Maintien des investissements publics et des niveaux de transferts sociaux : Quand la raison politique prime sur les réalités économiques

Elwatan; le Jeudi 8 Octobre 2015
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Dans un contexte marqué par le recul des recettes budgétaires, moins de 4% que l’année dernière, par la chute brutale des revenus pétroliers de près de 50%, l’Exécutif a décidé encore de jouer la paix sociale que de voir la réalité en face. Hormis la revalorisation des taxes, notamment sur les carburants, la téléphonie mobile et les produits de luxe importés, le projet de loi de finances 2016 approuvé par le Conseil des ministres n’est pas celui d’une économie de guerre. Les transferts sociaux seront d’un volume plus important que ne l’aurait permis la crise qui frappe l’économie nationale.

Ils évolueront de 7,5% pour atteindre 23% du budget de l’Etat de 2016 avec 477 milliards (mds) de dinars pour le soutien à l’habitat, 446 mds DA pour le soutien aux familles et 316,5 mds  DA pour le soutien à la santé publique. Les subventions budgétisées indirectes, quant à elles, seront de l’ordre de 1500 mds DA consacrées à payer le différentiel entre les prix réels et les prix de cession des carburants et du gaz naturel en 2016. D’aucuns se demandent alors pourquoi une telle folie ?

Le pouvoir espère-t-il que les cours du pétrole finiront par se relever à moyen terme ou pense-t-il pouvoir être dans la capacité de réaliser le miracle qu’il n’a pas pu  accomplir depuis 15 ans ? Une chose est sûre, étant prêt à casser la tirelire, il ne veut pas entendre parler d’austérité, même si le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, avait déjà annoncé quelques coupes dans les budgets et le train de vie de l’Etat. Tous les experts, même ceux invités dernièrement par les autorités pour cerner les contours de la crise et penser des solutions, ne comprennent pas la hausse du volume des transferts sociaux.

Les Algériens ne sont-ils pas à même d’accepter les mesures d’une économie de guerre, prises par un Exécutif qui a échoué ? C’est assurément ce à quoi pense le président Abdelaziz Bouteflika, quand il dit que les pouvoirs publics doivent expliquer davantage à la population «la gravité de la conjoncture financière» que traverse l’Algérie.

Mais les citoyens dont le pouvoir d’achat ne cesse de dégringoler ne comprendront certainement pas comment un pays désendetté et bénéficiant d’une considérable manne financière a fini par replonger dans la crise due essentiellement à sa dépendance vis-à-vis de la rente pétrolière, une situation que nombre d’experts assimilent au krach de 1986. Faut-il aussi leur faire admettre que le pouvoir n’est pas responsable de cette crise qui n’est pas spécifique à l’Algérie, puisque «d’autres pays producteurs d’hydrocarbures» en souffrent également ?

Pas si sûr, parce qu’excepté le Venezuela, les autres ont tous, plus ou moins, diversifié leurs sources de revenus, à tel point que la rente pétrolière n’en représente qu’un faible pourcentage, comparé à notre pays. Alors la seule manière de les convaincre est de maintenir les niveaux des transferts sociaux, sinon les augmenter. Le pouvoir ne tient pas compte des soucis pour maintenir la paix sociale, condition sine qua non de sa pérennité, il l’a déjà achetée à coups de milliards de dollars.

Ce n’est pas pour rien que le chef de l’Etat a souligné le «caractère unique au monde» des dépenses publiques d’investissement et des transferts sociaux mobilisés par l’Etat. Rappelant ainsi aux Algériens la générosité de ses politiques depuis son arrivée au pouvoir en 1999, le président Bouteflika n’a aucun intérêt à affoler les ménages par des mesures d’austérités dans le contexte délétère de la vie politique nationale. Mieux, «l’année prochaine, l’Algérie consacrera encore près de 20% de son budget au développement humain et au bien-être des ménages».


 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Said Rabia

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