Menacée par une crise multidimensionnelle : Quelle place pour l’Algérie dans la géopolitique du pétrole ?

Elwatan; le Mercredi 7 Octobre 2015
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A court de solutions immédiates, le gouvernement persiste à chercher l’issue dans le secteur des hydrocarbures. Ainsi, à défaut de compenser, dans l’immédiat, la perte des revenus induite par la baisse des cours du brut, il tente de maintenir les niveaux de production et les faire progresser à moyen terme, et ce, à moindre coût. Les 10es Journées scientifiques et techniques de Sonatrach devraient être mises à profit pour débattre des enjeux et relever les challenges auxquels Sonatrach devra faire face.

Si l’augmentation de la production, via le développement des hydrocarbures non conventionnels, a été savamment occultée par les organisateurs, les voies et moyens d’augmenter la production, via notamment l’amélioration des techniques de récupération sur les gisements matures, le développement des process d’exploration, l’apport des partenariats ainsi que l’engineering et l’intégration industrielle, entre autres, figuraient en bonne place parmi les thèmes dominants de ces Journées.

Une question demeure : doit-on encore compter sur Sonatrach et espérer un rehaussement des cours du brut pour nous sortir de la crise ? Une question largement traitée par l’expert et professeur émérite de l’Ecole nationale polytechnique, Chemseddine Chitour, au cours de ses interventions. Celui-ci estime que la situation est l’occasion idoine pour prendre conscience de la nécessité de passer à autre chose, de se passer de la contribution des hydrocarbures au financement de l’économie nationale et de se mettre enfin au travail pour créer de la richesse. Le professeur Chitour demeure fidèle à ses positions faisant le procès des subventions aux produits énergétiques et d’une exploitation prématurée des hydrocarbures non conventionnels.

Le fait est que la dépendance chronique de l’Algérie à la ressource hydrocarbure en fait une proie dans les guerres énergétiques à venir. Il estime que l’Algérie est menacée par une conjoncture minée par une sur-offre artificielle et créée de toutes pièces. Bien plus que la crise économique, l’orateur dit craindre les effets collatéraux sur le plan social et politique avec une réédition du scénario du contrechoc pétrolier de 1986.

Le professeur Chitour critiquera, à ce titre, l’attitude de l’Arabie Saoudite au sein de l’OPEP, qu’il trouve bien complaisante comparativement aux positions passées nées du dialogue entre le regretté le roi Fayçal et le président Houari Boumediène, et qui avait abouti au premier choc pétrolier de 1973. Il ira même jusqu’à remettre en cause l’utilité de l’OPEP, estimant que l’Algérie n’a plus rien à y faire. Au-delà de cette grille de lecture qui tient plus de la géopolitique du pétrole que de l’analyse purement technique, Sonatrach devra relever, en tant que compagnie nationale, de nombreux défis pour concrétiser les objectifs assignés, notamment le volet relatif à l’efficience des opérations et à la maîtrise des coûts.

C’est dans ce contexte qu’un ex-cadre de Sonatrach, reconverti depuis dans le secteur privé, a indiqué, sous le couvert de l’anonymat, que la question de maîtrise des coûts demeure entière au sein de la compagnie nationale, en raison de la faiblesse des systèmes d’information, de gestion et d’infogérance. Des technologies essentielles qui peinent pourtant à être implémentées au sein du groupe. Il évoquera même un boycott technologique de l’Algérie en la matière.

En attendant, Sonatrach mise gros sur l’apport technologique du partenariat, afin d’intensifier ses efforts d’exploration, phase incontournable pour le développement de nouvelles capacités de production. L’ouverture des JST 10 aura, d’ailleurs, été empreinte de la présence très remarquée du président-directeur général du groupe de services pétroliers japonais JGC, Yoshihiro Shigehisa.

De l’attractivité du domaine minier algérien

C’est avec une pointe d’humour que le big boss nippon a tenu à apporter sa caution d’investisseur croyant au potentiel algérien, malgré les pertes que le groupe de l’archipel a essuyées au lendemain de l’attentat de Tiguentourine. C’est ainsi que du haut de ses 81 ans, Yoshihiro Shigehisa s’est aventuré à la frontière algéro-libyenne. Un message fort en faveur de la destination Algérie et des mesures prises afin d’assurer la sécurité des installations pétrolières et gazières, notamment dans le sud du pays. Une problématique essentielle demeure : que reste-t-il de l’attractivité du domaine minier algérien pour les opérateurs de l’amont dans un contexte de crise induisant une forte réduction des investissements, au regard des résultats décevants du 4e appel d’offres pour l’attribution de blocs d’exploration ?

Le norvégien Statoil semble s’être bien accommodé de la situation. Celui qui exploite déjà deux blocs dans le cadre d’une joint-venture avec British Petroleum et Sonatrach à In Salah Gas et à In Amenas espère une reprise totale des activités et une mise en service du troisième train de Tiguentourine, sérieusement mis à mal lors de l’attaque de 2013, aussi vite que possible. Ainsi, Bjorn Kare Viken, country manager du groupe Statoil en Algérie, dit espérer «être agréablement surpris».

Mieux encore, le groupe norvégien a obtenu en tant qu’opérateur un nouveau bloc à la frontière algéro-libyenne, et ce, dans le cadre d’une joint-venture avec Shell et Sonatrach. La situation actuelle du marché ne semble pas non plus émouvoir les Norvégiens. Dans ce sens, M. Viken estime que Statoil compte sur une stratégie de réduction des coûts d’investissement et d’efficience. Une stratégie, explique-t-il, que le groupe a adoptée bien avant la chute des cours du brut.

C’est ainsi qu’il estime que la situation actuelle du marché n’affectera en rien les investissements de Statoil en Algérie, au regard de l’opportunité que représentent les gisements algériens. Idem pour la hausse des coûts liés à la sécurité quant à une montée des risques. Le responsable algérien indique que la donne est assimilée dans la structure des coûts.

Cependant, tout n’est pas rose. Si M. Viken ne remet en aucun cas en cause la règle des 51-49% régissant l’investissement dans le secteur des hydrocarbures algérien, il pointe du doigt les difficultés rencontrées avec certaines dispositions réglementaires. Sans donner plus de détails, le responsable norvégien estime que la destination Algérie gagnerait à ce que les pouvoirs publics algériens se penchent sur la question.

Se faisant plus incisif, il estime que l’Algérie est forte, comme de nombreux pays, de ses potentialités et qu’elle attirerait plus d’investisseurs, si l’on se penche sur la problématique. M. Viken nuancera cependant son propos, estimant que notre pays dispose d’atouts comparatifs certains par rapport à des pays de l’Afrique de l’Est, comme le Mozambique et la Tanzanie, à l’image de l’existence de structures, de systèmes et de véritables compétences locales, contrairement aux pays du nouvel eldorado gazier africain. Des éléments qu’il faudra faire valoir. Mais ceci est aussi une question de géopolitique du gaz.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Roumadi Melissa

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