La piqûre de rappel du FMI

Elwatan; le Mercredi 8 Octobre 2014
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Le pouvoir et ses relais politiques et médiatiques adorent brandir les chiffres des organismes internationaux quand ceux-ci caressent dans le sens du poil. Ils en font des brevets de bonne gouvernance de «Fakhamatihi». Il n’est pas sûr cependant qu’ils affichent un grand sourire en parcourant le dernier rapport du FMI. Celui-ci revoit à la baisse les prévisions de croissance de l’économie nationale à 3,8% en 2014 et à 4% en 2015 contre respectivement 4,3% et 4,1% annoncées en avril dernier. Le gendarme de la finance, qui a bonne presse ces dernières années en Algérie, qui lui a prêté 5 milliards de dollars pour se recapitaliser, prévoit aussi une balance négative des comptes courants à hauteur de -3% du PIB en 2014.

On n’est certes pas face à un scénario catastrophe, mais il y a de quoi craindre le pire quand on additionne une enfilade de contreperformances économiques faites de creusement du taux de chômage à hauteur de 10,8%, d’explosion de la dépense publique et de poursuite du déficit budgétaire qui devrait atteindre les 6% en 2014.
A rebrousse-poil du discours officiel euphorisant et anesthésiant, l’économie nationale est plus que jamais sujette à une grave crise structurelle. Tirée à 95% par les recettes des hydrocarbures, la croissance subit fatalement les contrecoups des fluctuations des cours du brut et, désormais, de la réduction de la production en amont.

L’échec du 4e appel d’offres d’Alnaft portant sur la mise à la concurrence de blocs d’exploration d’hydrocarbures est, à cet égard, un indice du manque d’attractivité du marché pétro-gazier algérien. Il n’est jamais rassurant de voir les majors pétrolières du monde bouder les appels d’offres.

La conclusion est toute simple, au-delà des explications teintées d’idéologie et de patriotisme économique à deux sous dont nous gavent certains acteurs, il y a forcément un problème de gouvernance au niveau de Sonatrach et, plus généralement, à la tête des secteurs de l’énergie et des mines.

Dans un pays qui a érigé l’adhésion à l’OMC au rang de «priorité nationale», il est difficile de comprendre pourquoi on s’accroche dogmatiquement à la sacro-sainte règle des 51/49% en matière d’investissement étranger. Alors que tous les experts conseillent depuis des années à l’Algérie de diversifier ses exportations via une vraie relance économique, on assiste plutôt à une diversification des importations. La faute à une forêt d’importateurs aux réseaux bien huilés dans la haute administration qui a pris en otage le destin de la nation en mettant en échec toute volonté de nettoyer les écuries d’Augias. L’acte de production s’en trouve alors ringardisé par une économie informelle qui brasse des milliards de dinars à l’ombre d’un pouvoir politique permissif.

Mais chaque chose a une fin. La gestion bouteflikienne de l’économie nationale –basée sur l’achat de la paix sociale à coups d’immenses transferts sociaux et de recrutements à tour de bras au niveau de la Fonction publique – a gravement montré ses limites. C’est la principale morale à tirer de ce rapport du FMI, au-delà de quelques satisfecit somme toute banals pour une économie rentière. Et ça inquiète plus que ça ne rassure.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Hassan Moali

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