Les prêtres de l’énergie fossile vendent encore des billets de stade comme en 1975

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Le potentiel en énergie fossile de l’Algérie n’est pas de 50 ans mais de 20 ans :

C’est l’expert international en énergie, Tewfik Hasni, qui l’affirme cette semaine sur l’antenne de la webradio Maghreb M. Précisions, nous parlons de potentiel à l’exportation de pétrole et de gaz algérien dans les prochaines années. Ancien patron du pôle Arzew, ancien vice-président de Sonatrach pour l’aval, fondateur et PDG de NEAL, la filiale de Sonatrach et de Sonelgaz pour les énergies renouvelables, Tewfik Hasni sait de quoi il parle. L’explication est simple, le chemin de croissance actuelle de la demande interne en énergie ne permettra plus à l’Algérie d’en exporter dans moins de 20 ans toutes choses étant égales par ailleurs. Dans ce «toutes choses», il y a, face à la chevauchée de la consommation, la croissance de la production d’énergie. Elle ne suit plus le rythme. Symbole du creusement de l’écart, la facture indécente des importations de gazole. Supérieur à 2 milliards de dollars en 2013. La chute des exportations d’hydrocarbures de 12% au 9 premiers mois de l’année est un autre indicateur de la désynchronisation rapide des courbes de la consommation interne de l’énergie et de celle de la production. La perte momentanée du champ de Tiguentourine n’est pas la seule explication.

Des contrats de livraisons de gaz naturel arrivés à terme n’ont pas été renouvelés par Sonatrach ces trois dernières années. Pas assez de disponibilités en amont pour alimenter en même temps les centrales électriques locales à cycle combiné et livrer la Flandres en GNL. Le même jour, le professeur Chemssedine Chitour, catastrophé par le gaspillage de l’énergie qui se poursuit allègrement en Algérie, soutenait à l’antenne de la chaîne III que l’Algérie disposait d’une fenêtre de tir de moins de dix ans pour engager vigoureusement une transition énergétique. «Trop large», estime Tewfik Hasni. L’Algérie dispose de beaucoup moins de temps que cela pour éviter la pénurie à l’export. La CREG, le régulateur pour les marchés de l’électricité et du gaz, serait même en deçà de la réalité dans sa prévision de consommation la plus haute pour l’électricité en Algérie dans les 20 prochaines années. Or, l’électricité en Algérie est produite à près de 100% à partir d’hydrocarbures. La double sortie médiatique le même jour de deux experts engagés en faveur de l’engagement d’un changement rapide de modèle énergétique algérien est bel effet du hasard. Elle vient déshabiller le discours officiel triomphaliste sur l’avenir fossile de l’Algérie. La réalité qui fait désormais publiquement peur au ministre des finances, Karim Djoudi, claque en deux chiffres. Moins de 900 000 barils/ jour de production de pétrole et moins de 60 milliards de m3 d’exportations de gaz naturel par an.

Bien sûr, l’Algérie peut encore se fabriquer un troisième âge pétro-gazier :

Notamment en développant ses réserves d’hydrocarbures non conventionnelles. Et repartir vers le 1,5 million de barils/jour et les 85 milliards de m3 de gaz naturel par an. A quel coût ? C’est la question qu’évite soigneusement le discours officiel. Et qui est pourtant au cœur des enjeux de la transition énergétique. Car le pétrole et le gaz non conventionnels seront, dans la génération d’électricité, largement exposés, en vérité, à la concurrence commerciale du solaire concentré (CSP) dans un avenir beaucoup plus proche que ne veulent l’admettre les prêtres du fossile. Pour produire 65 milliards de m3 par an de gaz de schiste, il faudrait, reconnaît le ministère de l’Energie, dépenser 100 milliards de dollars en développement. Il n’y a plus de rente gazière. Tewfik Hasni parle d’un coût possible de 10 dinars le kilowattheure produit à partir du solaire combiné aux gaz torchés récupérés sur les champs du sud.

Le coût du kilowattheure conventionnel de sonelgaz est mal cerné. Il serait proche des 6 dinars selon une source interne. Avec une prévision d’écart de coût même double de celle-là, l’engagement massif pour produire de l’électricité solaire saharienne soutenue in situ par du gaz torché récupéré est un sentier stratégique que s’obstine à ne pas regarder le ministre de l’Energie et des mines, Youcef Yousfi. Il y aurait entre trois et six milliards de m3 de gaz naturel qui brûlent à la tête des puits tous les ans sur les champs pétroliers algériens. Leur utilisation pour les coupler à la production de l’électricité solaire attend des décisions politiques qui précèdent la fenêtre de tir des dix ans, du professeur Chitour. En attendant, la première mesure forte de transition énergétique est bien sûr celle des économies d’énergie. Prix des carburants, obligation de bicarburation pour une partie du parc roulant, taxes émission carbone, normes isothermes de construction, réservations obligatoires de l’espace chauffage solaire sur les toits du million de logements en construction. Là aussi, il n’existe aucun courage politique au ministère de l’Energie ni au premier ministère pour les engager. Mais cela au moins ne durera pas dix ans.

Il a failli y avoir des morts à Blida ce samedi :

Bousculades gigantesques, blessés par dizaines. Le peuple vert voulait des billets pour Algérie-Burkina Faso qualificatif à la coupe du monde 2014 au Brésil. La Fédération algérienne de football en a vendu 30 000 aux guichets du stade Tchaker. Une invitation civilisée à l’émeute. Le signe le plus probant de l’archaïsme algérien en matière de TIC. Personne ne fait plus comme ça dans les pays normaux. Comment fait-on alors ? Il suffisait juste de regarder à côté. Dans la même semaine, la société Playmode, représentant de Nike en Algérie, a réussi le plus grand événement outdoor dans les rues d’Alger. Cinq mille personnes, des jeunes, des moins jeunes et des centaines de femmes ont couru six kilomètres dans les belles rues de la capitale, bénis par la légende américaine Carl Lewis. Pour prendre son dossard de course, il fallait s’inscrire à travers un compte Facebook.

Au bout de 7000 inscrits, le site d’inscription a été fermé. Seuls ceux qui disposaient d’une confirmation d’inscription tirée de leur compte pouvaient retirer leur dossard. Il ne faut pas faire de procès à la FAF sur ce coup. Elle a été médiocre comme l’est la gouvernance numérique algérienne. Elle aurait pourtant pu nous surprendre. En instaurant la réservation des billets sur Internet 15 jours avant le match. Elle aurait donné une plus grande chance aux algériens de l’intérieur du pays. La réservation sur le net aurait même permis de décentraliser la vente des billets. L’argument contraire est connu. Il est sécuritaire. Comme d’habitude. Les algériens peuvent falsifier l’imprimé d’inscription sur le net et prendre le billet d’un autre. De même que, s’ils ont accès aux billets trop tôt, les faussaires réussiront à en produire de similaires. Playmode et Nike ont distribué des dossards avec puces électroniques. Le billet électronique existe aussi. Il coûte plus cher ? Imputer le surcoût dans le prix de vente. C’est le marché noir qui perdra la marge. Vraiment la FAF devrait regarder juste à côté. Et le gouvernement entrer un jour dans le numérique.

Categorie(s): analyse éco

Auteur(s): El Kadi Ihsane

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