La fiscalité à l’heure de l’austérité : Il faut bien que quelqu’un paye…

Elwatan; le Dimanche 4 Octobre 2015
1


Puisque l’impôt a une assiette, pourquoi mange-t-il toujours chez les mêmes ?» Le proverbe n’a jamais été aussi vrai. Plus que l’instrument de recouvrement des ressources de l’Etat, l’impôt est, dans son essence, le canal des rééquilibrages et des arbitrages économiques et sociaux. C’est lui qui permet de capter le trop- plein de richesses pour le redistribuer de manière équitable.

Vision utopique de l’impôt, dira-t-on. Car souvent, l’impôt est synonyme d’inégalités, particulièrement chez nous. Entre ceux qui sont ponctionnés à la source, les légalistes qui déclarent l’intégralité de leurs revenus ou presque et ceux qui font preuve d’imagination pour échapper au fisc, le fossé se creuse chaque jour un peu plus.

Plus encore en cette «conjoncture difficile». Les années d’abondance font partie désormais du passé, il faudra aujourd’hui payer la facture de nos excès. Car, «il faut bien que quelqu’un paye». Une phrase lancée quasi nonchalamment par le directeur de la réglementation fiscale au sein de la direction générale des impôts, et qui reflète bien l’état d’esprit du «percepteur» algérien.

Car une question demeure : qui devra s’acquitter de la  douloureuse ? On est bien tenté de dire que ce seront les mêmes, les ménages et les opérateurs économiques sérieux. Et qu’on ne s’y trompe pas. Le plan anticrise défendu bec et ongles par le gouvernement n’apporte en aucun cas l’allégement des prélèvements fiscaux. Les ménages subiront le contrecoup de la crise et seront écrasés par le poids des taxes en tous genres et des pressions inflationnistes.

Qu’on ne se laisse pas non plus abuser par le chant des sirènes et l’illusion entretenue disant que les entreprises et investisseurs, bénéficieront d’allégements fiscaux. Les avantages ne seront distribués en fait qu’à certains. C’est d’ailleurs dans cette logique de division que des castes fiscales sont créées : ceux qui vivent de l’impôt grâce aux faveurs des contrats publics et des transferts sociaux assidûment détournés et ceux qui en crèvent.

Que dire de l’impunité institutionnalisée dans notre pays ? On aura vu défiler des amnisties en tout genre, pour enfin faire passer comme une lettre à la poste l’amnistie fiscale. Autrement dit, la meilleure manière que le pouvoir en place ait trouvé pour «pardonner» une injustice par une nouvelle injustice.

L’opération, qualifiée par l’euphémisme de «mise en conformité fiscale volontaire», permettra ainsi aux tricheurs et aux délinquants fiscaux du passé de profiter au nez de tous du fruit de leurs forfaits, sans être inquiétés un seul instant par la menace d’un redressement. Une mesure que certains estimeront, à tort ou à raison, comme nécessaire, mais qui illustre le peu d’égards envers ceux qui n’auront jamais dérogé à leur devoir citoyen.

Que dire alors des plus fortunés, des grands propriétaires immobiliers, bref des rentiers. Passons sur l’application, devenue utopique, de l’impôt sur le patrimoine. Passons aussi sur le régime fiscal préférentiel dont bénéficient certains propriétaires ayant bénéficié de l’opération de cession des biens de l’Etat au dinar symbolique, et qui bénéficient d’importantes réfactions sur leurs plus-values de cessions immobilières. Une lueur d’espoir pointe à l’horizon. Le gouvernement décide d’une taxe foncière à payer annuellement.

Cependant ce sera à l’occupant de s’en acquitter qu’il soit propriétaire déclaré ou non, ou locataire…Une injustice de plus qui grève encore le budget des ménages ne parvenant pas à accéder à la propriété et des PME et autres entreprises qui payent parfois au prix fort un local pour perpétuer leur activité et qui s’en trouvent ainsi taxés en lieu et place de ces mêmes rentiers. Les relents du pouvoir peuvent bien appeler au patriotisme fiscal. Certes, payer l’impôt est un devoir pour tout un chacun. Mais chaque contribuable a aussi, plus que le droit, le devoir de demander des comptes quant à la gestion  de cet argent.
 

Categorie(s): economie

Auteur(s): Roumadi Melissa

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..