Les dés sont pipés pour Soltani

Elwatan; le Jeudi 9 Fevrier 2012
1


On a beau suivre les débats politiques sur notre petit écran, on n’arrive toujours pas à avoir une réponse précise à la question cruciale qui tarabuste l’esprit des Algériens depuis que la vague verte a envahi nos voisin maghrébins. Quel visage, en effet, comptent donner nos islamistes à la société algérienne s’ils parvenaient à s’emparer du pouvoir législatif en attendant mieux… ? Quelles seraient les premières mesures qu’ils prendront en application de leurs programmes, à supposer que ces derniers s’articulent sur des objectifs ciblés ? Comment espèrent-ils agir pour se démarquer de la gouvernance actuelle qu’ils ne cessent de critiquer ?

En fait, ce qui est appréhendé le plus, c’est de savoir si les barbus, qui ne ratent pas une occasion pour s’affirmer comme étant les bons moralisateurs de la société, iront jusqu’à bouleverser nos modes de vie sous prétexte que ceux-ci ne sont pas suffisamment en conformité avec les principes religieux. La gestion par le sacré étant leur point fort, on peut imaginer que sous leur règne il y aura plus de kamis et de hidjabs, moins de bars, moins de musique, moins de mixité… enfin tout ce qui s’apparente à leurs yeux d’inspiration occidentale sera mis en coupe réglée pour montrer qu’ils n’ont pas attendu tout ce temps pour venir, dans les travées du pouvoir, faire de la simple figuration.

Si le FIS en son temps avait annoncé d’emblée la couleur avant même qu’il n’accède à la responsabilité parlementaire, promettant de couvrir carrément la société algérienne d’un drap noir selon un programme sinistre, où l’interdit a force de loi et où l’intolérance envers la gent féminine constituait le point nodal de sa politique sociale, on ne peut pas dire autant des partis de la mouvance islamiste qui lui ont succédé, lesquels en refusant d’avancer à visage découvert, rendent la lecture du paysage politique dans notre pays encore plus floue. En se réfugiant derrière le vocable de modéré, concept inventé par les puissances occidentales pour mieux asseoir leurs zones d’influence, ces partis n’ont jamais en vérité dévoilé leurs véritables intentions, et par là même leurs projections à travers un parcours politique dominé essentiellement par la stratégie de l’entrisme.

Se réclamer de la mouvance islamiste à l’image du Parti qui représente pour l’heure la plus grosse cylindrée, en l’occurrence le MSP (ex-Hamas), c’est faire avant tout et en toute circonstance le dos rond en adoptant une posture attentiste à toute épreuve pour espérer un jour rebondir, comme l’a fait son alter égo tunisien Ennahdha de Ghannouchi, le grand bénéficiaire de la Révolution du jasmin sans avoir eu à s’y impliquer. Dans ce jeu subtil mais néanmoins pernicieux qui consiste à profiter des dividendes d’une entreprise risquée mais sans se mouiller, il faut reconnaître que les islamistes se sont avérés imbattables.

Le FIS lui-même avait récupéré les fruits d’une révolte menée par les jeunes contre un système trop oppressif. Est-ce à dire pour autant que les temps ont changé  et que pour le parti de Aboudjerra Soltani, par exemple, le mieux placé pour s’afficher comme force politique incontournable, avouer publiquement respecter la règle démocratique suffit aujourd’hui pour ne plus considérer la montée du phénomène islamiste comme un spectre qu’il faut à tout prix arrêter si on ne veut pas aller à la catastrophe. Ce serait aller trop vite en besogne sachant qu’il existe bel et bien une internationale islamiste et que par conséquent les partis issus de cette engeance qui arrivent au pouvoir ne peuvent pas faire autrement que d’aller prendre leurs recommandations auprès d’elle.

Cependant, il ne serait pas tout a fait faux de penser que face aux multiples difficultés sociales et économiques, rester dans le flou artistique pour les partis islamistes constitue encore la meilleure parade pour conserver une certaine crédibilité. Au Maroc, en Tunisie et en Libye, les discours se ressemblent en ce sens. A les entendre, il n’y aura aucun bouleversement majeur dans ces pays musulmans mais pas à connotation intégriste. Les libertés et les droits de l’homme seront notamment défendus. En apparence seulement, car derrière la vitrine se profilent les vraies intentions islamistes toutes inspirées directement de la chariaâ qui ne peuvent rester trop longtemps en suspens juste pour les besoins d’un paraître que d’aucuns peuvent assimiler à un reniement.

Alors, les islamistes du MSP qui croient dur comme fer qu’ils seront les grands vainqueurs du scrutin législatif du mois de mai prochain, et avec eux la cohorte de minuscules partis qui activent dans son sillage, aura-t-il le courage de nous dire enfin s’il va mettre le voile sur la société ou pas ? Si cela ne tenait qu’à lui, il n’y aura aucun problème, mais aura-t-il une marge de manœuvre suffisante pour appliquer ses plans de bataille dans un système où le FLN n’a pas dit son dernier mot, loin s’en faut, et où les cartes ne sont pas près d’être redistribuées contrairement aux apparences ? Au demeurant, ayant été un simple instrument d’équilibre entre les mains du pouvoir qui lui a fait une fleur en l’intégrant dans la coalition gouvernementale pour appliquer le programme du Président Bouteflika, Aboudjerra Soltani sait à l’avance que les dés sont pipés et l’islamisme soft qu’il représente n’est pas en situation pour remettre en cause les assises du régime. Il y a le FLN et le RND qui veillent comme de parfaites sentinelles sur la pérennité d’un système  qui a déjà donné tant de gages à l’islamisme.

En quoi, en effet, Belkhadem se différencie-t-il de Soltani en matière d’idéologie ? Assurément, l’Algérie sera peut-être le seul pays maghrébin et arabe à prendre le contre-pied des printemps révolutionnaires en n’ayant pas une assemblée islamiste. Et vous savez pourquoi ? Parce que l’islamisme est déjà aux commandes depuis longtemps déjà…                                             

Categorie(s): vu à la télé

Auteur(s): Abderezak Merad

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..