La nouvelle Constitution adoptée avec 64% des suffrages : l’opposition ne s’avoue pas vaincue

Elwatan; le Lundi 24 Decembre 2012
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Comme il fallait s’y attendre, la Constitution, défendue par les islamistes au pouvoir en Egypte, a été approuvée par environ deux tiers des votants, selon les médias officiels, alors que les résultats définitifs seront connus aujourd’hui. Le «oui» l’a emporté avec près de 64% des voix, selon des chiffres officieux, avec un taux de participation d’environ 32%. Les résultats officiels devraient être connus aujourd’hui, même si la commission électorale précise qu’«aucune date officielle n’a encore été fixée».

Mais bien que cette victoire paraisse incontestable eu égard au «poids» des Frères musulmans et à la sérénité qui a caractérisée l’opération de vote, du moins le jour «J», l’opposition n’a pas manqué de crier à la fraude. Le Front du salut national (FSN), principale coalition de l’opposition rassemblant des mouvements de gauche, laïques et libéraux, a annoncé hier, lors d’une conférence de presse, qu’il contestait ces résultats dus, d’après lui, «à la fraude, aux violations et aux irrégularités». Le FSN «va faire appel du résultat de ce référendum», a déclaré l’un de ses chefs de file, le nationaliste de gauche Hamdeen Sabbahi. Plusieurs plaintes ont déjà été déposées en justice. Pour M. Sabbahi, les résultats «ne confirment qu’une chose : il n’y a pas de consensus sur cette Constitution».

Le texte ouvre la voie «à une série de lois qui vont balayer les libertés publiques», a-t-il martelé. Le référendum «n’est pas la fin du chemin, mais seulement une bataille dans cette longue lutte autour de l’avenir de l’Egypte», a aussi dit le Front dans un communiqué rendu public hier.

Quelle victoire ?

La coalition a d’ailleurs indiqué qu’elle comptait rester en place, alors que des élections législatives sont prévues dans les deux mois suivant l’adoption de la Constitution. «Nous maintiendrons le plus haut degré d’union et de cohésion. Nous sommes prêts à participer à toutes les batailles démocratiques», a dit M. Sabbahi. En écho à ces dénonciations, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, s’est dit «inquiet» de la situation en Egypte, affirmant que «les accusations de fraude doivent être examinées rapidement, fermement et de manière transparente».

En face, au Parti de la liberté et de la justice (PLJ) de Mohamed Morsi, la branche politique des Frères musulmans, le ton est à l’euphorie. «Le peuple égyptien continue sa marche vers la finalisation de la construction d’un Etat démocratique moderne, après avoir tourné la page de l’oppression», s’est-il félicité dans un communiqué. «Nous tendons la main à tous les partis politiques et à toutes les forces nationales pour dessiner ensemble les contours de la période à venir et j’espère que nous allons tous commencer une page nouvelle», a affirmé sur son compte Twitter le président du PLJ, Saad El Katatni, selon l’AFP.  Et au-delà du résultat du reste attendu, l’opposition conteste surtout la composante de la commission qui avait planché sur le projet de révision de la Constitution, dominée par les islamistes.

L’opposition conteste

Le camp du Président assure en revanche qu’elle est nécessaire à la stabilisation du pays après la révolte qui a renversé l’autocrate Hosni Moubarak début 2011. La veille de la seconde phase du référendum, des heurts avaient encore éclaté à Alexandrie (nord) entre adversaires et partisans du projet de Constitution, faisant plus de 60 blessés. Et début décembre, huit personnes avaient été tuées dans des affrontements aux abords du palais présidentiel, au Caire. Le vice-président de M. Morsi, Mahmoud Mekki, dont la fonction n’est pas mentionnée dans la nouvelle Constitution, a annoncé samedi qu’il démissionnait. Une fois la Constitution ratifiée, le Sénat, dominé par les islamistes, récupérera le pouvoir législatif jusqu’à l’élection d’une nouvelle Assemblée (Chambre des députés).

L’ancienne, où les islamistes étaient aussi majoritaires, avait été dissoute en juin. Si tous les observateurs s’accordent à reconnaître le poids des islamistes dans la nouvelle Egypte post-Moubarak, on ne peut ignorer non plus que ce scrutin scindé en deux (15 et 22 décembre) s’est déroulé dans un contexte très tendu, marqué par des affrontements meurtriers entre les deux camps. Malgré les appels à la raison de personnalités importantes, comme Mohamed El Baradei et Amr Moussa, qui demandaient au président Morsi d’éviter un passage en force, celui-ci n’a pas bronché. C’est dire que la crise n’est pas encore terminée en Egypte où le tribunal populaire qu’est devenue la place Tahrir pourrait à tout moment se «réunir».
 

Categorie(s): international

Auteur(s): AFP ,Hassan Moali

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