Le point de rupture

Elwatan; le Jeudi 9 Octobre 2014
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Les cours du pétrole reculent inexorablement et tournent actuellement autour des 90 dollars le baril sans que cela n’inquiète les Algériens, qui continuent de vivre dans l’insouciance la plus totale. Personne, en haut lieu, ne juge utile de les alerter sur la gravité de la situation. Seuls les experts et les institutions internationales tirent la sonnette d’alarme, en vain, car, par tradition, nul ne les écoute et ne prend en considération leurs avertissements.

Pourtant, ils disent une chose simple : les hydrocarbures, la seule richesse dont dispose l’Algérie, se vendent à bas prix sur le marché mondial où se bousculent de multiples concurrents prêts à tout pour se débarrasser de leurs produits, de moins en moins demandés par l’économie internationale en pleine récession et s’orientant vers d’autres sources d’énergie. Et puis, l’Algérie n’a plus beaucoup de pétrole et de gaz à vendre, sa production en baisse constante et sa demande interne en hydrocarbures explosant sous le triple effet de la hausse de la démographie, de l’élévation du niveau de vie et du bas prix des produits énergétiques sur le marché national.

En réalité, le mal ne se situe pas tellement dans la dépréciation des cours du pétrole et du gaz et dans le recul de la production, deux phénomènes que l’Algérie a connus plusieurs fois par le passé et qu’elle a fini malgré tout par surmonter ; il réside fondamentalement dans les besoins financiers du pays, jamais atteints auparavant. Comme il n’y a pas d’économie réelle, c'est-à-dire une production conséquente de biens et services, génératrice de ressources financières, il faut tout importer des pays développés.

Cette année, il faudra affecter plus de 60 milliards de dollars aux importateurs, tant publics que privés. Et comme il y a de moins en moins d’argent tiré des exportations d’hydrocarbures, les pouvoirs publics ont recours aux réserves placées à l’étranger. De plus, il faudra faire face aux dépenses courantes de fonctionnement qui ont explosé ces dix dernières années, plus particulièrement depuis le phénomène du Printemps arabe : hausses salariales, transferts sociaux, subventions de biens et services, train de vie de l’Etat, etc. Pourtant, ces réserves, placées généralement à l’extérieur, étaient destinées à une autre fonction autrement plus noble : protéger quelque peu les générations à venir des effets de la mondialisation qui seront, à l’avenir, autrement plus terribles que ceux d’aujourd’hui. C’est ce que font la Norvège ou d’autres Etats sérieux et prévoyants.

Si rien ne vient arrêter la spirale infernale, il y aura rapidement une rupture brutale entre les disponibilités financières et les dépenses de l’Etat, en d’autres termes l’Algérie sera contrainte de recourir à l’endettement extérieur, de réduire drastiquement les dépenses destinées aux équipements et à la société en général. Les conséquences seront dramatiques, les Algériens n’étant pas préparés à des politiques d’austérité. Ils ont été contraints de vivre sous un discours triomphaliste qui a totalement effacé le langage de la vérité : le régime avait un besoin constant de cacher les faits pour dissimuler son incapacité à gouverner le pays selon les standards politiques et économiques internationaux.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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