Le MNLA et Ançar Eddine signent un accord : Un partenariat en sept points

Elwatan; le Samedi 22 Decembre 2012
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Les deux organisations, représentées par Baye Ag Diknan (MNLA) et Mohamed Akhanit (Ançar Eddine), estiment dans l’accord qu’elles ont paraphé, hier en présence de la presse à Alger, être conscientes des «événements malheureux et tragiques qui par suite d’une gouvernance défaillante par le pouvoir central ont conduit à une partition de fait, troublé gravement la paix et la sécurité au Mali, compromis sa souveraineté et entravé ses efforts de développement», et de ce fait, «elles ont réitéré leur engagement au dialogue avec les autorités maliennes pour un règlement pacifique, durable et définitif du conflit». Un règlement qui, selon les deux mouvements, doit se faire dans le cadre «des principes islamiques en harmonie avec les valeurs authentiques du peuple de l’Azawad et dans le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race ou d’appartenance ethnique ainsi que des règles universelles pertinentes des droits de l’homme, gouvernance et de l’Etat de droit». Tout en réitérant leur «rejet du terrorisme et de la criminalité organisée sous toutes ses formes et leur engagement à les combattre énergiquement, MNLA et Ançar Eddine se sont entendus pour promouvoir la réconciliation, l’unification des rangs, l’harmonie, la tolérance et le dialogue au sein de la communauté de l’Azawad dans toutes ses composantes.

Des revendications dont la mise en œuvre, lit-on dans l’accord, repose sur sept points. D’abord la cessation de tout acte susceptible d’engendrer des situations de confrontation et toute forme d’hostilité dans les zones sous contrôle de chacune des parties, de sécuriser les territoires sous l’autorité de celles-ci (parties) par la mise en place de forces de sécurité composées d’éléments de leurs groupes respectifs. Il est aussi convenu d’agir afin de permettre la libération de toute personne en captivité ou en otage dans les zones affectées, de collaborer pour assurer une assistance humanitaire d’urgence aux populations, d’œuvrer à réaliser la libre circulation des personnes et des biens et la relance des activités politiques, économiques sociales, éducatives et administratives, d’appeler tous les Maliens à joindre leurs efforts à ceux des deux parties pour effacer toute défiance et défaillance de gouvernance qui ont conduit à porter atteint à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale, et enfin à conjuguer et coordonner leurs positions et actions dans le cadre de toute démarche visant à la recherche d’une solution pacifique et durable avec les autorités de transition malienne avec les garanties des parties concernées». Lors de la conférence de presse qui a suivi la signature de cet «accord de partenariat», les deux représentants du MNLA et de Ançar Eddine ont salué les efforts de l’Algérie pour aboutir à ce dialogue et l’ont appelée à le consolider pour soulager les populations locales de leurs souffrances.

«Cette intervention militaire, nous l’avons toujours dénoncée, car elle n’est pas la solution. Nous demandons à tous les Maliens et à la communauté internationale d’encourager les moyens politiques», a déclaré Baye Ag Diknan, représentant du MNLA, en réaffirmant sa «condamnation de toute action militaire internationale» au nord du Mali. Abondant dans le même sens, Mohamed Akhanit de Ançar Eddine note que «l’accord est un engagement pour aller vers une solution pacifique. Nous sommes optimistes et nous demandons à l’Algérie de nous accompagner dans cette démarche.» Interrogé sur les moyens à même de libérer les otages et les captifs des groupes terroristes, Akhanit répond : «Avec les moyens que nous avons. Pas plus. Cependant, nous avons convenu que chacun doit assumer sa responsabilité dans la zone qu’il contrôle. Nous ne pouvons pas dire que nous allons libérer les otages, mais nous disons juste que nous allons coordonner nos efforts pour les rechercher grace à nos contacts et nos relations.» Abordant la question relative à la résolution du Conseil de sécurité, qui autorise le déploiement d’une force africaine de maintien de l’ordre au nord du Mali, Akhanit déclare : «Je dirais que cet accord est une opportunité pour le gouvernement malien. Il constitue une voie pacifique pour résoudre définitivement la crise. Il est plus facile de régler un problème avec le dialogue qu’avec une intervention militaire. Dans le cas où celle-ci est exécutée, elle fera plus mal au Mali qu’à l’Azawad…» Baye Ag Diknan, du MNLA, trouve qu’il n’est pas du ressort des deux mouvements de fixer un agenda, mais c’est aux partenaires qui soutiennent les efforts de ce processus de dialogue de le faire.

Il faut aller vite maintenant que MNLA et Ançar Eddine sont prêts à s’engager dans ce processus. La balle est dans le camp des autorités maliennes. A propos de l’application de la charia, par Ançar Eddine au nord du Mali, Akhanit estime que celle-ci n’est pas négociable et n’est pas une revendication comme celle liée au territoire. «Cette question sera débattue avec l’ensemble des Maliens», dit-il avant de lancer : «Nous refusons de nous démettre de la charia. Nous ne renoncerons pas à l’islam.»
Il explique plus loin, que cette question «n’est pas abordée dans le cadre des discussions avec le MNLA avec lequel nous avons élaboré une plateforme de revendications à plusieurs niveaux, dont la mise en application doit être engagée dans les plus brefs délais». Peut-on croire que les deux frères ennemis puissent mettre de côté leurs profondes divergences pour faire face à un ennemi commun, en l’occurrence l’intervention militaire ? On n’en sait rien. Le temps nous le dira…
 

Categorie(s): international

Auteur(s): Salima Tlemçani

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