Les opérateurs économiques pointent du doigt la bureaucratie : L’investissement piétine à Béchar

Elwatan; le Lundi 5 Octobre 2015
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Plusieurs opérateurs économiques de diverses branches d’activité ont bien voulu  nous livrer leur avis sur la situation économique de la région ainsi que sur les entraves qui continuent à jalonner le parcours de l’investisseur. Pour ces entrepreneurs, les projets de développement local continuent de piétiner alors que des richesses avérées que recèle le sous-sol dans la région, en particulier des gisements miniers, ne sont pas encore exploitées.

La cause d’une telle situation, à la fois paradoxale et aberrante, est imputable, selon eux, à un ensemble d’éléments allant du phénomène bureaucratique tant décrié à l’absence manifeste de volonté et surtout du peu d’intérêt accordé à l’emploi qui s’amenuise d’année en année, alors que des cohortes de diplômés formés à l’université sortent chaque année, sans étude ni prise en compte des besoins du marché local de l’emploi.  Il est admis aujourd’hui que nos responsables sont restés enivrés pendant une longue période par le pactole de la rente pétrolière aujourd’hui en dégringolade. Pourtant, des richesses existent et ce ne sont pas les exemples qui manquent.

La région de Béchar, à l’instar de tant d’autres à travers le territoire national, recèle des potentialités énergétiques et minières non négligeables, notamment les gisements de manganèse à Katara (dans le désert, à 160 km de Abadla), de cuivre à Boukaïs, de zinc et de plomb à Mougheul... Dans les ksour du nord, on trouve la baryte et le kaolin dans la région de Tabalbala (400 km au sud de Béchar) et enfin la cimenterie de Benzireg (50 km au nord de Béchar) dont l’exploitation serait, selon nos sources, imminente avec la perspective de recrutement de plus de 500 emplois directs dans une première phase.

Le projet de Katara, évalué à 2 972 000 tonnes, d’une durée d’exploitation de 25 ans, devrait employer entre 120 à 150 ouvriers ; il avait fait l’objet, rappelons-le, d’une convention d’exploitation signée en 2009 par les autorités locales et les responsables de la société chinoise Sho Lin Mines. Ce projet est maintenu, indique-t-on, mais tarde à être concrétisé six ans après à cause des procédures et lourdeurs administratives.

Concernant les autres gisements, on ne sait rien sur leur évaluation et encore moins si une étude d’expertise a été faite.  Les opérateurs interrogés insistent toutefois sur l’impératif de procéder avec méthode et de mener une lutte implacable contre le labyrinthe bureaucratique qui met à rude épreuve la concrétisation de nombreux projets de développement local et bloque les initiatives créatrices de richesses. La persistance de ce fléau, s’il n’est pas enrayé ou au moins réduit, pourrait être fatale aux relations de confiance déjà fragiles entre l’administration et les entrepreneurs, fait-on savoir.

De plus, ces opérateurs mettent en garde contre la démarche qui a jusqu’ici prévalu, consistant à «placer la charrue avant les bœufs», entraînant des décisions irréfléchies et  maladroites. Dans cette optique, ils indiquent qu’il est impératif  d’achever en priorité les travaux des deux zones d’activité à promouvoir afin de permettre aux investisseurs de s’installer dans de bonnes conditions. Ils demandent aussi, dans le cadre d’un assainissement global des projets non réalisés, la récupération par l’administration des terrains à vocation industrielle et économique attribués par l’ancien Calpi à des opportunistes pseudo-investisseurs qui les ont détournés ou revendus.

Les potentialités de la région ne s’arrêtent pas aux seuls gisements miniers, mais aussi à la gestion rationnelle des structures hôtelières touristiques déficitaires, peu fréquentées car mal gérées à cause de la cherté des prix pratiqués et de la qualité souvent médiocre des prestations fournies. Pourtant, on insiste sur la beauté naturelle des dunes de sable et des sites magnifiques de Taghit et de Beni Abbès qui pourraient, selon les experts, donner un nouvel essor au secteur du tourisme, d’autant que les travaux de l’aérodrome de Beni Abbès ont été achevés il y a plus d’une année, bien qu’il n’ait pas encore été mis en exploitation.

Hammadi Athmane, doyen des présidents des Chambres de commerce et d’industrie et actuel représentant du FCE à Béchar, abonde dans le même sens et fait des suggestions pour le redressement du secteur du tourisme. Selon lui, pour la réussite totale de ce créneau pourvoyeur d’emplois, il préconise l’adoption d’un plan quinquennal spécial et, avant de passer à l’action, dit-il, il faut procéder d’abord à un état des lieux, en faisant appel aux experts nationaux et étrangers spécialisés, impliquer les détenteurs des marchés du tourisme étranger, notamment les agences de voyage multinationales.

Le plan global, selon M. Hammadi, doit dégager et définir des zones d’expansion touristique et les sites historiques et culturels, les besoins réels en termes d’infrastructures d’accueil, la formation d’agents hôteliers, les équipements adéquats, les moyens de transport  à déployer, les bureaux de change à installer, l’instauration de la carte de crédit internationale pour faire de l’Algérie une destination attractive, à l’exemple des pays du pourtour méditerranéen.

Enfin, une décision susceptible d’entraîner le succès de tous les projets d’investissement  serait le renforcement des attributions des autorités locales,en particulier celles du wali, par une décentralisation des décisions concernant le développement local  et régional. Les responsables locaux auraient ainsi toute latitude de suivre rigoureusement certains projets importants jusqu’ici centralisés, échappant à leur contrôle en raison du montant de l’investissement.
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): M. Nadjah

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