Le pétrole, encore et encore

Elwatan; le Mercredi 30 Mars 2011
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Certains avancent que les premiers trous pour extraire du pétrole étaient creusés en Chine au IVe siècle, d’autres attestent que c’est, plutôt, en Roumanie dès l’occupation Romaine au Ier siècle. Aujourd’hui, il est quasi unanimement admis que c’est en août 1859 qu’un certain Edwin L. Drake, surnommé «colonel Drake», a utilisé, pour la première fois, à Titusville en Pennsylvanie (USA), le derrick pour extraire du pétrole liquide. Cela a permis aux USA de produire 300 tonnes de brut la même année et 3 millions de barils quatre années plus tard. Le monde se couvrit alors de forêts de derricks : c’était la ruée vers l’or noir, elle l’est toujours et pour longtemps encore. Les programmes des énergies renouvelables, à grande échelle, toussent encore de gigantesques ressources «non conventionnelles» de pétrole et de gaz qui viennent s’ajouter aux réserves conventionnelles pour défier non seulement les projets de substitution des énergies fossiles mais aussi les discours sur la décarbonisation de la planète.

Nous sommes en 1970, le monde produit 48 millions de barils de pétrole par jour sous une poussée démographique effrénée de 4 milliards d’âmes, les réserves mondiales peinent à augmenter, des «pics pétroliers» (chute de la production) surviennent, comme prédit par Hubbert 20 années auparavant, d’autres suivront dans 20 à 30 ans, selon des experts, la fin proche du pétrole hante les esprits des gouvernements et industriels : quelle énergie de relève ? Le soleil, le nucléaire, l’éolienne, l’hydraulique et autres biomasse et géothermie reprennent du terrain pour préparer l’après-pétrole et remercier l’énergie fossile, de surcroît polluante, vers l’horizon 2000, année de tous les rêves et de tous les bugs. Nous sommes en 2011, la population mondiale est de 6,7 milliards d’âmes, les réserves récupérables de pétrole ont quadruplé (passant de 350 milliards de barils à environ 1300 milliards de barils), le monde produit aisément plus de 86 millions barils par jour (mbj), soit 78% de plus qu’il y a 40 ans.

Aujourd’hui, la polémique porte sur ce réchauffement climatique et «comment sauver la terre» contre le dégagement du dioxyde de carbone et du méthane dans l’atmosphère. On pointe du doigt la consommation abusive des hydrocarbures et on crie très haut que la température du globe augmente d’environ 1° C par… siècle, s’il vous plaît. Ni les mesures d’économie d’énergie par l’imposition de la taxe carbone, ni les fameux programmes des énergies renouvelables, ni donc ces histoires du réchauffement climatique racontées, à qui veut l’entendre,  à l’occasion des forums internationaux «verts», n’ont pu chatouiller la tendance mondiale de la consommation du pétrole qui reste toujours à la hausse et en particulier dans les pays les plus pollueurs (19 millions de barils par jour aux USA, plus de 8 millions barils par jour en Chine, etc.).

Les Etats-Unis, premiers consommateurs d’énergies fossiles et deuxièmes pollueurs du monde avec 25% des gaz à effet de serre de la planète, ont toujours boudé les «protocoles verts» comme celui de Kyoto qu’ils n’ont jamais ratifié alors qu’il expire dans un an, de Copenhague (décembre 2009) et le dernier en date, celui de Mexico (décembre 2010).
Sur le terrain, tous les pays ayant signé et/ou ratifié les «protocoles verts» continuent à produire et à consommer allègrement et davantage de pétrole pour entretenir leurs économies. Ces volte-face et le salut de l’idée des «quotas de pollution» ne font que confirmer le rôle quasi immortel du pétrole dans le quotidien de l’homme quand on sait que les énergies renouvelables, bien que cultivées un peu partout dans le monde, ont pour unique objectif la production, non sans encombres, de l’électricité, renvoyant visiblement aux calendes grecques leur développement quant à conquérir d’autres secteurs et rivaliser avec les possibilités des énergies fossiles. 

Les centrales nucléaires ne produisent que 12 à 15% de l’électricité mondiale et ne contribuent qu’à hauteur de 6% dans le bilan énergétique global. Depuis la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986, l’industrie atomique s’est dotée d’un nouveau cahier des charges entraînant un certain ralentissement de la production et la fermeture de nombreuses vieilles centrales. Malgré la construction d’une nouvelle génération de centrales nucléaires, cette industrie sera toujours limitée à la production d’électricité et ne sera pas le superpétrole de demain. Le nucléaire est beaucoup plus un problème qu’une solution. L’énergie éolienne, plus respectueuse de l’environnement, a cette limite de ne produire que de faibles quantités d’énergie. La puissance moyenne d’une éolienne classique n’est que de 1 à 1,5 mégawatts et les toutes dernières installations ne produisent pas plus de 3 à 5 mégawatts. Ainsi, pour illuminer un village, il faut une forêt d’éoliennes à côté, encore faut-il que la vitesse du vent soit adéquate.

Pour fonctionner, une éolienne nécessite une vitesse minimale de l’ordre de 10-15 km/h et une vitesse maximale modérée. La conception d’une éolienne est qu’au-delà de 90 km/h (vitesse peu fréquente), elle s’arrête de fonctionner. L’hydraulique, elle, est totalement renouvelable, propre, la moins chère, mais reste très peu médiatisée. Elle contribue de 15 à 20% à la production mondiale d’électricité. L’acheminement de l’eau vers les usines de production (centrales hydroélectriques) nécessite parfois des kilomètres de tuyaux avec les risques d’éclatement qu’ils peuvent présenter. La production, contrôlée par la pluviosité, est généralement faible (quelques dizaines de kilowatts à quelques mégawatts).

L’énergie solaire reste la plus prestigieuse et abondante. Chaque année, l’homme reçoit du soleil une chaleur correspondant à 8000-10 000 fois la quantité d’énergie consommée à partir des hydrocarbures (12 milliards de tonnes équivalent pétrole ‘‘Tep’’ par an), soit plus de 100 000 milliards de Tep. On estime, en effet, à 4 millions de milliards de gigawatts (Gwatt) la quantité de chaleur absorbée annuellement par la terre (1 Gwatt = 1 milliard de watts). Sans trop embrouiller les méninges du lecteur avec des chiffres, de surcroît controversés, il reste indéniable que le soleil est une source de chaleur inégalable mais son exploitation à des fins énergétiques à grande échelle est techniquement et économiquement plus contraignante que, par exemple, l’amélioration du taux de récupération des gisements pétroliers en déclin ou l’exploitation des hydrocarbures «non conventionnels». Même si de nombreuses centrales électriques solaires commencent à s’implanter à travers le monde, cette énergie a un faible rendement et n’est efficacement produite que durant le jour, sous un ciel pur et un fort ensoleillement (supérieur à 1800 kwh/m2). Le stockage de cette énergie constitue, en effet, un grand souci pour les opérateurs.

«Messieurs réchauffement climatique»

Le fameux risque climatique de la carbonisation de la planète et l’éloge de l’investissement dans l’énergie solaire alimentent crescendo des discours modernes et s’apparentent beaucoup plus à un véritable fonds de commerce aussi bien pour le politique (campagnes électorales) que pour l’industriel (services d’installations solaires ménagères, etc.) qu’à un réel souci d’ordre environnemental. On peut admettre les spots promouvant le développement et la vulgarisation des installations solaires pour des besoins ménagers (chauffage et électricité notamment), si cela peut faire épargner quelques bulles de gaz naturel (et à quel prix !) et du coup, refroidir la terre de 1°C par siècle ( !), on peut apprécier sa calculette, sa jolie montre, son MP3 et beaucoup d’autres gadgets solaires, mais les histoires du soleil comme solution de relais pour vivre sans pétrole, rouler électrique, à vélo ou à la biomasse végétale, ou encore investir dans la chimie verte, comme par exemple l’élimination des sachets plastiques à base de polymères, etc., et tout ça pour sauver la terre, Jean de La Fontaine a raconté de meilleures fables.

La Terre et ses habitants seraient mieux sauvés si «messieurs réchauffement climatique» arrivent, d’abord, à bien assainir leurs villes des saletés inorganiques qui vont nous manquer pour les avoir trop longtemps côtoyées.
Statistiquement, une centrale électrique solaire a des capacités de production tournant autour de 500 Mwatts par an, ce qui équivaut à environ 0.4 million de tonnes de pétrole (7000 barils par jour, pouvant être produits par 2 bons puits pétroliers). Il faut, peut-être, couvrir tout le territoire des Etats-Unis de panneaux solaires pour générer les 19 millions de barils de pétrole que ce pays consomme quotidiennement.

Dans le monde, il y a plus d’un milliard de véhicules et le taux de motorisation explose de plus en plus, des milliers d’avions et autant de trains et de bateaux sillonnent le monde chaque jour. Tous «roulent» au carburant pétrolier et transportent, et à grandes vitesses, des milliers de personnes et de tonnes de marchandises d’un continent à l’autre. Quelle énergie renouvelable pourrait faire de même sachant que 95% des moyens de transport actuels (ferroviaire, aérien, routier et maritime) utilisent le carburant fossile et consomment plus de la moitié de la production mondiale de pétrole. Par ailleurs, des milliers de produits manufacturés (du chewing-gum aux baskets) proviennent du pétrole et de ses dérivés. Le pétrole est incontestablement un «tout en un» : on peut rouler très vite, voler très haut, naviguer, se chauffer, s’habiller, produire plus d’électricité, voire… croquer. Il est quasiment inimaginable qu’un jour le renouvelable surplombera le fossile.

Le «pic pétrolier» est désormais illusoire  

Les jours du pétrole ont commencé à être comptés, du moins pour certaines régions du monde, dans les années 1950 quand Marion King Hubbert, un géophysicien américain, a prédit que la production de pétrole aux Etats-Unis atteindrait son maximum (pic pétrolier de Hubbert) vers l’an 1970, avant de commencer à décroître. Beaucoup de pays ont effectivement atteint des «pics pétroliers», mais certains ont vu rebondir leur production et on parle alors d’un second pic pour beaucoup plus tard et ainsi de suite. Chaque gisement a son propre  pic, et même si isolément certaines régions en ont déjà franchi un depuis quelque temps (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, Mexique, Pays-Bas, Venezuela…) le pétrole continue à y couler à flots. Si l’on croit certaines études à ce sujet, la mer du Nord serait déjà à court de pétrole depuis une bonne quinzaine d’années, mais les réserves actuelles de cette région peuvent maintenir un niveau de production pendant au moins une vingtaine d’années encore.

La prédiction du «pic pétrolier» mondial semble loin d’être à la portée du meilleur géologue de notre époque : un gisement s’éteint, un autre s’éveille. De nombreux pics, précoces et passagers, trouvent leurs explications beaucoup plus dans le tarissement des réserves prouvées ou leur sous-estimation que dans la stérilité du sous-sol en matière d’existence de nouveaux gisements. Au milieu des années 1980, malgré les efforts exceptionnels de l’exploration en Algérie, les découvertes pétrolières (nombre et taille) ont connu un déclin préoccupant que beaucoup expliquaient par un début d’agénésie du sous-sol algérien. Les résultats de l’ouverture du domaine minier au partenariat étranger (loi 86-14) ont pu porter, très rapidement, les réserves du pétrole algérien à leur niveau des années 1970.

C’était juste un problème d’obsolescence des  techniques d’exploration utilisées. D’autres pics, non géologiques et donc artificiels, peuvent être programmés ou provoqués  volontairement par l’homme lui-même. Il suffit de déclarer de «fausses» réserves pour jouer sur leur durée de vie et avancer ou repousser son pic de production (stratégies politico-économiques). En 2002, la Douma russe a voté une loi condamnant à 7 ans de prison toute personne révélant les vraies réserves de gaz et de pétrole du pays.

La question de réserves pétrolières est donc un sujet extrêmement sensible. Les chiffres sont souvent douteux et leur remise en cause peut facilement générer ou repousser à plus loin un «pic pétrolier». La production étant généralement indexée sur les réserves prouvées, certains pays de l’OPEP relèvent le chiffre des stocks disponibles pour obtenir un quota de production supérieur. Pour les compagnies pétrolières, annoncer de grandes réserves permet d’obtenir des prêts bancaires intéressants et à de meilleurs taux. Ainsi, la notion de pic pétrolier a beaucoup perdu de son concept géologique initial des années 1950 et la courbe de Hubbert ne cesse de se déformer sous le poids de la surenchère entre les compagnies et pays pétroliers selon qu’on veut plaire aux banques, fuir au fisc, faire baisser ou hisser le cours de l’action ou encore montrer sa suprématie énergétique.

Les réserves mondiales de pétrole sont encore considérables

Loin des spéculations et des affaires, les réserves ultimes en place du pétrole demeurent extrêmement abondantes, voire même sous-estimées. Les experts les situent à plus de 9200 milliards de barils et les volumes récupérables (20 à 25%) à 2400 milliards de barils, dont 600 milliards ont été déjà produits, 1300 milliards en cours de production (prouvés) et 500  restent à découvrir, probablement dans les pièges stratigraphiques sachant que 80% des réserves actuelles sont associées aux pièges classiques. Il faut noter que le pic pétrolier ne concerne que les réserves prouvées du moment (1300 milliards de barils, «soit 40 années de consommation» comme il est important de préciser qu’il ne s’agit là que des réserves récupérables par les moyens technologiques et économiques actuels (c’est-à-dire 20 à 25% des réserves en place).

A ces réserves, il faut rajouter les volumes additifs mobilisables par une amélioration du taux de récupération dans les gisements en déclin. En effet, beaucoup de champs pétroliers sont abandonnés alors qu’ils contiennent encore une quantité appréciable (60 à 70%) de pétrole en place. A l’échelle mondiale, un taux de récupération de seulement 10% de ces quantités fera produire pas moins de 700 milliards de barils de pétrole. C’est donc une manne globale de 2500 milliards de barils de pétrole qui serait encore à exploiter pendant 80 années au rythme actuel de production. Concernant le gaz naturel, rien que pour les réserves prouvées à la date d’aujourd’hui (6600 Tcf- Tetra cubic feet), l’humanité en a pour 50 à 60 années de consommation. 

A propos de cette notion de durée de vie des réserves, à laquelle je ne souscris pas trop, il est vrai que les besoins à venir devraient être supérieurs à ceux d’aujourd’hui mais il est vrai aussi que les réserves ont toujours été à la hausse (nouvelles découvertes, réévaluations, amélioration des taux de récupération des gisements anciens, etc.). A ce titre, durant les 30 dernières années, les réserves de pétrole ont augmenté de 3% par an pendant que le taux de consommation oscillait entre 1,5 et  2% par an. Pour le gaz, le taux de renouvellement des réserves (125 Tcf par an) est largement supérieur au taux de consommation (une augmentation de 2 Tcf par an).  Les rapports des «nouvelles réserves» à la «consommation» étant donc supérieurs à l’unité, la longévité des énergies fossiles ne peut que s’allonger indéfiniment.  Jusqu’ici, nous n’avons considéré que les hydrocarbures dits «conventionnels», c’est-à-dire les gisements de pétrole et de gaz facilement exploitables par les moyens techniques et économiques de l’heure et dont les produits sont admis sur le marché pétrolier international.

Quant aux réserves dites «non conventionnelles», elles concernent le pétrole et le gaz des réservoirs non encore développées pour leur complexité géologique et technique et leur faible rentabilité. Ces réserves restent mal évaluées et très peu exploitées (95% du pétrole consommé aujourd’hui est du type conventionnel), mais toutes les estimations convergent vers des chiffres allant de 6000 à 8000 milliards de barils de pétrole (sables et schistes bitumineux), et 15 000 Tcf de gaz (tight gas et gas shales), ce qui représente plus du double des réserves conventionnelles du fait que, pour le moment, seuls certains gisements et bassins «non conventionnels» ont été recensés à travers le monde (Canada, Venezuela USA, Brésil, Russie, Estonie, France, et autres Argentine, Congo, Madagascar, Afrique du Nord, etc.).   

Bien que les taux de récupération des hydrocarbures «non conventionnelles» restent faibles (6 à 10%), ces ressources ont marqué les dernières décennies par d’importants investissements, notamment dans les pays détenteurs de grosses réserves mais aussi des dernières technologies d’exploitation (Canada pour le pétrole  et USA pour le gaz). Le Canada qui dispose de 80% des ressources mondiales de pétrole lourd (schistes bitumineux ou tar sands) a investi  plus de 100 milliards de dollars durant la dernière décennie, et sa production actuelle de 2 millions de barils par jour, exportée quasi intégralement  vers les USA, représente 45% de sa production totale de pétrole.

De gros projets d’exploitation sont lancés dans le monde, notamment dans les pays du G8,  pour une utilisation plus conséquente des huiles lourdes. Il est attendu une production mondiale de ce type de pétrole de 8 à 10 millions de barils par jour à l’horizon 2030 et ce, en dépit des problèmes de pollution qu’il engendre (quatre fois plus polluant que le pétrole classique) et des incertitudes sur le prix du baril (en ce moment, 70 à 90 dollars par baril est le seuil désiré pour la rentabilité de ces projets). Toutefois, le rapport annuel de l’année 2006 de Shell Canada fait ressortir un bénéfice de $21.75 par baril pour les tar sands contre seulement $12.41 par baril pour le pétrole conventionnel (en 2006, le prix moyen du baril était de $61 pourtant). Les Etats-Unis, motivés par une récente loi sur la taxe encourageant l’exploration des tight gas notamment, détiennent, en plus, le monopole des techniques d’exploitation qui leur ont permis de doubler leurs réserves en 8 ans (passant de 170 Tcf en 2000 à 350 Tcf en 2008) et faire contribuer la part du gaz «non conventionnel» à hauteur de 40% dans la production totale du pays.

Ces efforts et résultats concrets nord-américains, qui s’inscrivent dans une politique d’indépendance énergétique, ne cessent d’exciter les intentions de se mettre de la partie comme se fut le cas pour le pétrole conventionnel, après la découverte du colonel Drake en Pennsylvanie au XVIIIe siècle. En effet, beaucoup de pays, pétroliers ou non, commencent déjà à scruter ou à évaluer leurs possibilités en ressources non conventionnelles avec le concours des compagnies spécialisées. L’exportation des technologies nord- américaines et la généralisation de cette industrie va pouvoir grossir les réserves mondiales, enfanter d’une nouvelle génération de pays pétro-gaziers et verser sur le marché de nouvelles quantités de pétrole et de gaz à même de brouiller les rapports de force énergétiques et notamment en matière de prix. A titre d’exemple précurseur, l’augmentation des réserves gazières américaines, par l’apport du tight gas a eu pour effet direct la chute du prix du gaz de 13 dollars /million Btu (MMBtu) en 2006 à seulement 4 dollars/MMBtu en 2010.

Le rapport du prix du brut ($/baril) au prix du gaz naturel ($/MMBtu) est passé de 5 à 20, démolissant ainsi la pyramide d’indexation du gaz sur le brut. Cela présage une déconnexion possible des deux produits et la naissance de marchés pertinents gaziers avec l’entrée en lice des volumes non conventionnels. Le prix du gaz pourrait alors reprendre ses droits. Une «OPEP Gaz» ne serait que vaine.
Ainsi, les réserves globales mondiales (conventionnelles et non conventionnelles) dépasseraient les 9000 milliards de barils de pétrole et 20 000 Tcf de gaz, de quoi couvrir les besoins pour respectivement 3 et 2 siècles. Il y a 2 siècles, l’homme découvrait le pétrole conventionnel dont il ignorait les vraies réserves, et ce pétrole coule toujours.

Aujourd’hui, l’homme découvre le «non conventionnel» dont il ne connaît que très peu sur les vraies réserves. Ce pétrole coulera aussi durant «ses siècles». L’ignorance relative du «non conventionnel» par le marché actuel ne va pas s’éterniser une fois que les volumes produits atteindront un niveau séduisant. Pour l’histoire, la part du pétrole dans le bilan énergétique augmentait avec la diminution du prix du baril et diminuait avec son envolée mais avec ces énormes réserves additives «non conventionnelles» plus coûteuses, l’engloutissement des programmes de substitution à grande échelle, la poussée démographique et les besoins du développement économique notamment dans les pays émergents, tous les voyants sont au vert pour une demande pétrolière soutenue et un baril de plus en plus cher. On ne choisit pas son énergie.
Le pétrole s’est imposé de lui-même depuis l’antiquité, s’impose toujours et s’imposera encore (conventionnel) et encore (non conventionnel), mais il faut savoir en éviter l’épine. «A quelque chose malheur est bon», dit le dicton, et l’inverse est tout aussi vrai.
Le pétrole est le bon produit énergétique de tous les temps, mais ce bon produit est pour beaucoup un vrai malheur, disons-nous. Le pétrole succédera quand même à lui-même pour un mandat centenaire, mais sans qu’il soit inépuisable. Sa fin est synonyme de la fin d’une époque, d’un mode de vie, d’une civilisation qui ne pourrait, avec des ailes bien bitumineuses, voler très haut pour atteindre le soleil. Ce dernier ne tiendra pas la route à grande échelle. Force est de reconnaître que le mode de vie de l’après-pétrole (dont on ignore le siècle d’occurrence) sera pareil à celui de l’avant-pétrole.

Là, pour rouler, naviguer ou voler, à défaut de prendre son engin, il va falloir prendre… son temps.  Encore, si l’histoire se doit de se refaire, l’homme, ne disposant plus de cette énergie, se doit de mettre les pieds sur terre, renouer avec les valeurs humaines et rompre avec l’hostilité et la guerre qui rongent sa société. «L’homme a voulu vivre en société, mais depuis qu’elle existe, l’homme emploie une bonne partie de son énergie à lutter contre elle.» (Georges Simenon, écrivain belge).

  

Categorie(s): idées-débats

Auteur(s): Mohamed-Saïd Beghoul (Docteur)

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