Les policiers brûlent le feu rouge

Elwatan; le Mercredi 15 Octobre 2014
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L’onde de choc sur l’opinion publique de la manifestation organisée lundi à Ghardaïa par des policiers de la brigade antiémeute, qui sont au charbon depuis plusieurs mois dans cette wilaya secouée par de violents affrontements intercommunautaires, était perceptible, hier, dans les commentaires des citoyens.

Chacun y va de sa lecture de cet événement pour tenter de décrypter le sens apparent ou caché du message de ce mouvement de protestation pour le moins atypique, s’agissant d’un corps de sécurité régi par un règlement paramilitaire qui n’autorise pas la moindre incartade. Le communiqué de la direction générale de la Sûreté nationale, qui s’est empressée de minimiser la portée du coup de sang des policiers en le réduisant à des considérations socioprofessionnelles, n’aura pas convaincu beaucoup de monde.

Le mouvement de protestation des policiers, qui ont bravé l’interdit en sortant crier leur colère dans la rue, tout en mesurant les conséquences de leur action au plan disciplinaire, mais aussi et surtout les interprétations politiques fondées ou non qu’il a suscitées, apparaissait bien organisé et structuré, pour ne retenir que les slogans revendicatifs corporatistes proclamés lors de cette manifestation.

Manifestement, il ne s’agit pas d’un accès de fièvre passager qui aurait pu trouver, à l’évidence, une solution, si tel avait été le cas, dans le déplacement à Ghardaïa du premier responsable de la police, le général-major Hamel, et les engagements pris sur place de prendre en charge les préoccupations des policiers.

Non seulement la tension est toujours aussi vive dans les rangs des policiers contestataires de Ghardaïa, qui ont récidivé hier en organisant une autre manifestation à Berriane pour bien montrer que leur malaise est beaucoup plus profond, mais, bien plus, le mouvement semble faire tache d’huile et inspirer d’autres unités, à l’instar des policiers de Bab Ezzouar, à Alger, qui ont emboîté le pas à leurs collègues du Sud. La capitale a vécu, hier, une journée particulière.

Depuis les premières heures, les automobilistes ont été pris dans les nasses de bouchons infernaux comme la capitale en a rarement connu. Si la légitimité des revendications des agents en colère ne souffre aucune contestation pour les citoyens, qui mesurent le poids de la responsabilité des policiers en poste dans une région sensible comme Ghardaïa, transformée en poudrière, il reste à savoir pourquoi la voie du dialogue social interne à ce corps constitué n’a pas été exploitée comme cela aurait dû l’être, s’agissant d’une profession dont la discrétion et la discipline sont censées être des vertus premières.

Le journal El Watan a publié, il n’y a pas longtemps, une pétition d’officiers dénonçant la dégradation des conditions de travail et d’existence des policiers, les malversations et le fléau de la corruption qui rongent ce corps constitué. Cela a valu à notre journal un procès qui est toujours pendant au niveau du tribunal. Menacés de représailles, les pétitionnaires se sont rétractés et ont refusé de témoigner devant le juge.

Si dans la foulée de ce mouvement en apparence social, le corps de la police tant décrié pour ses méthodes répressives comme on l’a vu dans certains cas qui ont provoqué un buzz sur la Toile, se démocratise et se réforme pour être véritablement au service du citoyen et non du système, les policiers auront alors écrit, en ce mois béni, une nouvelle page dans la construction démocratique.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Omar Berbiche

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