Maternité de Ouargla: Des manifestants exigent le départ des médecins cubains

Elwatan; le Mardi 14 Octobre 2014
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Une trentaine de personnes ont pris part, ce dimanche, au sit-in de protestation contre la situation jugée alarmante à l’EHS Mére/Enfant de Sidi Abdelkader.
Le mouvement a été déclenché par le décès de  A.M, une parturiente décédée le 30 septembre 2014 pour hémorragie interne.

Cette manifestation préparée depuis une dizaine de jours via les réseaux sociaux n’a finalement pas brassé grand monde mais a tout de même eu lieu devant la direction de la santé de la wilaya sur l’avenue Si El Haoues ou les manifestants ont brandis des banderoles appelant à la demande de comptes de l’actuel directeur de cette structure sanitaire, stop à la maltraitance des parturientes et des nourrissons. Une enquête approfondie sur les causes des décès avoisinant la centaine est demandées, selon les propos des participants qui, chacun, s’est dit détenteur d’un dossier et de faits ayant eu lieu dans les murs de cette fameuse maternité qualifiée d’abattoir pour les femmes et les nouveaux-nés.

Parmi les slogans repris par les manifestants, l’exigence du départ de l’actuel directeur de la maternité accusé de mauvaise gestion mais aussi et surtout le remplacement pur et simple des médecins spécialistes cubains par des médecins algériens.

Ces requêtes transmises au directeur de la santé qui a reçu et la presse locale et les représentants des manifestants, trouvent son explication, selon leurs dires, dans le fait que « les mœurs locales prohibent à la femme d’être auscultée par un médecin homme, non musulman de surcroît ».

Ainsi, ce qui était qualifié de « barrière linguistique empêchant la communication entre le médecin et sa patiente » il y a quelques jours était en fait un prétexte pour dénoncer la présence même de médecins étrangers, en l’occurrence la mission médicale cubaine venue conforter la prise en charge des parturientes de la maternité de Ouargla.

Les médecins cubains, persona non Grata

Mais que reproche t-on donc au juste à ces spécialistes cubains ? Une incompétence professionnelle avérée ? Des erreurs médicales ? Le refus de travailler de nuit ? Un manque  d’humanisme vis-à-vis de femmes en état d’accoucher ? La réponse d’un des représentants des manifestants est désarmante : « Etes-vous musulmane ou athée ? Je ne vous répondrais pas, le cas échéant? ».

Les médecins cubains sont en fait rejetés par ce qu’ils ne sont pas musulmans, ils sont accusés de détournement des compétences des sages-femmes de leur véritable mission, à savoir aider les femmes à accoucher dans les meilleures conditions, vers un rôle subalterne, celui d’interprète facilitant le contact entre le médecin généralement hispanophone ou anglophone et la parturiente, généralement arabophone ou berbérophone.

Les manifestants exigent donc la présence de médecins algériens, musulmans à la maternité et le départ immédiat des cubains. Ce à quoi, Guessoum Brahim, gestionnaire contesté de cette structure répond paradoxalement par une rumeur entendue et qui semble se confirmer de la bouche même des cadres de la santé, du wali en personne, il y a peu : « Les gynécologues privés de la ville de Ouargla refusent de répondre aux réquisitions signées par le wali afin de secourir des parturientes lors des gardes de nuit ». A la maternité de Ouargla, en plus des deux  gynécologues algériennes,  quatre praticiens cubains dont une femme se relaient sur le service accouchement.  « Notre honneur doit cesser d’être bafoué » lit-on sur une des banderoles du sit-in.  

Cache t-on des cadavres à la maternité ?

Les organisateurs du sit-in ainsi que quelques titres de presse locale parlent d’une centaine de décès depuis le mois de novembre 2013, date de l’entrée en service de la nouvelle maternité de Ouargla. Le nom de A.M, une parturiente décédée le 30 septembre 2014 pour hémorragie interne a été ajouté à une liste nominative des cas de décès maternel arrêtée au 7 octobre 2014 recensant 6 cas dont 3 à Ouargla et 3 autres à Touggourt.

C’est ce 6e décès qui a eu pour effet de déclencher le mouvement de colère qui n’en démord pas et demande des mesures concrètes pour éviter de nouveaux cas. Le bras de fer semble engagé, une guerre des chiffres qui a poussé les services sanitaires à sortir la grosse artillerie ce dimanche.

Ainsi, la direction de la santé met en exergue « plus de 17 000 accouchements enregistrés au niveau de la wilaya ou seuls 6 décès ont été recensés » précise Abdelabaki Bouhafs. Les causes relevées sont l’éclampsie, les complications d’une césarienne, un choc septique, une hémorragie de la délivrance et une coagulation intra vasculaire disséminée.

Par ailleurs, les audits internes effectués par des commissions ministérielles auraient conclu à des morts dues à des complications et non pas des erreurs médicales relève le même responsable.  Alors qui  cache les vrais chiffres du décès maternel et natal à Ouargla ? Où sont les cadavres ? Y a-t-il eu plainte ou affaires en justice ?  Abdelbaki Bouhafs, directeur de la santé de Ouargla est catégorique : « Il n’y a que 6 décès maternels depuis le début de l’année 2014 soit 0.31 décès pour 1000 accouchements, ce qui place Ouargla en dessous du taux national s’élevant à 0.9 /1000 ».

Toutes les requêtes sont étudiées et il n’y a pas eu de plaintes ou de faits avérés nécessitant une enquête judiciaire. » C’est d’ailleurs dans ce sens que des cellules d’écoute viennent d’être créées au niveau des établissements hospitaliers afin d’absorber la colère populaire et amorcer un début de communication effective entre l’administration sanitaire et le citoyen. Mais qu’en est-il en réalité sur le terrain, une carence globale en matière d’information qui fait que la rumeur enfle et que la rue parle de certaines de décès à Sidi Abdelkader.

Les gynécologues cubains, parlons-en 

Les témoignages de malades sont nombreux. Ils parlent d’un dévouement exemplaire des médecins cubains au niveau du centre anti-cancer, de l’hôpital ophtalmologique et de la maternité ou une médecine humaniste, à l’écoute du malade est pratiquée. Quand des médecins algériens refusent des heures supplémentaires ou un surplus de patients, les cubains viennent à la rescousse et ne rechignent pas à organiser des séances pour les cancéreux en déplacement des villes d’Algérie afin de combler le retard. Quand les gynécologues cabinards refusent de se présenter aux gardes de nuit, les cubains sont là. C’était le 24 mars 2012. En dépassement de 10 jours une parturiente admise vers 23h à la maternité de Ouargla, sise au 2e étage de l’hôpital Mohamed Boudiaf ne s’attendait pas à vivre le calvaire d’une nuit de souffrance seule sans aucun réconfort. Les faits remontent à l’année qui a précédé le transfert de cette structure vers Sidi Abdelkader au sein de l’ex-hôpital psychiatrique de Ouargla.  Après auscultation, la sage-femme de garde a confirmé l’admission pour la nuit au pavillon suite de couches prescrivant du spasfon que la famille est allée chercher au bout de la ville. La sage-femme dudit pavillon s’est d’abord assurée que chaque patiente était bien installée dans sa chambre avant d’éteindre les lumières du couloir pour la nuit et se mettre à son tour au lit. A 6h du matin, la porte s’est ouverte. La sage-femme était là pour transférer la dame vers le service à coté. La maternité proprement dite ou l’équipe de garde était au complet. Les fenêtres ouvertes, l’agent de nettoyage et de désinfection circulait au milieu des femmes auscultées, épandant des produits chimiques dans la salle de travail. « Contentez-vous de vous laisser toucher, mettez-vous sur l’épaule gauche, nous vous dirons quand il faudra revenir vers la salle». Faisant mine de vouloir quitter le service pour accoucher dans une clinique privée, la chef de service se montrera ferme et dissuasive. « Ce n’est pas une crise d’asthme que vous avez mais une angoisse d’accoucher, mettez-vous au lit et arrêtez de marcher ». C’est là que le gynécologue cubain, alertée par le médecin généraliste du service entre en scène, apaise la parturiente en douceur. « Ne partez pas, votre col va céder le bébé va bientôt arriver ». Il était 9h45 quand sa fille a poussé son premier cri.

Categorie(s): ouargla

Auteur(s): Houria Alioua

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