Les chantiers politiques

Elwatan; le Mardi 3 Mars 2009
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Les visites de Bouteflika ont cette particularité de tirer les autorités locales et les entreprises de réalisation de leur léthargie. Des projets qui ont toutes les peines du monde à sortir du sol se voient subitement, l'occasion d'une visite présidentielle, relancées et reprendre des couleurs. C'est devenu, du reste, un rituel dans la vie des collectivités locales : lorsque l'on aperçoit une animation inhabituelle autour d'un chantier, cela signifie que le président Bouteflika n'est pas loin et que sa visite sur les lieux est imminente. Depuis quelques jours les alentours du nouveau stade de football de Bab El Oued et le chantier du stade sont transformés en un immense chantier tous corps d'Etat. Ravalement et badigeonnage d'immeubles, réfection des trottoirs, nettoiement des voiries. Des équipes pluridisciplinaires se côtoient au milieu d'engins des travaux publics, de camions pour le ramassage de gravats dans une ambiance de travail à donner le tournis. Les autorités locales et les entreprises de réalisation sont capables d’accomplir des prodiges lorsqu'elles sont actionnées par le pouvoir politique. Le stade qui est passé par mille et une péripéties – les travaux furent interrompus pendant plusieurs mois – est aujourd'hui fin prêt pour accueillir le Mouloudia et les fans du club algérois.

Bouteflika, qui a entendu des choses et d'autres au stade du 5 Juillet à l'occasion de chaque finale de la Coupe d'Algérie, espère par ce geste politico-sportif se réconcilier avec cette jeunesse rebelle au pouvoir et qui ne se sent nulle part dans son élément, à l'exception des «franchises» des stades de football où elle retrouve, le temps d'un match, sa dignité, sa respectabilité, son moi individuel et collectif. Les jeunes et les moins jeunes de Bab El Oued, qui portent le doyen des clubs de football dans leur cœur, se suffiront-ils pour autant de ce présent que leur offrira Bouteflika pour tomber sous son charme ? Lors de la précédente campagne pour la présidentielle de 2004, il avait fait des clins d'œil à l'autre club voisin, l'USMA d'Alger. En retour, les dirigeants de ce club avaient appelé à voter Bouteflika. L’avantage d'avoir un représentant au sein du staff du Mouloudia en la personne de l'ancien directeur du protocole de la présidence M. Maarif aujourd'hui ambassadeur à Rome avait facilité grandement ce travail d'approche et de séduction des jeunes de ces vieux quartiers d'Alger. L'aura des clubs locaux dépasse les frontières de Bab El Oued, de Bologhine et de Soustara. En gagnant la sympathie et le cœur de ces jeunes, Bouteflika espère faire passer le message à la jeunesse algéroise et au-delà à la jeunesse algérienne, qui constitue un inestimable gisement électoral. Tout comme le président candidat Bouteflika a annoncé une série de mesures en faveur de différentes corporations et catégories sociales, il faudra s'attendre dans la même lancée à des gestes forts en direction des jeunes. En se rendant pour la troisième fois à Bab El Oued, Bouteflika qui s'était vu ravir la vedette par Chirac qui l'accompagnait au lendemain des inondations de Bab El Oued réussira-t-il à soigner son image auprès des jeunes des vieux quartiers d'Alger qui sont tout aussi imprévisibles sur les gradins des stades que dans la rue ?

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Omar Berbiche

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