La jeune pakistanaise est le symbole de la lutte pour l’éducation : Malala, rescapée des taliban, obtient le Prix Nobel de la paix

Elwatan; le Samedi 11 Octobre 2014
89591


La Pakistanaise Malala Yousafzaï, qui a  obtenu, hier à 17 ans, le Prix Nobel de la paix, est une militante pour le droit à l’éducation des femmes. Elle a été propulsée symbole mondial de la lutte contre l’extrémisme après avoir échappé in extremis à une attaque des taliban. Le 9 octobre 2012, il y a deux ans presque jour pour jour, des islamistes font irruption dans son bus scolaire à la sortie des classes à Mingora, dans la vallée de Swat (nord-ouest du Pakistan), et l’un d’eux demande : «Qui est Malala ?» Puis il lui tire une balle dans la tête. Le projectile ricoche sur le côté gauche du crâne et ressort par la nuque. Entre la vie et la mort, l’adolescente est évacuée vers un hôpital de Birmingham, en Grande-Bretagne, où elle reprend conscience six jours plus tard. La légende Malala est née.

«J’étais terrifiée. La seule chose que je savais c’est qu’Allah m’avait bénie en m’accordant une nouvelle vie», a raconté l’adolescente dans son autobiographie, Moi, Malala, un best-seller international en partie boudé dans son Pakistan natal. La jeune fille vit aujourd’hui à Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, et se trouvait à l’école quand le prix lui a été attribué, conjointement avec l’Indien Kailash Satyarthi, qui milite contre l’exploitation des enfants. Depuis son départ du Pakistan, elle a participé à plusieurs conférences internationales où elle a plaidé pour la paix et l’éducation des enfants, demandant aux dirigeants mondiaux « d’envoyer des livres, pas des armes !» dans les pays pauvres. Elle a aussi plaidé auprès du président nigérian Goodluck Jonathan pour qu’il rencontre les parents des lycéennes enlevées par le groupe islamiste armé Boko Haram.

Long voile traditionnel tombant sur ses cheveux bruns, joues rondes et teint hâlé, regard franc et lumineux, voix flutée, Malala a commencé son combat en 2007, lorsque les taliban imposent leur loi dans la vallée de Swat, jusque-là paisible région touristique qui lui valait le surnom de «Suisse du Pakistan». Du haut de ses 11 ans, Malala, fille d’un directeur d’école qui exerce sur elle une énorme influence et d’une mère illettrée, alimente un blog sur le site de la BBC en ourdou, la langue nationale.

Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle y décrit le climat de peur régnant dans sa vallée. Le nom de cette gamine pleine de sang-froid, amoureuse des livres et du savoir, commence à circuler à Swat, puis dans le reste du pays lorsqu’elle remporte un prix pakistanais pour la paix. Les taliban, délogés de sa vallée par l’armée en 2009, décident alors d’éliminer celle qu’ils accusent de véhiculer «la propagande occidentale». L’attaque contre l’écolière aura l’effet inverse : elle choque au Pakistan et encore plus à l’étranger, notamment en Occident où elle devient une star.

Portrait exposé à la National Gallery de Londres, autobiographie au lancement planétaire, tee-shirts à vendre en ligne, conférences internationales, rencontres avec des chefs d’Etat : deux ans après l’attaque, Malala est connue du monde entier. Les cercles islamistes voient alors en elle un «agent des Etats-Unis» ou «de l’Occident» créé pour corrompre la jeunesse et propager une culture anti-islamique. L’adolescente, dont le coin de la bouche demeure paralysé, répond à ses détracteurs en affirmant que «la plume est plus forte que l’épée» et qu’elle ne ressent « aucune haine envers le taliban» qui l’a attaquée. Elle dit rêver de devenir un jour femme politique au Pakistan.    

Categorie(s): international

Auteur(s): Aniss Z.

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..