Mourad Cheboub. Directeur du journal Auto-marché : «Le plan quinquennal a fait rebondir le marché automobile»

Elwatan; le Lundi 28 Mars 2011
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-Comment a évolué le marché de l’automobile depuis son ouverture ?

A l’ouverture de l’économie de marché, il y avait Daewoo, Renault et Peugeot qui avaient des filiales en Algérie en 1998. Le doyen des concessionnaires était le groupe Hasnaoui (Abdellah) qui est le concessionnaire de Nissan. A l’époque, il n’y avait pas assez de concessionnaires, le marché n’était pas assez couvert, l’automobile n’était pas assez connue. Daewoo avait boosté le marché en lançant l’achat groupé avec certaines entreprises notamment publiques. En 1999, Daewoo avait battu le record avec plus de 30 000 véhicules vendus en une année. Les concessionnaires, venus après lui, ont du attendre cinq ans pour atteindre ce chiffre. Puis un autre sud coréen, Hyundai, est arrivé sur le marché algérien mais les gens ne connaissait pas le produit coréen comme c’est le cas actuellement pour le produit chinois dans l’automobile.

Les algériens connaissaient les voitures allemandes, françaises, italiennes à la limite les américaines. Pour revenir à la logique du marché algérien, Hyundai a donné un coup de fouet à l’automobile qui a du se démener pour rattraper Peugeot qui était leader sur le marché durant quatre année de 2000 à 2004.Donc, Hyundai a pu devenir leader les quatre années suivantes. A mon point de vue, Hyundai a façonné l’image de la voiture coréenne en Algérie puis nous avons vu l’arrivée d’autres voitures coréennes comme KIA.  Aujourd’hui, ils sont cinq marques, Renault (France), Peugeot (France), Hyundai (Corée du Sud), Chevrolet (ex-Daewoo même si la marque est américaine) et Toyota (Japon), qui se disputent le marché algérien. Il y a aussi Volkswagen qui traîne un peu derrière en raison de ses prix mais qui fait partie des plus actifs.

-Des mesures ont été prises, est-ce qu’elles ont impacté le marché algérien ?

Le chamboulement dans le domaine de l’automobile, personnellement, je m’y attendais. Il est normal qu’il y ait d’autres lois car il ne faut pas oublier que le marché algérien de l’automobile a fonctionné durant 10 ans sans législation réelle. Les concessionnaires vendaient comme ils le voulaient, le service après vente n’était pas contrôlé, il n’y avait pas de sanctions. Durant ces 10 dernières années, les concessionnaires se sont défoulés et leur objectif était la vente. Quand les sociétés mères ont vu les ventes exploser, elles ont imposé aux concessionnaires de s’organiser et se structurer pour avoir une visibilité sur le marché notamment sur la pièce de rechange…etc. Même l’Etat qui a vu aussi les chiffres et les volumes de vente a décidé de freiner un peu car il y avait de l’argent qui était exporté sans que l’Etat en tire bénéfice.

La première décision était relative à l’interdiction de véhicules d’occasion de moins de trois ans. D’ailleurs, cette interdiction ne s’explique pas et elle a été temporisée durant cinq ans alors qu’on pouvait prendre cette décision puisque certains de ces véhicules étaient gonflés et à risque, mais certains concessionnaires en tiraient profit. Ce n’est pas tous les concessionnaires qui étaient contre la suppression de l’importation des moins de trois ans. Celui qui était derrière l’idée est M. Hamid Achaïbou, le patron de KIA. Et finalement, le président de la république a pris la décision d’arrêter leurs importations. Ces véhicules d’occasion profitaient plus à Renault et Peugeot à moindre mesure. En réalité, ceux qui étaient pénalisés sont ceux qui vendaient les véhicules les moins chers, en l’occurrence les sud-coréens : Hyundai et KIA.
Pour les taxes pour l’achat de véhicules neufs, on a expliqué que c’est pour subventionner les transports en communs. Un prétexte qui ne tient pas la route car les transports en communs sont gérés par des entreprises qui doivent gagner de l’argent.

-A l’avenir, les capacités du marché algérien pourraient atteindre combien ?

Les capacités du marché algérien sont de 300 000 véhicules/an actuellement. Grâce au nouveau plan quinquennal, 286 milliards de dollars, il pourrait, d’ici fin 2012, doubler car nous avons déjà assisté à cela en 2008 alors que personne n’avait prévu la chose.

-D’après les concessionnaires, le marché a connu un bond durant les deux premiers mois de 2011 par rapport à 2010, en dépit de la suppression du crédit. Comment expliquez vous cela ?

Quand il y a eu la suppression du crédit automobile, les concessionnaires ont paniqué. Ce n’est pas pour cela que les ventes ont diminué. Les concessionnaires ne font pas de la veille stratégique. Le plan quinquennal a permis de ne pas voir les ventes baisser. En effet, les ventes aux particuliers ont sensiblement baissé. Pour le marché globalement, les ventes vont  encore augmenter avec le plan quinquennal. Pour le leasing, certains concessionnaires sont assez agressifs et actifs parmi eux, le plus important, est Renault car il est professionnel.Il a le véhicule- entreprise. Il est présent sur le terrain et il vient de lancer lors de ce salon de l’automobile 2011, la location-vente. Ce qu’il propose, il loue le véhicule mais à la fin du bail de 36 mois, le véhicule n’est pas acheté en contrepartie de 1% d’intérêt comme dans le leasing, mais il la récupère, pour faire la différence entre l’établissement financier et le concessionnaire et ne se voit pas ainsi en défaut avec la loi. Il y a une veille marketing chez Renault. Il est d’une subtilité incomparable en Algérie. Les autres devraient suivre. Par ailleurs, contrairement aux autres concessionnaires, Renault est une filiale donc il peut être aidé par la maison mère. Le concessionnaire n’est pas aidé par le constructeur d’aucune manière.
Chez Peugeot, on ne voit pas ce même courage ! Pour le leasing, avec le nombre d’établissement qui existe déjà et ceux qui sont annoncés, le nombre des ventes à travers cette formule va doubler grâce au plan quinquennal. Il y a de l’argent à prendre !

-Pensez vous que le crédit automobile sera rétabli dans l’immédiat ?

D’ici la fin de l’année, je soupçonne son retour car il y a plusieurs facteurs qui poussent vers ce retour. Il va y avoir pas forcément pas mal de changement. 

-Le projet de la voiture algérienne se concrétisera t-il un jour ?

L’usine de l’automobile algérienne est devenue une obsession dont il faut se débarrasser car si la construction d’une usine n’est pas dans l’intérêt économique de l’Algérie, on ne la construit pas.
L’Algérie possède d’autres potentialités  comme la fabrication des engins où elle possède déjà une expérience avec la seule usine ENMTP qui fabrique des engins comme le camion l’utilitaire et les engins.
De plus, il n’existe pas d’autres usines similaires dans la région donc c’est un créneau plus porteur pour l’Algérie.  C’est aussi, le cas des bus avec la SNVI qui vient de signer un protocole avec les émiratis et Mercedes Benz. Ce marché est 10 fois plus important que l’automobile.  Dans le domaine de la concession, la taxe pour un engin est le prix d’une voiture : c’est entre 500 000 et 700 000 DA et cela rapporte gros à l’Etat.Finalement, la voiture nous revient moins cher en l’important que si on la fabrique ici.
De mon point de vue, il vaut mieux continuer à l’importer et se tourner vers un autre créneau plus rentable pour l’économie algérienne. On ignore quelles sont les répercussions sur le marché de la concession et il faudra légiférer rapidement dans ce sens pour protéger les intérêts des uns et des autres. Car, les concessionnaires ont investi depuis 10 ans, non pour vendre 5 000 véhicules mais pour 30 000, 40 000 voire 50 000 véhicules/an.              

Categorie(s): actualités

Auteur(s): Fella Midjek

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