La magie du foot sur un terrain politique

Elwatan; le Jeudi 13 Mai 2010
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Le football n'est pas «l'opium des peuples». Et la récupération politique de cette passion populaire n'est qu'éphémère. C'est ce que pense et défend, arguments à l'appui, Pascal Boniface, géopolitologue et directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). «Cela s'est confirmé depuis l'époque romaine : le stade est le seul endroit où l'on ne peut pas contrôler les foules.»

Les stades de football ont toujours été des lieux où les opposants aux régimes totalitaires expriment librement leurs pensées», a-t-il affirmé lors d'une conférence-débat sur le thème «Football et mondialisation» animée mardi soir au Centre culturel français (CCF) d’Alger.
Pour étayer ses dires, l'auteur de Football et mondialisation (édité en 2006) convoque des faits historiques. Il cite la tentative de récupération par la junte militaire argentine du prestige de la Coupe du monde de 1978 organisée par ce pays. «L'organisation de cette compétition en Argentine avait des arrière-pensées politiques. La junte au pouvoir voulait instrumentaliser cet événement pour soigner son image. En réalité, c'est le contraire qui s'est passé. Dans les stades, les spectateurs ont scandé des slogans anti-pouvoir. Malgré la victoire finale de l'Argentine, la junte n'a pas savouré ces moments, puisqu'elle est tombée peu de temps après la Coupe du monde. De plus, son image a été ternie», a-t-il expliqué.
Les exemples sont nombreux. Le conférencier cite également «l'opposition au franquisme, en Espagne, qui s'est faite grâce au club du FC Barcelone».
Les régimes autoritaires en Afrique et dans le monde arabe qui croient divertir leurs peuples en utilisant le foot doivent ainsi revoir leurs stratégies.

Le foot rassemble les peuples

Ce faisant, Pascal Boniface relève les capacités extraordinaires du football à fédérer les peuples et à ressusciter les identités nationales. «Le football a conquis le monde de façon pacifique. Le soleil ne se couche jamais sur son empire. C'est le symbole même de la mondialisation. Mais alors que la mondialisation est perçue comme une force venant dissoudre les identités, le football en est le plus sûr ciment. Les populations se rassemblent autour de leur équipe nationale, porte-drapeau d'un pays et symbole consensuel d'une unité mise à mal», soutient-il.
Cet argument est renforcé par des exemples concrets. «En Belgique où la rivalité politique entre les Flamands et les Wallons est à son paroxysme, le football a réussi à les rassembler. Les deux communautés oublient leurs différends et se réunissent l'espace d'un match pour supporter leur équipe nationale. En Turquie, les Turcs et les Kurdes font de même», explique-t-il.

Le sport-roi peut également, a ajouté P. Boniface, concilier des pays en conflit comme ce fut le cas pour la Turquie et l'Arménie. «Le foot n'est pas un facteur d'adversité», assure-t-il. Les conflits suscités par le foot, comme celui opposant l'Algérie à l'Egypte, restent toujours dans le cadre sportif. Au-delà de ce rôle fédérateur, ce sport inventé par les Anglais est également une source de prestige pour les pays dont les équipes nationales remportent des victoires dans des compétitions internationales comme la Coupe du monde.
L'importance d'un pays se mesure, aujourd'hui, à sa prestation sur les terrains du football. «L'organisation d'une Coupe du monde est une source de célébrité pour le pays qui l'accueille. C'est pourquoi, l'organisation de l'édition de 2010 en Afrique du Sud donnera des avantages à ce pays et au continent africain en général», note-t-il. Pour conclure, Pascal Boniface paraphrase un ancien entraîneur d'un club anglais : «Le foot n'est pas une affaire de vie ou de mort, c'est bien plus important que cela.»

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Madjid Makedhi

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