La quête d’un plébiscite sans vote

Elwatan; le Mardi 6 Octobre 2015
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Ironie de l’histoire : c’est le secrétaire général du FLN – un parti dont la place est au musée – qui fait l’actualité après son retour du pèlerinage, où il a dû multiplier les prières pour une large adhésion au projet de «Front de soutien au programme du Président» qu’il a soumis ce week-end aux forces politiques et sociales.

Le patron du FLN qui doit tout à Bouteflika – son parachutage et son maintien aux commandes du parti en dépit du climat de contestation auquel il fait face de la part des «redresseurs» – a toujours compté parmi les soutiens les plus zélés au président Bouteflika. A tel point qu’il s’est autoproclamé, s’il n’a pas été mandaté, porte-parole quasi officiel de Bouteflika et, plus globalement, de l’Etat algérien. Il n’a jamais été ni démenti ni rappelé à l’ordre par qui de droit. Cette fonction de porteur d’eau, de tirailleur prêt à tous les combats contre toute opposition au règne de Bouteflika, même celle qui viendrait de l’intérieur du système comme la campagne féroce qu’il avait menée contre le général Toufik, tout cela n’a rien de nouveau.

Le secrétaire général du FLN, certainement sur les conseils avisés des cercles politiques du pouvoir au service desquels il est, veut passer à une phase supérieure du sauvetage, non pas de l’Algérie tel que proclamé, mais du régime en place. L’initiative de créer un rassemblement des forces qui ont accordé leurs suffrages au 4e mandat de Bouteflika pour soutenir et accompagner la mise en œuvre du programme présidentiel aurait eu un sens si elle avait été lancée au lendemain de l’élection présidentielle.

Alors que la deuxième année du mandat présidentiel est largement entamée, venir aujourd’hui proposer aux Algériens, toutes sensibilités confondues – même à l’adresse de l’opposition qui a une idée bien arrêtée sur le 4e mandat – d’intégrer un large front dont le seul objectif est le soutien au programme présidentiel joliment emballé dans des principes généreux et fédérateurs de sauvegarde de l’Algérie et de défense de l’unité nationale, c’est un peu fort de café ! A ce stade de son exécution, le programme présidentiel n’a pas besoin d’un autre soutien que celui des institutions du gouvernement et de la majorité parlementaire lesquels, jusqu’à preuve du contraire, ne lui ont jamais fait défaut. Le peuple ne peut pas être consulté deux fois sur le même programme et le même candidat.

C’est d’une certaine manière à un plébiscite de Bouteflika et de son programme sans (re)passer par les urnes auquel Amar Saadani appelle les Algériens, puisqu’il s’adresse à toutes les franges de la société. Une sorte d’élection présidentielle anticipée avec Bouteflika comme candidat unique et sans vote. Et, pour tout dire, le patron du FLN se soucie moins du soutien et de la conduite du programme présidentiel que du sort de Bouteflika, qui doit se préparer à affronter le débat sur la succession qui deviendra incontournable dans les semaines et les mois à venir avec la santé déclinante du Président, aggravée par le durcissement de la crise et ses effets sur la paix civile.

Le plébiscite escompté risque fort de se transformer en un implacable désenchantement. Le secrétaire général du FLN aura toujours beau jeu de stigmatiser ceux qui refuseront de rejoindre ce front en les présentant comme les ennemis de la paix et de la stabilité du pays. A l’exemple des dirigeants du FIS dissous, qui voulaient faire croire que voter contre ce parti était «kofr»...

Categorie(s): edito

Auteur(s): Omar Berbiche

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