et pour l’export, mais certaines doivent aussi se concentrer sur l’export uniquement, en étant déconnectées du marché. En faisant, par exemple, de la recherche et du développement.» Du potentiel, il y en a aussi dans l’agroalimentaire. «Prenons le cas de la pomme, argumente Slim Othmani, président du CARE.

Au cours de ces quinze dernières années, sa chaîne de transformation a complètement modifiée : elle s’est déplacée de l’Europe vers la Chine. Aujourd’hui, s’imaginer qu’on va exporter de la pomme est un pari perdu d’avance puisque la Chine casse les prix. Nous devons commencer par identifier nos richesses dans le secteur de l’agroalimentaire, de la mécanique, des cuirs et peaux… et réfléchir à comment arrimer l’Algérie à l’économie mondiale.»

Mais pour devenir un maillon d’une chaîne de production internationale, il faut se trouver des partenaires étrangers. Un autre défi. «Nous souffrons d’un déficit en technologie et nous sommes trop dépendants des importations, relève Ali Issolah. Importer, par exemple, un moteur des années 1980 qui ne se fabrique plus revient beaucoup plus cher que d’importer un moteur fabriqué en série. Le privé et le public sont à la même enseigne : ils ont besoin de se frotter aux gens qui ont des compétences. La SNVI qui, depuis la fin des années 2000, a misé sur Mercedes, obtient aujourd’hui de très bons résultats.»

 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Mélanie Matarese

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..