Les manuscrits de Tombouctou (Mali) : SOS patrimoine en péril !

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Le journaliste et chercheur, Jean-Michel Djian, spécialiste de l’Afrique, ayant signé des biographies de Léopold Sedar Senghor (Gallimard, 2005 et d’Ahmadou Kourouma Le Seuil, 2010), vient de publier un nouvel ouvrage intitulé Les manuscrits de Tombouctou aux éditions JC Lattès. Jean-Michel Djian a animé une conférence d’une grande et brûlante actualité - car intervenant dans un moment difficile et sérieux au Mali - vulgarisant la valeur inestimable des manuscrits (détenus par des familles) de la mythique, symbolique et patrimoniale Tombouctou. A travers un historique didactique et pédagogique, il plongera l’assistance au cœur de l’Afrique subsaharienne des XVe et XVIe siècles.

A l’époque où Tombouctou tutoyait l’histoire, c’était une cité du savoir attirant des enseignants et des étudiants protégés par l’empereur du Songhaï, où les copistes, libraires, répétiteurs, relieurs, traducteurs et autres enlumineurs venaient d’Egypte, d’Andalousie, du Maroc ou de l’empire du Ghana pour suivre des cours à l’université de Sankoré. Une gloire, un prestige, Tombouctou avait… droit de cité. Pas interdite mais ouverte sur le monde. Une ville accueillant, au XVe siècle, plus de 25 000 étudiants. Sur les manuscrits traduits étaient consignés, notés, commentés en référé le cours du sel et des épices, les actes de justice, les ventes, les précis de pharmacopée (dont un traité sur les méfaits du tabac), des conseils sur la vie sexuelle des couples, des précis de grammaire ou de mathématiques, des conseils sur le pouvoir, de la bonne gouvernance, la «communication» avant la lettre, indiquera-t-il.


«Première opération de la cataracte il y a quatre siècles»


Ainsi, le questionnement vital de Jean-Michel Djian est «Que recèlent les manuscrits de Tombouctou ? Que peuvent-ils révéler encore ?», car ce sont des trésors insoupçonnés. «Il existe plus de  900 000 manuscrits que l’on ne connaît pas, par analogie à un million de manuscrits sur tout le Mali. Si cela est traduit, nous serions étonnés de la teneur portant sur le savoir, la science, un regard sur le monde depuis l’Afrique où l’on exprimait un refus de l’esclavagisme, où rayonnaient les mathématiques ou la médecine. La première opération de la cataracte a été faite à Tombouctou, il y a quatre siècles. On y pratiquait un Islam éclairé. Une civilisation ! Un carrefour du sel et de l’or. Le commerce et le savoir étaient totalement liés…», étayera Jean-Michel Djian.

De front, il reviendra sur la récente inquisition et autres autodafés des djihadistes : «Les djihadistes se sont attaqués au symbole de Tombouctou, la stèle. Et puis, il y a l’impact des manuscrits brûlés. Mais la population avait extrapolé leur action. Les citoyens ont pris soin de rapatrier 80% des manuscrits à bord des véhicules 4x4 vers Bamako six mois avant l’arrivée des djihadistes…». Actuellement, le danger qui guette ces manuscrits c’est qu’ils peuvent être l’objet de trafic, car devenant  une valeur marchande. «L’urgence, c’est de mobiliser largement pour sauver et préserver ces trésors !», exhortera Jean-Michel Djian.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): K. Smaïl

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