Le «métier» de l’opposition

Elwatan; le Mardi 7 Octobre 2014
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Au lieu de s’éclaircir, le débat politique ne fait que s’obscurcir. Au plus fort d’une crise sécuritaire qui place notre pays sous les projecteurs des états-majors du monde entier, des voix s’élèvent encore une fois pour appeler l’armée nationale à résoudre la crise politique actuelle et forcer un changement à la tête de l’Etat. Ainsi, un jour on demande à l’ANP d’utiliser ses moyens de détection thermique et autres équipements acquis au prix fort afin de localiser et détruire les maquis de Daech qui prennent naissance dans nos montagnes, et le lendemain on invite la même armée à entrer dans le bureau du président de la République pour le «convaincre» d’abandonner le pouvoir. L’opinion publique n’arrive pas à suivre les termes de ce débat et à saisir le niveau de faisabilité de ces propositions qui, du reste, tournent en rond depuis plusieurs mois, comme pour appuyer le statu quo général marquant la vie politique nationale.

Dans le message du vice-ministre de la Défense nationale à l’occasion de l’Aïd, on peut noter quelques mises au point, puisque le général Gaïd Salah a appelé les militaires «à observer un surcroît de vigilance et à faire preuve davantage d’abnégation pour faire échec à toute tentative de régénérescence du terrorisme». La «cohésion» des troupes réitérée dans les propos du chef d’état-major est indubitablement incompatible avec une immixtion dans le jeu politique dont les exigences d’alliances et de manœuvres ne peuvent être supportées et assumées que par des hommes politiques.

Au-delà de la voix autorisée de l’ANP rappelant le métier de l’armée, le simple citoyen comme l’observateur de la scène politique imaginent très mal qu’un projet de changement puisse être mené sous la houlette de l’institution militaire en lieu et place de l’opposition politique qui, il est vrai, s’est longtemps dispersée avant de construire ces derniers mois une démarche unitaire prometteuse. La thèse selon laquelle des officiers puissent «convaincre» le Président de prendre des dispositions urgentes ne… convainc pas. D’autant plus que l’on se réfère à l’épisode de la «démission» de Chadli en janvier 1992, puisque les versions les plus plausibles indiquent plutôt que le Président avait été fermement orienté vers la porte de sortie.

Plutôt que ces arrangements de sérail qui avaient commencé avec le brutal «redressement» de juin 1965, le changement attendu en Algérie est celui qui émanerait de la société profonde et serait encadré par des formations politiques ayant eu le temps de capter les attentes et les aspirations des populations. Pour les tenants du changement pacifique, la tâche est rude, vu que les régimes politiques successifs ont assis un système de contrôle infernal de la société, basé sur une foultitude d’organisations grassement financées et avec une capacité de nuisance politique, sociale et même médiatique. Mais lorsque la désespérance aura atteint son paroxysme et l’autoritarisme son apogée, la colère des anonymes dans le pays profond pourrait changer le destin d’un pays plus rapidement qu’un contingent de l’armée dans les allées de la Présidence.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Djaffar Tamani

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