Mokrane Agoune, Ancien détenu des évènements de 1981 : «Le printemps berbère a pris fin en mai 81»

Elwatan; le Jeudi 20 Mai 2010
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Militant du mouvement identitaire, Mokrane Agoune a été le plus jeune détenu des événements du 19 mai 1981. 29 ans après, il garde le souvenir d’un mouvement préparé dans l’engagement, la mobilisation et la continuité du printemps berbère d’avril 80. Aujourd’hui, Mokrane est enseignant dans la formation professionnelle et aussi homme de théâtre. Il nous explique dans cet entretien comment l’UNJA a été utilisée, pour les besoins de la cause, comme «passe-partout».
- Les événements du 19 mai 1981 sont-ils dissociables du mouvement 80 ou faut-il les considérer comme son prolongement?

Depuis septembre 80, à la rentrée scolaire, nous n’avons pas cessé d’organiser la solidarité autour des détenus d’avril 80. Depuis septembre, nous militions pour leur libération. Pour moi, le printemps berbère a tenu une année. Il a débuté en avril 1980 et a pris fin le 19 mai 1981. Avril 80 était l’original, le point de départ, et 19 mai 81 était le deuxième jalon, la deuxième balise du printemps berbère. La revendication naturelle était incontestablement Tamazight. C’est le détournement du projet de l’université que nous mettions en avant à l’intérieur de l’UNJA que nous voulions faire réagir. Il fallait aussi donner suite au dossier publié dans Révolution africaine, l’organe du FLN, sur la situation socioéconomique déficitaire de la région. Plusieurs déficits ont été notés et nous avons alors focalisé sur l’université. Après le séminaire d’Iakourene, où on avait donné forme à la revendication, le FLN avait répliqué par un dossier politique et culturel. Il fallait donc réagir et le 19 mai était le moment opportun.

- Ce n’était pas évident de le faire dans le cadre d’une organisation en décalage avec la revendication identitaire.

Absolument. Mais le fait d’être à l’UNJA nous profiter. Il n’y avait pas d’organisation à l’époque autres que celles reconnues officiellement. Nous avons utilisé l’UNJA comme tribune mais aussi comme passe-partout pour obtenir de la logistique. Nous avons fait de «l’entrisme» sans aucune ambition de postuler à des postes de responsabilité ou par envie d’être dans une organisation. C’était pour les besoins de notre cause.

- Il y avait une conjoncture politique particulière.

Effectivement. Mai 81, comme avril 80, avait une charge politique. Les deux sont intervenus à la fin de l’ère Boumediène qui avait laissé place à une lutte clanique au sommet. Il y avait une brèche et nous avons saisi l’occasion estimant avoir droit au chapitre. Nous voulions dire que ce pays se fera avec nous. C’est dans ce contexte qu’on a voulu dire notre mot, revendiquer les libertés démocratiques, la langue et la culture amazighes, parler des problèmes socioéconomiques, de nos frustrations en tant que jeunes. Il fallait dire aussi que la revendication identitaire était partagée en dehors de Tizi Ouzou et que Béjaïa est un vivier de mobilisation.

- Et quels sont les acquis du 19 mai 81 ?

D’abord l’université qui a ouvert puis le stade, l’aéroport, … il y a eu beaucoup d’acquis. Le plus bel acquis c’est qu’il y a eu un renversement de situation ; dans certains milieux citoyens, urbains, on n’avait plus honte de parler kabyle. Le complexe disparaissait. Les événements ont aussi libéré la population et popularisé la revendication berbère et, partant, la revendication démocratique. Comme dans les luttes sociales il y a toujours une imbrication des événements, ce qui va venir par la suite comme conscience citoyenne et mouvement de population est un autre bel acquis.

Categorie(s): bejaia

Auteur(s): Kamel Mejdoub

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