La Nawba d’Al andalous au Maghreb

Elwatan; le Jeudi 5 Mars 2009
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«Après sa création, la nawba connut une évolution qui a duré près de sept siècles. De manière individuelle ou collective, des générations de musiciens lui ont apporté autant d’ajustements que d’innovations. Nous manquons de documents écrits permettant de connaître avec précision les divers apports qui ont enrichi, sans le dénaturer, le système musical dont Ziryâb avait conçu l’architecture et surtout l’esprit. Mais il est plus que probable que la diffusion de cet art, hors de la capitale andalouse qui l’a vu naître, a constitué le point de départ d’une évolution qui dure jusqu’à nos jours. Stable dans ses grandes lignes, la nawba s’est adaptée au génie propre et au style de chaque région d’accueil.

Les maîtres ‘‘dépositaires’’ de l’héritage ‘‘ziryâbien’’ ont apporté des nuances et des touches personnelles qui ont permis à chaque nouvelle école d’affirmer son ‘‘originalité’’. Par la suite, le mouvement de migration s’est étalé sur une longue période à partir des différentes villes d’Al Andalous au fur et à mesure qu’elles tombaient entre les mains des ‘‘chrétiens’’. L’installation des émigrés andalous sous les différentes régions du Maghreb a dû certainement nuire à l’homogénéité de l’héritage andalou. Mais si d’un côté, la musique arabo-andalouse a perdu son cachet d’origine, elle a acquis de l’autre un style propre à chacune des villes maghrébines d’adoption. C’est ce qui a donné, après de longs siècles, aux écoles musicales pratiquant la âla, le gharnati et la san’a ou la malouf un cachet reconnaissable entre mille, par les amateurs de cette musique.

Ce ne fut pas le cas des cinq derniers siècles ou aucune création véritable n’eut lieu. Cette période fut celle de la conservation du patrimoine malgré les déperditions occasionnées par l’oubli et la confusion entre les modes. Des mélodies vont totalement disparaître faute d’avoir été interprétés, d’autres vont être assimilés à des san’ât voisines. C’est ce qui explique la perte de plus de la moitié des nawbat du système Ziryâb et de ses successeurs andalous. D’abord longtemps cantonnées dans les limites étroites des cercles de mélomanes appartenant aux milieux les plus aisés et aristocratiques, la musique andalouse a connu très certainement des périodes de stagnation. Les musiciens, gardiens fidèles du précieux legs qui leur a été confié par les générations précédentes, se sont mis à le protéger de toute forme d’innovation....».

Extraits de La Plume, la voix et le plectre, un ouvrage bilingue (français-arabe), de Saâdane Benbabâali et Beihdja Rahal, paru aux éditions Barzakh, décembre 2008.

Categorie(s): arts et lettres

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