Le pillage continue

Elwatan; le Mardi 25 Decembre 2012
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A quoi servent les résolutions du Parlement européen si elles sont ignorées par ceux-là mêmes qui y sont représentés, et chargés de les appliquer ? Donc des Etats qui montrent à quel point est grande la distance qui sépare les uns et les autres. Comme au sujet de l’accord de pêche liant l’Union européenne et le Maroc, annulé par les premiers et relancé par les autres. La question du Sahara occidental est révélatrice de ces contradictions marquées par des débats que, très certainement, des gouvernements auraient voulu qu’ils n’aient pas lieu, et en tout cas qu’ils ne mènent pas à des conclusions sans rapport et même en contradiction avec les politiques qu’ils mènent. On ne dira donc pas d’elles qu’elles sont inutiles, bien au contraire puisque très souvent, elles ne manquent pas de pertinence.

Elles sont là pour corriger des trajectoires, éviter des décisions, et d’une manière générale servir d’interface entre les opinions publiques et les Etats membres de l’Union européenne. Il en est ainsi de cette décision d’annulation pour la simple raison que le texte en question inclut les eaux territoriales du Sahara occidental. En agissant ainsi, les eurodéputés, qui ne sont pas moins conscients des intérêts de leurs populations, entendaient dénoncer ce qui est en fait une double injustice, celle de l’occupation et ensuite celle du pillage des ressources d’un peuple vivant sous cette occupation.

Pris dans leurs propres filets, des hommes politiques européens se sont livrés à un exercice aussi incroyable que vain afin de justifier ce qui ne saurait l’être en déclarant que l’accord en question préserverait les intérêts de ces populations, sauf qu’il faille faire preuve d’une grande naïveté de croire que l’occupant s’en soucierait. Le service juridique du Parlement européen avait conclu, à travers une étude en 2010, que cet accord de pêche avec le Maroc «ne bénéficie pas au peuple du Sahara occidental et n'obéit pas aux règles et conventions internationales», réaffirmant le fait que toute activité qui n'est pas en conformité avec les souhaits et les intérêts du peuple du Sahara occidental est «illégale».

Mieux que cela, et c’est là aussi l’un des objectifs du vote des eurodéputés, l’accord est une reconnaissance de l’occupation par le Maroc du Sahara occidental. La bonne affaire et pour les deux parties, sauf que le Parlement européen, devenu l’élément perturbateur, fait aujourd’hui face à l’UE décidée à conclure un nouvel accord sans qu’apparaisse le moindre élément nouveau, puisque y seront intégrées les eaux sahraouies. Sans le moindre état d’âme, une règle en politique, dit-on souvent. Sauf que cette question a alimenté de très nombreux débats et suscité un fort engagement international que contrariera un tel accord. Comment, se demande-t-on, ce qui a été déclaré illégal ne le soit plus aujourd’hui, alors même que l’élément qui fonde cette appréciation, c'est-à-dire l’occupation marocaine, n’a pas disparu ?

Categorie(s): edito

Auteur(s): Mohammed Larbi

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