Les «nostalgériques» ont le vent en poupe

Elwatan; le Samedi 22 Mai 2010
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Les revanchards de «l'Algérie française» fourbissent leurs armes. Au-delà d'un film présenté à Cannes qu'ils cherchent à assassiner, ils lorgnent vers la seule date qui les intéresse : 2012, pour torpiller le cinquantième anniversaire de l'indépendance algérienne.
Lyon.
De notre correspondant

Alors qu'hier, vendredi, une manifestation anti-algérienne inspirée des suppôts de l'OAS était organisée à Cannes, avec, pour la première fois, la bénédiction officielle de la République, le député du Vaucluse, au sud de la France, pense trouver le moyen de rebondir dans le maelstrom politique français, où c'est celui qui frappera le plus fort dans la flaque nauséabonde qui fera le plus d'effet électoraliste. 48 ans après la fin de la guerre, on y est encore, préparant le bouquet final de la haine de l'Algérie en juillet 2012, pour le cinquantenaire. Ainsi, Thierry Mariani, le «père» désavoué de l'ADN visant à faciliter le regroupement familial, exploite le filon qui l'exfiltre vers l'extrême-droite. Il le dit à Valeurs actuelles : «Il y en a assez d'entendre, de lire ou de voir des films où il est expliqué à quel point la France s'est mal conduite durant la guerre d'Algérie.» Pas de fiction, pas de création libre ; non, seule la version officielle devrait compter. De ce coup de gueule, il veut faire une proposition de loi, s'inspirant clairement des objectifs de l'ex-Oas, recyclé dans une association qui, jusque-là, ne se manifestait que par l'érection de stèles en hommage aux seules victimes françaises de la guerre d'Algérie.

La proposition de loi de Mariani, dont l'hebdomadaire dit qu'elle serait explosive (comme les bombes larguées sur l'Algérie ?), va dans ce sens. «La France reconnaît les souffrances subies par les citoyens français d'Algérie, victimes de crimes contre l'humanité commis du 19 mars 1962 au 31 décembre 1963, du fait de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique». «Il s'agirait ni plus ni moins, est-il suggéré, de ‘‘crimes contre l'humanité’’» commis par le FLN. Le texte, pour le coup révisionniste, selon le lexique en usage en France pour d'autres conflits, est co-signé par quatre autres députés UMP : Elie Aboud, Claude Goasguen, Michel Voisin et Lionnel Luca, celui par qui est née la polémique «Bouchareb», le 22 avril dernier. Peu lui importe que depuis 2000, les historiens dénoncent les lois mémorielles qui ne servent aucunement la vérité sur l'histoire. Seul compte pour ce député comme pour les autres élus qui ont entamé la «chasse» au Bouchareb (lire notre édition du 24 avril), le conditionnement des «nostalgériques».
Hier, vendredi, à Cannes, jour de la diffusion de Hors-la-loi, un millier de pieds-noirs et la quasi-totalité des parlementaires UMP de la région Paca étaient attendus pour manifester.

Le sous-préfet du département devait déposer une gerbe au monument aux morts. Pour calmer le jeu, l'ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, aurait, selon le Point, proposé à Nicolas Sarkozy que l'armée algérienne défile sur les Champs-Elysées le 14 juillet 2012, anniversaire de l'indépendance. Le président ne serait pas chaud pour cette idée. D'ailleurs, estime Thierry Rolando, président du Cercle algérianiste, la plus importante association de pieds-noirs «s'il est bien une promesse que le chef de l'Etat a oubliée depuis son élection, c'est celle de son refus de la repentance». Il avait appelé lui aussi à manifester à Cannes, hier. Pour un internaute du site de Valeurs actuelles : «Au lieu de nier la réalité historique, il serait intelligent de se repentir et tourner la page, cela serait productif pour la France et l'Algérie.» Hélas, dans les quelques mois qui nous séparent du 50e anniversaire de l'indépendance algérienne, il n'est pas sûr que les tensions s'apaisent de part et d'autre de la mer.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Walid Mebarek

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