Lettre ouverte à mes concitoyens

Elwatan; le Samedi 7 Mars 2009
1

Après avoir assisté, en direct, à l'assassinat d'un peuple, nous avons aujourd'hui la douleur de constater qu'aucune voix ne s'élève en France et dans le monde occidental, pour dénoncer de telles horreurs qui rejoignent les plus hauts faits de l'histoire du barbarisme.
Rester sans réaction devant de tels actes revient à les cautionner et, par là, à cautionner la lâcheté de nos dirigeants qui égale celle d'un gouvernement honni, qui garda le silence devant les arrestations du Vél’d’Hiv et tant d'autres atrocités. Au pays de Voltaire, il n'existe donc plus d'âme forte pour hurler sa honte, sa colère ? Il n'est donc plus de Hugo, de Zola, pour fustiger de telles attitudes ? Pour dire à ce peuple, qui s'estime en légitime défense, qu'il s'est laissé aveugler jusqu'à commettre l'irréparable? Oui, peuple d'Israël, je te plains, car demain la vengeance fera encore couler le sang de tes enfants. Je te plains encore plus que ce pauvre peuple palestinien, torturé dans sa chair de la plus honteuse des manières, en faisant pleuvoir la mort sur des innocents, sur des enfants. Cet homme de paix, ce médecin, qui vient de perdre ses trois filles, ce crucifié vivant, ne mérite donc pas notre compassion? Mon fils est également médecin et il a trois enfants, je peux donc juger de sa détresse. Je me dois à ses larmes de mêler les miennes, à ses cris de mêler les miens.

Non des cris de vengeance, mais des cris de douleur et d'incompréhension. Plus que les dirigeants d'Israël, à qui, peut-être, on pourrait trouver des excuses à leur aveuglement, je plains les nôtres, chefs d'Etat de pays dits civilisés, qui n'osent prononcer un mot de compassion, qui prétendent faire taire les armes par leur seul prestige et qui n'ont même pas le courage de tendre une main secourable à un peuple dans l'erreur et lui dire : Israël, dans l'horreur tu as dépassé les bornes ! Tu t'es montré odieux à l'humanité entière, punis tes responsables et demande pardon au monde pour le déplorable exemple que tu viens de donner. Lave cette tache qui risque de salir à jamais ton peuple trompé. Si certains de tes enfants sont assassinés sous des tirs ou des attentats, dans ta douleur, conserve à l'esprit qu'il n'y a nulle grandeur à monter d'un cran dans le crime. A cet effet, je rappellerais ces vers de Boileau: «Dans le crime, il suffit qu'une fois on débute;
Une chute toujours attire une autre chute;
L 'honneur est comme une île escarpée et sans bords;
On ne peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.»
De plus, on devrait convaincre Israël, qui a déjà détruit impunément une grande partie de l'infrastructure du Liban, qu'il lui revient et non à la communauté internationale la charge de réparer les dommages matériels causés dans la Bande de Ghaza.
Un homme qui refuse de s'associer tacitement aux horreurs dont il vient d’être le témoin.

- Note de l’auteur : cette lettre ouverte a été adressée à huit
quotidiens français qui ont refusé de la publier

L'auteur est membre de la Société des gens de lettres

Categorie(s): idées-débats

Auteur(s): Christian Constantin

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..